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Le Pape François encensant le cercueil du cardinal Tauran, le 12 juillet 2018 à la basilique Saint-Pierre. Le Pape François encensant le cercueil du cardinal Tauran, le 12 juillet 2018 à la basilique Saint-Pierre.  (� Vatican Media)

Il y a un an s’éteignait le cardinal Jean-Louis Tauran

Il y a un an, le 5 juillet 2018, le Vatican et l’Église catholique universelle étaient endeuillés par la perte du cardinal français Jean-Louis Tauran. Âgé de 75 ans et atteint depuis longtemps par la maladie de Parkinson, le président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux se trouvait alors dans une communauté de religieuses franciscaines du Connecticut aux États-Unis pour se soigner.

Cette figure incontournable de la diplomatie vaticane n’avait cessé d’œuvrer inlassablement pour la paix mondiale, malgré sa maladie qui limitait son autonomie de mouvement et son élocution.

Homme doux et d’une grande humilité extrême, très apprécié pour ses talents de diplomate et son sens de l’écoute, le cardinal Tauran était un interlocuteur régulier de Radio Vatican (lien vers notre dernier entretien) et il accordait une grande attention à la diffusion des informations concernant le dialogue interreligieux vers le grand public, et non pas dans un simple cercle d’érudits et d’universitaires.

Une brillante carrière diplomatique

Né à Bordeaux en 1943, licencié en philosophie et en théologie, il était l'un des rares cardinaux à avoir étroitement côtoyé et travaillé auprès des trois derniers papes. Entré dès  1975 au service de la diplomatie du Saint-Siège, il sera notamment auditeur à la nonciature apostolique au Liban, avant d’être consacré évêque par Jean-Paul II au sortir de la guerre froide, en janvier 1991. Mgr Jean-Louis Tauran est alors nommé Secrétaire pour les relations du Saint-Siège avec les États. Ce poste clé qui permet au polyglotte, nommé à seulement 47 ans, un âge très jeune pour ce type de poste, d’appréhender finement les arcanes diplomatiques mondiales. Il sera confronté notamment aux grandes crises internationales de la fin du XXe siècle et du début du XXIe : l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, génocide au Rwanda, attentats du 11 septembre, guerres en Afghanistan et en Irak…

En 2003, Saint Jean Paul II le nomme cette fois à la tête de la prestigieuse bibliothèque apostolique, ainsi qu'à celle des Archives secrètes du Vatican. Il est alors créé cardinal, alors qu'il est déjà affaibli, comme le Pape polonais, par la maladie de Parkinson. Quatre années se passent, le Souverain pontife change, et c’est Benoît XVI qui le rappelle aux affaires du monde.

Le Pape allemand lui confie le 1er septembre 2007 la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, dicastère alors refondé en tant qu’entité propre après avoir été un temps fusionné avec le Conseil pontifical de la Culture.

L’interreligieux pour héritage

Pakistan, Iran, Jordanie, les voyages s’ensuivent, et son expérience diplomatique lui ouvre des portes parfois inattendues. Son dernier voyage, au mois d'avril 2018, fut ainsi l’occasion d’une visite historique en Arabie Saoudite. Un voyage au cours duquel le Vatican et le royaume saoudien avaient signé un accord de coopération, alors qu’ils n’entretiennent pas encore de relations diplomatiques.

Enfin, le cardinal Tauran était connu mondialement pour avoir annoncé au monde entier l’élection de François, depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, en tant que cardinal protodiacre. Avec une émotion très palpable, le cardinal Tauran avait annoncé au monde le nom de François. Le Pape, qui le tenait en haute estime, l’avait nommé camerlingue en 2014, c’est-à-dire en charge de gérer les affaires du Saint-Siège durant une période de vacance apostolique.  François a personnellement assisté à ses obsèques à la basilique Saint-Pierre le 12 juillet 2018, ce qui est inhabituel, car pour les obsèques de cardinaux, le Pape vient généralement seulement pour l’absoute finale.

Quelques mois après son décès, le cardinal Tauran a été remplacé dans ses fonctions de camerlingue par le cardinal américain Kevin Farrell, et dans celle de président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux par son ancien numéro deux, l’évêque espagnol Miguel Angel Ayuso Guixot. Les récents déplacements du Pape au Maroc et aux Émirats arabes unis ont porté l’empreinte des efforts du cardinal Tauran pour un dialogue renforcé entre chrétiens et musulmans. Le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé à Abou Dhabi le 4 février 2019 entre le Pape François et le Grand-Imam d’Al-Azhar peut d’une certaine façon être considéré comme un fruit de son action. Pour le cardinal Tauran, l’établissement d’une relation de confiance avec les institutions musulmanes était et demeure l’une des conditions essentielles pour la paix, et cette conviction continue à guider les orientations de la diplomatie pontificale vis-à-vis des États comme vis-à-vis des organisations religieuses.

05 juillet 2019, 16:46