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Le cardinal Peter Trukson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral Le cardinal Peter Trukson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral  (@VaticanMedia)

Covid-19, crise alimentaire et écologie intégrale: l'action de l'Église

L’Église se penche de plus près sur les conséquences sociales et environnementales de la crise sanitaire actuelle. Une conférence de presse a eu lieu ce samedi matin au Vatican, sur le thème «Covid19, crise alimentaire et écologie intégrale: l’action de l’Église». Quatre intervenants étaient présents: le cardinal Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral, Mgr Bruno-Marie Duffé et le père Augusto Zampini-Davies, secrétaire et secrétaire adjoint de ce même dicastère, et Aloysius John, secrétaire général de Caritas Internationalis.

Emanuela Campanile – Cité du Vatican

La pandémie de Covid-19 n’est pas qu’une crise sanitaire, elle a radicalement bouleversé divers aspects de l'existence humaine, de l'économie aux modes de vie, de la sécurité alimentaire à la recherche, de la politique au rôle de l'intelligence artificielle... C'est sur cette réflexion que le cardinal Peter Kodwo Turkson, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, a ouvert son discours lors de cette conférence de presse.

Une Commission vaticane Covid-19

La pandémie constitue aussi «une occasion à ne pas manquer d'imaginer un avenir meilleur», a tenu a souligner le cardinal Turkson, s’appuyant sur un exemple de “collaborations vertueuses”. Avec le soutien du Pape, le Dicastère a en effet mis en place une “Commission vaticane Covid-19”. Avec la collaboration entre autres de Caritas Internationalis et d'autres Dicastères de la Curie romaine, comme celui pour la communication, et la deuxième section de la Secrétairerie d'État, cette Commission étudie l'incidence de Covid-19 dans le monde. Elle se divise en cinq groupes de travail, qui travailleront pendant au moins un an, en collaboration avec les Églises locales, afin de proposer des réflexions et des réponses crédibles au monde de l’après-pandémie.

Le rôle de l’Église

La crise actuelle nous plonge également dans la vulnérabilité, à plusieurs niveaux, a ensuite souligné Mgr Duffé: social, politique, économique, individuel

«Aujourd'hui, a souligné le secrétaire du Dicastère pour le service du développement humain intégral, nous redécouvrons que la santé et la solidarité sont des conditions et des piliers indispensables de notre économie».

Dans ce contexte, la mission de l’Église est tout d'abord, «d'écouter et d'accompagner les personnes dans leur souffrance», «de proposer une réflexion sur le lien entre les dimensions sanitaire, écologique, économique et sociale de la crise, car tout est lié», de «soutenir de nouvelles options pour le soin de la nature, de la biodiversité et de l'homme», et enfin d’«offrir de l'espoir, car nous croyons, comme Jésus-Christ nous l'a montré, que la vie est plus forte que la mort».

Le défi de la faim

Le père Augusto Zampini-Davies, secrétaire adjoint de ce même dicastère, a consacré son intervention à la crise alimentaire, accentuée par la pandémie. «Les conséquences socio-économiques augmentent de manière disproportionnée, a-t-il déploré, et même de manière catastrophique», à tel point que les problèmes et les conflits socio-économiques «pourraient s'aggraver». Et de mentionner les 370 millions d'enfants risquant de perdre leurs repas scolaires en raison de la fermeture des écoles et des problèmes climatiques, qui continuent à perturber la production alimentaire et agricole. Toutefois, selon le père Zampini-Davies, un changement de cap est possible:

«Comme nous le rappelle Laudato Si, il est temps de procéder à une conversion écologique profonde et globale qui puisse nous inspirer plus de créativité et d'enthousiasme».

Que faire au niveau mondial ?

Parmi les solutions évoquées par le secrétaire-adjoint du Dicastère, celle de ne pas piller les ressources dont nous disposons, ainsi que de soutenir les politiques qui répondent à l'urgence climatique. Il est aussi nécessaire de solliciter l'engagement des citoyens individuels, des «gens ordinaires». «Commencer à changer notre régime alimentaire, en mangeant des aliments de saison et en évitant les produits très polluants. La Covid-19 a montré que nous n'avons pas besoin d'autant de choses que nous le pensons. Nous pouvons être plus avec moins», a résumé le père Zampini-Davies.

Caritas Internationalis: des millions de personnes à secourir

Aloysius John, secrétaire général de Caritas Internationalis, a quant à lui expliqué que l'organisation travaille en étroite collaboration avec le Dicastère pour le service du développement humain intégral, conformément à l'appel du Souverain Pontife. Un fonds spécial Covid-19 a été mis en place, qui permet d’aider 7,8 millions de personnes à travers 14 pays - dont l'Équateur, l'Inde, la Palestine, le Bangladesh, le Liban et le Burkina Faso. Mais des ressources manquent encore, pour secourir 840 000 personnes supplémentaires.

«Jusqu'à présent, 32 projets ont été reçus et 14 ont déjà été approuvés et financés. Tout autre projet approuvé sera financé lorsque des contributions supplémentaires le permettront. Grâce à ces projets, de nombreuses familles reçoivent une aide alimentaire de base, des kits d'hygiène, des articles tels que du savon, des couches et une aide en espèces pour subventionner le loyer et d'autres besoins urgents».

Aloysius John a enfin adressé un appel à la communauté internationale, composé de trois points:

«L’élimination des sanctions économiques contre l'Iran, le Liban, la Syrie, la Libye et le Venezuela, afin de garantir l'aide aux populations touchées et pour que Caritas, à travers l'Église, puisse continuer à jouer son rôle de soutien aux pauvres et aux plus vulnérables; l’annulation de la dette des pays les plus pauvres ou au moins annulation des paiements des intérêts de la dette pour 2020; une aide internationale aux pays dans le besoin sans risque de détournement à d'autres fins».

 

16 mai 2020, 15:59