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Le Pape François visite l'université pontificale catholique de Santiago au Chili, le 17 janvier 2018. Le Pape François visite l'université pontificale catholique de Santiago au Chili, le 17 janvier 2018.  (Vatican Media)

«Veritatis Gaudium»: Les universités et facultés catholiques appelées à une révolution culturelle

Le Pape François a promulgué ce lundi 29 janvier une nouvelle constitution apostolique. Intitulée Veritatis gaudium, la «joie de la vérité», elle concerne les universités et les facultés ecclésiastiques. Dans ce texte d’une soixantaine de pages, le Souverain pontife invite ces structures d’enseignement à s’adapter aux changements culturels contemporains, conforme à la transformation missionnaire d’une Église «en sortie».

Olivier Bonnel - Cité du Vatican

C’est à une révolution culturelle qu’appelle le Pape François à travers ce texte. Jusqu’ici, les universités et facultés ecclésiastiques (comme les universités pontificales), chargées de former prêtres et théologiens étaient régies par la constitution Sapientia Christiana de 1979 de Jean-Paul II. Mais «à presque quarante ans de distance, une mise à jour de cette Constitution Apostolique est aujourd’hui nécessaire et urgente», note François.

Aujourd’hui, explique-t-il, il est temps de procéder «à la promotion, à tous les niveaux, d’une relance des études ecclésiastiques dans le contexte de la nouvelle étape de la mission de l’Église».

Dans le préambule de Veritatis gaudium, le Pape souligne longuement l’héritage de ses prédécesseurs Paul VI, Jean-Paul II ou Benoît XVI qui dans l’esprit du Concile Vatican II, ont pointé l’importance d’une révision des études ecclésiastiques, et l’adaptation d’un savoir et d’une formation aux nouvelles formes d’évangélisation. François rend ainsi hommage aux fruits qu’ont été les encycliques Populorum Progressio, Fides et Ratio ou Caritas in Veritate.

Dans la continuité apostolique, le Pape souligne que «le moment est venu où ce riche patrimoine d’approfondissements et d’orientations doit converger pour imprimer aux études ecclésiastiques ce renouvellement sage et courageux qui est demandé par la transformation missionnaire d’une Église «en sortie». 

Pour François en effet, l’exigence prioritaire d’aujourd’hui est de se préparer «avec esprit» à une nouvelle étape de l’évangélisation, et dans cette perspective, le système d’études ecclésiastiques joue un rôle stratégique.

Une révolution culturelle courageuse

Les défis actuels sont immenses, poursuit François, «nous ne vivons pas seulement une époque de changements mais un véritable changement d’époque, marqué par une crise anthropologique  et  socio-environnementale  globale», explique-t-il, citant Laudato Si. Ainsi, le monde universitaire ecclésiastique est appelé à une révolution culturelle courageuse.

Dans cette constitution, le Pape dresse le constat qu’il y a «besoin d’une véritable herméneutique évangélique pour mieux comprendre la vie, le monde et les hommes». Au niveau universitaire, la philosophie et la théologie, permettent d’acquérir des convictions qui fortifient l’intelligence, note encore François, mais tout ceci n’est fécond que «si on le fait dans un esprit ouvert et à genoux».

Le Pape propose ainsi quatre critères pour ce renouvellement des études ecclésiastiques. Le premier est avant tout le kerygme, la «nouvelle et fascinante joyeuse annonce de l’Évangile de Jésus». C’est le mystère du salut dont l’Église est le signe au milieu des hommes. De cet élément vital dérive l’expérience de vivre une Église comme «mystique du nous» écrit le Saint-Père, c’est-à-dire qui sait reconnaitre Dieu en chaque être humain. D’où l’impératif d’écouter dans le cœur et de faire résonner dans l’esprit le cri des pauvres et de la terre, pour rendre concrète la «dimension sociale de l’évangélisation».

Dialogue et culture de la rencontre

Le second critère est celui du dialogue, dans tous les domaines: ce que l’Évangile et la doctrine de l’Église sont aujourd’hui appelés à promouvoir, c’est bien une authentique culture de la rencontre. François invite ici à une profonde réforme du système d’études ecclésiastiques, que ce soit dans l’organisation des disciplines et des enseignements, des outils didactiques.

Cette réforme est nécessaire pour mettre en œuvre une évangélisation «qui éclaire les nouvelles manières de se mettre en relation avec Dieu, avec les autres et avec l’environnement».

Troisième critère mis en avant par le Pape: l’interdisciplinarité, qui doit être exercée «avec sagesse et créativité à la lumière de la Révélation.» Cette interdisciplinarité est à comprendre non seulement comme une meilleure compréhension de plusieurs points de vue d’un objet d’étude, mais de manière plus forte comme «disposition et fermentation de tous les savoirs dans l’espace de Lumière et de Vie, offert par la Sagesse qui émane de la Révélation de Dieu.»

Enfin le dernier critère que propose le Saint-Père est la nécessité urgente de «faire réseau» entre les diverses institutions qui, partout dans le monde, cultivent et promeuvent les études ecclésiastiques. En citant de nouveau son encyclique Laudato Si, François rappelle cette interdépendance «qui nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun». Cette perspective , note-t-il, assigne une tâche exigeante à la théologie ainsi qu’aux autres disciplines prévues dans les études ecclésiastiques.

Si la théologie doit, sans aucun doute être enracinée et fondée sur la Sainte Écriture et dans la Tradition vivante, cela doit aussi accompagner simultanément les processus culturels et sociaux, précise François.

Créer de nouveaux centres de recherche

Les études ecclésiastiques ne peuvent pas se limiter à transmettre des connaissances ou des compétences, «mais elles doivent développer la tâche urgente d’élaborer des instruments intellectuels capables d’être proposés comme paradigmes d’action et de pensée, utiles à l’annonce dans un monde marqué par le pluralisme éthique et religieux», explique encore le Pape dans ce nouveau texte. François invite à une amélioration de la qualité de la recherche scientifique et plaide pour la création de nouveaux centres de recherche, des pôles d’excellence interdisciplinaires.

Dans cette Église en sortie que le Pape appelle de ses vœux, la formation pédagogique et universitaire a toute sa place, et doivent courir le risque de cette nouvelle mission «vers l’extérieur».

«La théologie et la culture d’inspiration chrétienne ont été à la hauteur de leur mission quand elles ont su vivre de façon risquée et avec fidélité sur les frontières», analyse le Pape qui évoque un grand défi culturel, spirituel et éducatif. Une période «stimulante et fascinante, marquée par l’engagement à une configuration renouvelée et clairvoyante des études ecclésiastiques» et dans laquelle la foi joyeuse et inébranlable en Jésus crucifié et ressuscité, centre et Seigneur de l’histoire, nous est la meilleure aide.

29 janvier 2018, 15:31