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Linda Ghisoni s'exprimant devant les participants à la Rencontre sur la protection des mineurs, le 22 février 2019. Linda Ghisoni s'exprimant devant les participants à la Rencontre sur la protection des mineurs, le 22 février 2019.  (Vatican Media )

Linda Ghisoni: écouter les victimes, c’est rencontrer le Christ

Première intervention d’une femme, laïque, lors du sommet sur la protection des mineurs, celle de Linda Ghisoni, sous-secrétaire du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, qui s’est concentrée sur la communion entre évêques.

«C’est une nouvelle trahison qui vient de l'intérieur de l'Église. Ces gens sont, à mes yeux, des loups hurlant qui pénètrent dans l’enclos pour ensuite effrayer et disperser le troupeau, alors qu'ils devraient eux-mêmes, comme pasteurs de l'Église, prendre soin des plus petits et les protéger».

En ces termes imagés, l’italienne Linda Ghisoni qui seconde le cardinal Kevin Farrell au dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a assimilé les abuseurs à des ennemis de l’intérieur.

Écouter les victimes, une rencontre avec le Christ

Les «loups hurlant» sont ces pasteurs qui ont nié a priori et qui, même une fois prouvés les faits criminels, a-t-elle assumé, l’ont transformé en objet d'intimidation et d'annihilation dans sa dignité, la définissant comme «une personne qui, tout au plus, peut passer entre un tableau et le mur».

Ainsi l’écoute de témoignages de victimes est loin d’être «un exercice de commisération». Au contraire, selon la juriste, il s’agit «d’une rencontre avec la chair du Christ dans laquelle sont infligées des blessures non cicatrisées».

Se mettre à genoux

À l’image du Christ, il faudrait demeurer à genoux durant tout ce sommet, a-t-elle soutenu.

«À genoux: ce serait la bonne posture pour traiter les sujets de ces jours-ci». À genoux devant les victimes et leurs familles, devant les abuseurs, les complices, les négationnistes, ceux qui sont injustement accusés, les négligents, ceux qui ont étouffé, ceux qui ont tenté de parler et d'agir, mais qui ont été réduits au silence, les indifférents, a-t-elle énuméré.

«Je n'ai rien à vous enseigner, Sainteté, à eux, Éminences, Excellences révérendissimes, aux Révérendes mères et aux Révérends pères ici convoqués; je crois plutôt que, ensemble, dans l’écoute mutuelle et effective, il faut que nous nous engagions à travailler de sorte que dans l'avenir ne s’éveille plus une telle clameur», s’est-elle exclamé.

Un bureau central pour gérer les abus

Linda Ghisoni qui assure devant les 114 présidents de conférences épiscopales qu’une procédure ordinaire de vérification ne doit pas être interprétée «comme une méfiance envers le supérieur ou l’évêque», mais considérée plutôt «comme une aide».

«Il n'y a pas une "classe affaires" dans certaines églises particulières et une "classe économique" dans d'autres. L’unique Église du Christ est exprimée partout, garantissant à tous, outils, procédures, critères qui protègent les mineurs».

La sous-secrétaire du Dicastère pour les Laïcs et la Vie insiste sur le rôle à remplir par tous les baptisés en interaction les uns avec les autres : les evêques doivent être soucieux de la sainteté des prêtres, les prêtres doivent conserver une attitude de service qui les protègera de toute tentation de pouvoir, y compris sexuel, et les laïcs ne sont pas appelés à être de simples exécutants de ce que décident les clercs. Il est vital, dit-elle, de recourir aux services et aux compétences de tous pour prendre des décisions. Concernant les laïcs, elle note cependant qu’ils ne doivent pas être considérés comme plus crédibles ou indépendants de par leur seul état non-clérical. Dans tous les groupes, il y a des personnes non libres, prévient-elle.

Concrètement, Linda Ghisoni propose un partage de connaissance des pratiques déjà rodées et mises en œuvre au niveau national, avec la nécessité de directives claires sur les procédures de responsabilité. Un mécanisme de contrôle doit être mis en place non pour accuser mais pour pouvoir mettre en lumière d'éventuelles erreurs. L’autorité de l’évêque en sera renforcée. Dess commission consultatives indépendantes sont nécessaires au niveau local et au niveau régional.

De plus, cette spécialiste du droit canonique considère l’opportunité d'un bureau central qui promeuve la formation dans une identité vraiment ecclésiale, sollicite et vérifie régulièrement le bon fonctionnement de ce qui est initié au niveau local, avec un accent «sur l’intégrité aussi du point de vue ecclésiologique», a-t-elle plaidé.

Revoir la loi sur le secret pontifical

Il serait aussi nécessaire de réviser la législation actuelle sur le secret pontifical, afin qu'il protège «la dignité des personnes impliquées, la bonne réputation de chacun, le bien de l'Église», mais en même temps permette le développement d'un climat de plus grande transparence et confiance, en évitant l'idée que le secret soit utilisé pour cacher les problèmes plutôt que de protéger les biens en jeu.

Selon la juriste, il faudrait également affiner des critères pour une communication correcte dans un temps où les besoins de transparence doivent être équilibrés avec ceux de la confidentialité: «une confidentialité injustifiable, ainsi qu'une divulgation incontrôlée, risquent de créer une mauvaise communication et de ne pas rendre service à la vérité».

22 février 2019, 18:19