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Le Pape saluant une participante à la réunion pré-synodale, le 19 mars 2018. Le Pape saluant une participante à la réunion pré-synodale, le 19 mars 2018.  (AFP or licensors)

Synode des Jeunes: les sept mots clés de l’Instrumentum Laboris

Ce mardi a été publié le document de travail de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, programmée au Vatican du 3 au 28 octobre sur le thème "les jeunes, la foi et le discernement vocationnel".

Isabella Piro – Cité du Vatican

Le monde compte actuellement 1,8 milliard de jeunes de 16 à 29 ans, qui constituent donc un quart de l’humanité. Le document du travail du Synode qui leur sera consacré à l’automne en décrit la diversité, les espérances, les difficultés. Structuré en trois parties, «reconnaître, interpréter, choisir», le document cherche à offrir de justes clés de lecture sur la réalité des jeunes, en se basant sur diverses sources, parmi lesquelles un questionnaire en ligne qui a recueilli les réponses de plus de 100 000 jeunes.

Ce que les jeunes demandent à l’Église

Que veulent les jeunes d’aujourd’hui ? Surtout, que cherchent-ils dans l’Église ? En premier lieu, ils désirent une «Église authentique », qui puisse briller par «exemplarité, co-responsabilité et solidité culturelle», une Église qui partage «leur situation de vie à la lumière de l’Évangile plutôt que faire des prédications», une Église qui soit «transparente, accueillante, honnête, attrayante, communicative, accessible, joyeuse et interactive». En somme : «une Église moins institutionnelle, et plus relationnelle, capable d’accueillir sans juger préalablement, amie et proche, accueillante et miséricordieux».

Tolérance zéro contre les abus

Mais il y en aussi qui ne demandent rien à l’Église ou qui veulent être laissés en paix, en la considérant comme un interlocuteur non significatif ou comme une présence «fatigante ou irritante». Et il y a une raison dans cette attitude critique : les scandales sexuels et économiques, sur lesquels les jeunes demandent à l’Église de «renforcer sa politique de tolérance zéro contre les abus sexuels à l’intérieur de ses propres institutions», l’impréparation des ministres ordonnés qui ne comprennent pas la sensibilité des jeunes, et la difficulté de l’Église elle-même à «rendre raison de ses propres positions doctrinales et éthiques face à la société contemporaine».

Le document fait émerger sept paroles-clés :

1. Écoute : les jeunes veulent être écoutés avec empathie, justement «là où ils se trouvent, en partageant leur existence quotidienne» ; ils désirent que leurs opinions soient prises en considération, en cherchant à se sentir comme une partie active de la vie de l’Église, sujets et non simples objets de l’évangélisation. Tous les jeunes veulent être écoutés, et non exclu. «L’écoute est la première forme de langage vrai et audacieux que les jeunes demandent à haute voix à l’Église», car là où sont offerts «écoute, accueil et témoignage dans un mode créatif et dynamique, naissent les syntonies et sympathies» fructueuses.

2. Accompagnement : spirituel, psychologique, de formation, familial, vocationnel… Dans chacune de ces formes, l’accompagnement est fondamental pour les jeunes. Il ne s’agit pas ici de quelque chose d’optionnel «par rapport au devoir d’éduquer et d’évangéliser les jeunes, mais c’est un devoir ecclésial et un droit de chaque jeune», et il sert à former les consciences et la liberté, à cultiver les rêves et à entreprendre «des pas concrets dans les sentiers de la vie». Le rôle de la famille est donc central. Elle «continue à représenter un moment privilégié dans le processus de développement intégral de la personne». La figure paternelle, dont «l’absence ou l’évanescence» produit des «ambiguïtés et des vides», nécessite d’être au centre de la réflexion. Les écoles et les communautés chrétiennes ont le devoir de faire en sorte que les jeunes ne se sentent pas seuls, écartés, abandonnés dans leur parcours de croissance.

3. Conversion : il y a différents sens donnés à ce mot dans le document synodal, qui évoque notamment le drame vécu par des jeunes chrétiens qui «représentent une minorité exposée à la violence et à la pression de la majorité qui réclame leur conversion», mais il y a aussi, dans un sens inverse, la demande d’une «conversion systémique» dans le domaine éducatif, afin que toutes les structures de formation et leurs membres investissent plus dans leur «formation intégrale», de façon à «ne pas transmettre seulement des contenus», mais à être aussi des «témoins de maturité humaine», de façon à «rendre les jeunes sujets et protagonistes de leur vie».

La «conversion écologique» est centrale aussi : les jeunes sont très sensibles à l’argument et leur apport est indispensable pour ouvrir un changement durable dans le style de vie de chacun. Il y a enfin l’appel à une «nécessaire et courageuse conversion culturelle de l’Église», afin qu’elle sache «reconnaître» et «encourager» la créativité «unique et nécessaire» de la vie consacrée, «un lieu spécifique et expression du génie féminin».

4. Discernement : parmi les paroles les plus présentes dans le document, le discernement est compris comme le «style d’une Église en sortie», pour répondre aux exigences des jeunes : «je me trouve maintenant comme face à un mur, celui de donner un sens profond à ma vie. Je pense avoir besoin de discernement face à ce vide», écrit un jeune homme. Le discernement apporte une «dynamique spirituelle» pour «reconnaître et accueillir la volonté de Dieu dans le concret» des situations individuelles, et il doit être offert aux jeunes générations comme un «instrument de lutte» qui les rende «capables de reconnaître les temps de Dieu» pour «ne pas gaspiller» les inspirations des jeunes. Il s’agit à la fois d’un don et d’un risque, car il n’est pas exempt d’un risque d’erreurs, mais il permet de sensibiliser aux prises de décisions qui engagent. Dans le domaine vocationnel particulièrement, il faut s’entourer de personnes compétentes et de «structures d’animation adéquates, efficientes et efficaces, attractives et lumineuses pour leur style relationnel et les dynamiques fraternelles qu’elles génèrent».

5. Les défis : les discriminations religieuses, le racisme, la précarité professionnelle, la pauvreté, la toxicodépendance, l’alcoolisme, le harcèlement, l’exploitation sexuelle, la pédopornographie, la corruption, les difficultés d’accès aux études, la solitude… les défis que les jeunes doivent affronter aujourd’hui sont innombrables. Beaucoup sont générés par des phénomènes d’exclusion, par la «culture du déchet» et par un usage inapproprié des nouvelles technologies, qui peuvent s’avérer particulièrement dangereuses à travers notamment le phénomène du “dark web”.

Le document insiste aussi sur la question des jeunes migrants, souvent victimes de la traite, pour lesquels le document synodal demande «de mettre en œuvre des parcours de protection juridique de leur dignité et capacité d’action, et en même temps de promouvoir des chemins d’intégration dans la société dans laquelle ils arrivent». Toute la pastorale, notamment vis-à-vis des jeunes, doivent donc «éviter toute forme de ghettoïsation et promouvoir de réelles occasion de rencontres».

Heureusement, il existe aussi des défis positifs : la musique, avec sa valeur socialisante ; le sport, qui dans le domaine de la saine compétition, permet de découvrir le soin et la discipline du corps, le travail d’équipe, le respect des règles et l’esprit de sacrifice ; l’amitié entre camarades, un véritable «instrument d’émancipation du contexte familial, de consolidation de l’identité et de développement des compétences relationnelles» de chacun.

6. Vocation : dans ce domaine, le document synodal met en lumière une difficulté objective. Souvent, les jeunes ont «une vision réductrice» du terme «vocation», ce qui crée «un fort préjugé» car la pastorale vocationnelle est vue comme «une activité vouée exclusivement au recrutement de prêtres et de religieux». Il faut donc élargir les perspectives car chaque jeune a une vocation qu’il peut exprimer dans différents domaines, la famille, l’étude, la profession, la politique, en devenant le «cœur de l’intégration de toutes les dimensions de la personne» : ses talents naturels, les compétences acquises, les succès et les échecs que «chaque histoire personnelle contient», «la capacité d’entrer en relation et d’aimer», la prise de responsabilité «à l’intérieur d’un peuple et d’une société».

Sur la question spécifique des vocations sacerdotales, l’Église est appelée à réfléchir, parce «sa préoccupation face à la diminution du nombre de candidats est indéniable», est-il écrit dans ce document. «Cela rend nécessaire une réflexion renouvelée sur la vocation au ministère ordonné et sur une pastorale vocationnelle qui sache faire sentir l’appel de Jésus à devenir pasteurs de son troupeau.»

7. Sainteté : le document synodal se conclut avec une réflexion sur la sainteté, puisque «la jeunesse est un temps pour la sainteté» et elle est proposée comme un «horizon de sens accessible à tous les jeunes». «Tous les saints ont été jeunes» : le récit de leur vie doit donc permettre aux jeunes d’aujourd’hui de «cultiver l’espérance», comme l’écrit le Pape François dans la prière finale du document, afin que les jeunes «avec courage, prennent leur vie en main, regardent vers les choses les plus belles et les plus profondes et conservent toujours un cœur libre».

19 juin 2018, 12:20