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Vatican News
Le Pape avec un jeune détenu en confession, le 25 janvier 2019 à Pacora. Le Pape avec un jeune détenu en confession, le 25 janvier 2019 à Pacora. 

Aujourd’hui comme il y a 2000 ans, le “scandale” d’embrasser les pécheurs

L’évangélisation se base sur la centralité de la compassion. Un message qui met en discussion aussi certaines attitudes des médias catholiques, quotidiennement dédiés à la condamnation.

Andrea Tornielli – Panama

Hier, en la fête du saint patron des journalistes, saint François de Sales, en parlant aux évêques d’Amérique centrale, le Pape a fait un appel à certains médias catholiques. Il a déclaré avant tout que le résultat de l’évangélisation de ne se base pas sur la richesse des moyens, ou sur la quantité des évènements que nous organisons, mais «sur la centralité de la compassion».

«Cela me préoccupe que la compassion aie perdu sa centralité dans l’Église, a ajouté François. Même les groupes catholiques l’ont perdue, ou sont en train de la perdre, pour ne pas être pessimistes. Même dans les moyens de communication catholiques, il n’y a pas de compassion. Il y a le schisme, la condamnation, la méchanceté, l’acharnement, la surestimation de soi, la dénonciation de l’hérésie…»

C’est la “photographie” d’une réalité malheureusement sous les yeux de tous: la diffusion aussi à travers les médias qui se proclament catholiques de l’habitude de vouloir juger tout et tous en se mettant sur un piédestal et en s’acharnant particulièrement envers les frères dans la foi qui ont des opinions différentes.

Et cette attitude si profondément antichrétienne (même si elle est véhiculée par des médias estampillés “catholiques”) n’est pas un phénomène transitoire, seulement lié à la critique quotidienne du pontificat actuel. À l’origine de cette attitude il y a en effet quelque chose de plus profond et de moins contingent : le fait de croire que pour exister et s’affirmer, mon identité aie besoin quotidiennement d’identifier un ennemi contre lequel me jeter. Quelqu’un à attaquer, quelqu’un à condamner, quelqu’un à juger hérétique.

Aussi face à cela, le témoignage de Jésus se présente comme un changement total, qui fait sauter les traditions acquises et les comportements stratifiés, en défiant les “bien-pensants” de chaque époque ou lieu. Nous l’avons vu encore une fois dans la rencontre que le Pape a eu aujourd’hui, 25 janvier, au centre de détention pour mineurs Las Garzas de Pacora, avec les JMJ de Panama qui durant quelques instants sont entrées en prison en se rapprochant de ces jeunes qui ne peuvent pas participer à l’évènement. Un témoignage émouvant de compassion et de miséricorde, qui ne naît pas en ayant été appris dans un manuel, mais parce que cette compassion et cette miséricorde ont été d’abord expérimentés sur soi-même pour pouvoir devenir le regard vers l’autre, vers le pécheur, vers celui qui s’est trompé.

François a expliqué aux détenus que Jésus n’a pas eu peur de se rapprocher de ceux qui pour différentes raisons portaient le poids de la haine sociale. Il mangeait à la maison des publicains et des pécheurs, en scandalisant tout le monde. Parce que «Jésus se rapproche, se compromet, met en jeu sa réputation et invite toujours à garder un horizon capable de renouveler la vie et l’histoire». Mais beaucoup ne supportent pas ce choix du Fils de Dieu, ils préfèrent congeler et stigmatiser les comportements de celui qui s’est trompé en donnant une étiquette non seulement à son passé mais aussi à son présent.

Et tout en faisant cela, a expliqué François, on ne produit pas que des divisions, en séparant les bons et les mauvais, les justes et les pécheurs. On élève des murs invisibles en croyant qu’en marginalisant et en isolant on résout le problème. Au contraire, chaque page de l’Évangile nous montre une attitude différente, une révolution copernicienne, qui passe à travers les yeux de Jésus, capables de regarder les personnes non pas pour les erreurs, les péchés ou les délits qu’elles avaient commis, mais pour ce que leur vie peut devenir si elle est touchée par la miséricorde, par la compassion, par l’amour infini d’un Dieu qui t’embrasse avant de te juger.

25 janvier 2019, 18:08