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Avant la première congrégation générale du Synode, Mgr Lafont a fait partie des porteurs d'une pirogue représentant la richesse culturelle des peuples amazoniens. Avant la première congrégation générale du Synode, Mgr Lafont a fait partie des porteurs d'une pirogue représentant la richesse culturelle des peuples amazoniens.  (Vatican Media)

Mgr Lafont: envisager l'écologie dans sa dimension spirituelle

L’Assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Amazonie a débuté dimanche 6 octobre au Vatican, lors d’une messe célébrée par le Pape François, en la basilique Saint-Pierre. Entretien avec l’un des pères synodaux, Mgr Lafont, évêque de Cayenne.

Hélène Destombes - Cité du Vatican

Jusqu’au 27 octobre prochain, les 184 pères synodaux, dont 113 proviennent des conférences épiscopales de pays amazoniens, mais aussi la cinquantaine d’auditeurs et d’auditrices vont placer au centre de leur réflexion cette région très menacée, que le Pape a qualifié de «poumon d'une importance capitale pour notre planète».

Ce Synode va se mettre à l’écoute de la voix de l’Amazonie, observer la réalité de ce territoire et de ses habitants et réfléchir à «de nouveaux chemins pour l’Église». Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne, en Guyane française, depuis 2004, est l’un des pères synodaux. Directement concerné par la question amazonienne et attentif à la voix des Amérindiens, il nous confie ses attentes et dit se réjouir de cette attention accordée à l’Amazonie.

Se mettre à l’écoute des peuples d’Amazonie, de leur langue et culture

«Cela fait longtemps que ces peuples ne sont écoutés ni par la société, ni par l’État et pas suffisamment par l’Église». Ce synode, affirme Mgr Lafont, est donc «une belle occasion pour nous, à l’image de Dieu, de Jésus qui s’est fait homme» d’écouter ce peuple.

L’évêque de Cayenne décrit cette Église au visage amazonien, souhaitée par le Pape François, comme une Église qui «se met à l’écoute de cette culture afin que cette culture puisse recevoir, dans un dialogue fécond, ce que l’Evangile lui dit, ce que l’Evangile souligne de sa beauté». 

Face aux nombreux défis et notamment écologiques, pastoraux, Mgr Lafont préconise «une plus grande proximité. Nous avons des difficultés à faire en sorte que l’Église écoute et apprenne la langue de ces peuples», reconnait-il. La première chose est donc de «renouveler ce feu de Jésus qui a appris de son peuple la langue dans laquelle il devait lui parler». Il s’agit «du défi de l’inculturation ou de l’Incarnation».

Pas de focalisation sur la question des “viri probati”

Concernant les “viri probati” (hommes mariés d’âge mûr ayant fait leurs preuves au plan pastoral et humain) et de leur ordination, l’une des questions abordées durant ce synode, Mgr Lafont, tout en écartant toute focalisation, observe qu’«il ne s’agira pas de changer la loi mais de reconnaitre que dans certaines circonstances, appliquer l’esprit de la loi, c’est-à-dire le service des peuples, passe par des innovations sur la lettre de la loi».

L’Évêque de Cayenne reconnait qu’il peut y avoir des questionnements, des tiraillements dans la mesure où «les uns s’en tiennent à la lettre de la loi sans comprendre qu’elle ne peut s’appliquer de la même manière partout, alors que les autres ont envi que la brèche s’ouvre pour tout changer dans l’Église». Mais, insiste-t-il «nous n’avons pas cette intention» et «il ne s’agit pas de faire une nouvelle loi chaque fois qu’il y a un nouveau problème».

Promouvoir une écologie intégrale

Au regard du visage amazonien, ce synode réfléchira à la nécessité d’une conversion à la fois pastorale et écologique. Pour Mgr Lafont, il s’agit de reconnaitre que «la Création est l’œuvre de Dieu à l’image de Dieu». Nous devons donc avoir «un regard sacramentel, c’est-à-dire voir dans la Création un signe de la présence de Dieu et donc ne pas envisager l’écologie sans sa dimension spirituelle», ce serait «une déformation».

L’écologie intégrale, souligne Mgr Lafont, signifie redonner toute sa place à l’homme. «L’homme est au centre mais il n’est pas le maître de la Création, il en est le tenancier».    

Entretien avec Mgr Lafont, évêque de Cayenne en Guyane française
07 octobre 2019, 08:36