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Mgr Karel Martinus Choennie, évêque de Paramaribo (Suriname) et le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa (République Démocratique du Congo), mardi 22 octobre Mgr Karel Martinus Choennie, évêque de Paramaribo (Suriname) et le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa (République Démocratique du Congo), mardi 22 octobre 

Briefing du Synode: fraternité universelle et responsabilité commune

Pour la conférence de presse de ce 22 octobre, six intervenants étaient présents devant les journalistes: le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa (République Démocratique du Congo), Mgr Karel Martinus Choennie, évêque de Paramaribo (Suriname), Mgr Héctor Miguel Cabrejos Vidarte, archevêque de Trujillo (Pérou) et président du Conseil épiscopal d’Amérique latine (CELAM), Judite da Rocha, coordinatrice nationale du Mouvement des victimes des barrages au Brésil, Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la communication, et le père Giacomo Costa, jésuite, secrétaire de la commission pour l’information de ce Synode.

Debora Donnini – Cité du Vatican

Ce mardi était le dernier jour du travail des cercles mineurs sur la première ébauche du document final, «un travail qui exige des discussions et propose des solutions», a expliqué le père Giacomo Costa, secrétaire de la commission de l'information. Tout cela sera ensuite confié aux personnes chargées de rédiger le document final: le rapporteur général et les secrétaires spéciaux, aidés par des experts et en discussion avec la commission pour la rédaction du document.  Ces personnes, a précisé le père Costa, commenceront demain à travailler pour élaborer la version finale du document qui sera ensuite soumise au vote.

Le cri des indigènes

Judite da Rocha, coordinatrice nationale du Mouvement des victimes des barrages au Brésil, a d’abord évoqué l'impact de l'arrivée des centrales hydroélectriques dans la région amazonienne. Celles-ci ne produisent pas de l'énergie «propre», si l’on considère les dommages causés aux populations locales, aux rivières et à la nature. Les conséquences pour les peuples autochtones sont douloureuses: les communautés traditionnelles sont dispersées, et les structures familiales détruites. Les maladies physiques et mentales, les dépressions et les suicides sont fréquents. «Nous n'existons pas, nous ne sommes pas indemnisés après ces interventions», a alerté Judite da Rocha. L’intervenante a également déploré la non-considération du travail des femmes, dont on considèrent qu’elles s’occupent de «détails» alors que leurs efforts au sein du foyer, ou dans la recherche et la culture des plantes par exemple, sont essentiels. Elles souffrent aussi de harcèlement sexuel.

Saint François d’Assise, un modèle pour aujourd’hui

La nature, l'être humain et le rôle de l'Église sont les trois mots clés de ce Synode, selon l'intervention de Mgr Héctor Miguel Cabrejos Vidarte, archevêque de Trujillo, président de la Conférence épiscopale péruvienne et président du CELAM. Mgr Cabrejos a fait référence à l'amour pour la nature de saint François d’Assise pour retrouver une relation entre l'homme et la nature qui conduit à l'union avec Dieu. Il a ensuite exhorté à réfléchir sur la dignité de l'homme. «Nous ne devons pas parler de ces sujets comme s'ils ne concernaient que l'Amazonie, c'est un appel à une fraternité universelle», a insisté l’archevêque péruvien. Répondant à une question, il a exprimé l'intention de créer un organe ecclésial spécifique pour mettre en pratique les décisions prises au Synode, afin d'aborder les problèmes de la région amazonienne. Il a aussi parlé des travaux en cours pour restructurer le CELAM, puis est revenu sur l'urgence environnementale et le changement climatique, soulignant le «retard» de la communauté internationale dans l'application de l'Accord de Paris. Mgr Cabrejos attend avec impatience la COP25 qui se tiendra en décembre au Chili: à ses yeux, il sera essentiel d'insister sur l'engagement de tous en faveur de la maison commune.

Échos du Suriname

Mgr Karel Martinus Choennie, évêque de Paramaribo, au Suriname, a expliqué que son pays était l’un des plus «verts», recouvert à 92% par la forêt originelle. Il est aussi très exposé aux conséquences du changement climatique et de la déforestation en Amazonie. «Si la déforestation en Amazonie n'augmente que de 5%, elle aura un effet désastreux et irréversible», a-t-il affirmé, avant de réclamer des changements dans les modes de vie, et une nouvelle forme d’économie, plus juste et basée sur la solidarité. Il a également rappelé l’importance de l’éducation pour faire évoluer les mentalités. L’Église a d’ailleurs le devoir d’éduquer à l’écologie, a souligné l’évêque.

Forêt équatoriale et forêt amazonienne, des similitudes

Évoquant les réalités de son continent d’origine, l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, a rappelé que l'Amazonie «ressemble énormément au bassin du Congo». Il a mis en valeur l’important travail de l’Église de RDC pour la protection des ressources naturelles, même à l’étranger. Au début des années 2010, l’épiscopat congolais avait par exemple fortement encouragé, auprès du gouvernement américain, l’entrée en application de la disposition 1502 de la loi Dodd-Frank sur l’utilisation des minerais extraits dans la région africaine des Grands lacs.

D’une manière général, a estimé le cardinal Ambongo, la protection de l’environnement ne peut pas être le combat d’une seule partie du monde, «mais il est mondial». L’archevêque de Kinshasa a insisté sur la notion de responsabilité. «Avec ce Synode, nous sommes tous renvoyés à notre propre responsabilité. Chacun à sa part», a-t-il déclaré, mettant aussi en garde contre l'inaction, qui est déjà «une collaboration» à la destruction de la nature.

Le cardinal Ambongo s’est aussi montré plein d’espérance: ce Synode «donne de nouvelles perspectives, de l'espoir à l'humanité», a-t-il affirmé. «Il faut oser, oser grand pour le monde». Il a enfin rappelé que pour évangéliser le territoire congolais, les missionnaires avaient procédé «par l'inculturation de l'Évangile». Un des fruits les plus visibles est aujourd’hui est «le rite zaïrois», où la culture locale s’exprime dans la liturgie. «Chez nous, l'Eucharistie est une fête», a-t-il conclu.

22 octobre 2019, 18:54