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Vatican News
Dans un parc de Séville, en Espagne, le 26 avril 2020 Dans un parc de Séville, en Espagne, le 26 avril 2020  (AFP or licensors) Regard sur la Crise

Avec quel regard nous retrouverons-nous?

Le père Federico Lombardi commence une nouvelle série d'articles pour regarder au-delà, vers le futur qui nous attend. Jésus n’a pas été une manifestation virtuelle de Dieu, mais son Incarnation, précisément pour que nous puissions Le rencontrer. Il reste présent, comme Il nous l’a dit, et nous attend dans l'autre.

FEDERICO LOMBARDI

Je lisais ces jours-ci la déclaration d'un penseur russe: «La simple relation entre les gens est la chose la plus importante au monde!». Cela m'a rappelé une belle chanson pleine de joie d'il y a quelques décennies, lancée par un beau mouvement de jeunes qui promouvait l'amitié et la fraternité entre les peuples: “Viva la gente!” «Vive les gens !». Quelques-uns s'en souviennent certainement. Cette chanson parlait des nombreuses personnes que nous rencontrons chaque matin sur le chemin du travail; elle disait entre autres: «Si plus de gens regardaient les gens avec faveur, nous aurions moins de gens difficiles et plus de gens de cœur...», et elle inspirait de nombreux sentiments sages et positifs. J'y ai pensé de nombreuses fois ces dernières années, en marchant dans la rue, en rencontrant beaucoup de gens occupés et fermés, et beaucoup d'autres avec des fils qui leur sortaient des oreilles, qui étaient complètement concentrés sur l'écran de leur téléphone portable ou qui parlaient à haute voix en l'air avec je ne sais qui, indépendamment des personnes qui étaient dans le bus à quelques centimètres d'eux. Il me semblait que le goût de regarder les autres avec bienveillance et attention se faisait de plus en plus rare et que l'intrusion de plus en plus envahissante des nouvelles formes de communication dans la vie quotidienne les rendait presque étrangères à nos yeux.

Après plusieurs semaines passées à l'intérieur, j'éprouve un grand désir de rencontrer à nouveau différents visages dans la rue. J'espère que tôt ou tard, en temps voulu, cela pourra aussi se faire sans masque et sans intercalaires en plexiglas, et j'espère pouvoir échanger un mot amical avec eux, ou même simplement un sourire sincère. Ces derniers mois, beaucoup d'entre nous ont été positivement surpris par les possibilités offertes par la communication numérique, et nous espérons les utiliser également à l'avenir, mais avec l'extension de l'isolement, nous avons réalisé que cela ne suffit pas.

Comment reviendrons-nous après-demain pour nous rencontrer dans la rue ou dans le métro ? Serons-nous capables de repeupler les espaces communs de nos villes avec sérénité ? Serons-nous conditionnés par la peur et la suspicion, ou pourrons-nous, grâce à la sagesse espérée des scientifiques et des dirigeants, trouver un équilibre entre la bonne prudence et le désir de redécouvrir et de retisser cette qualité de vie quotidienne qui - comme nous l'avons dit au début – «est la chose la plus importante au monde», le tissu même du monde humain?  Réaliserons-nous (plus ou moins qu'auparavant ?) que nous sommes une famille humaine marchant dans la maison commune qu'est notre seule planète Terre?

Maintenant que la pandémie nous a fait vivre un aspect problématique de la mondialisation dont nous devrons tous tenir compte à l'avenir, saurons-nous retrouver l'élan de fraternité entre les peuples au-delà des frontières, l'accueil bienveillant et curieux de la diversité, l'espoir de vivre ensemble dans un monde de paix?

Comment allons-nous vivre notre corps et comment allons-nous voir le corps des autres?  Un possible mode de contagion, un risque à éviter ou l'expression de l'âme d'une sœur ou d'un frère? Parce que  tel est, au fond, chaque corps humain: la manifestation concrète d'une âme - unique, digne, précieuse, créature de Dieu, image de Dieu... Quelle merveille que le timbre de la voix, le rythme des pas, surtout le sourire des proches!.. Mais plus encore, cela ne devrait-il pas valoir pour toutes les personnes que nous rencontrons ?  Alors, le fait de nous libérer du coronavirus nous aidera-t-il à nous libérer des autres virus du corps et de l'âme qui nous empêchent de voir et de rencontrer le trésor qui se trouve dans l'âme de l'autre, ou serons-nous devenus encore plus individualistes?

La technologie numérique peut utilement servir de médiateur et accompagner notre relation, mais la présence physique mutuelle des personnes, leur corps comme transparence des âmes, leur proximité et leur rencontre, restent le point de départ et de référence originel de notre expérience et de notre chemin. Jésus n'a pas été une manifestation virtuelle de Dieu, mais son incarnation, précisément pour que nous puissions Le rencontrer. Et Jésus nous dit qu'Il est présent et nous attend dans l'autre, dans le pauvre (et dans celui qui n'est pas pauvre d'une certaine manière, qu’on le sache ou non), et que dans le visage de l'autre nous pouvons et devons savoir reconnaître le Sien.

Avec quels yeux, avec quel cœur, avec quel sourire reviendrons-nous marcher dans les rues et croiser le chemin de tant de personnes qui, bien qu'apparemment inconnues à la fin de ces mois, nous ont manqué, et qui, comme nous, ont ressenti le désir de se rencontrer à nouveau sur les routes quotidiennes de leur vie, de notre monde commun? 

02 mai 2020, 14:30