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Le Pape, entouré de Valentina Alazraki et Philip Pullella et des journalistes accrédités au Bureau de presse du Saint-Siège Le Pape, entouré de Valentina Alazraki et Philip Pullella et des journalistes accrédités au Bureau de presse du Saint-Siège  (Vatican Media)

Le Pape aux journalistes: votre mission est de rendre le monde moins sombre

A l'occasion d'une cérémonie de remise de prix à deux éminents vaticanistes, Valentina Alazraki et Philip Pullella, François a souligné que la tâche du professionnel de l'information est de permettre de regarder «les autres avec plus de confiance».

Amedeo Lomonaco - Cité du Vatican

Qu'est-ce que le journalisme ? Mais surtout, quelles sont les caractéristiques du bon journalisme ? Ce sont là les principales questions qui ont sous-tendu le discours prononcé par le Pape François à l'occasion de la remise des honneurs pontificaux à deux doyens de l'information vaticane : Valentina Alazraki, «très jeune alors, était dans l'avion qui a emmené saint Jean-Paul II à Puebla en 1979», et Philip Pullella, l'autre vétéran «bien connu». «Combien d'expériences partagées, combien de voyages, combien d'événements, s’est remémoré le Pape en s'adressant aux deux journalistes, vous avez vécu à la première personne, en les racontant à vos téléspectateurs et lecteurs». Les paroles du Souverain Pontife ont résonné dans la salle du Consistoire, en présence des journalistes accrédités auprès du Bureau de presse du Saint-Siège.

«Je suis heureux de vous accueillir ici, après tant de fois où nous nous sommes rencontrés dans le couloir des avions, lors d'entretiens en haute altitude, ou en passant, lors des diverses célébrations et rendez-vous des pèlerinages apostoliques dans le monde. Nous sommes des compagnons de voyage !», s’est-il exclamé.

Le Pape et Valentina Alazraki
Le Pape et Valentina Alazraki

Le journalisme est une mission

Les mots de François, qui a également rendu hommage au journaliste russe Aleksej Bukalov, décédé en 2018, semblent composer un manuel de journalisme écrit en particulier pour les professionnels de cette époque, profondément marquée par le développement des nouveaux médias :

«On arrive au journalisme non pas tant en choisissant une profession qu'en se lançant dans une mission, un peu comme le médecin, qui étudie et travaille pour que le mal soit guéri dans le monde. Votre mission est d'expliquer le monde, de le rendre moins obscur, de faire en sorte que ceux qui y vivent en aient moins peur et qu'ils regardent les autres avec plus de conscience, et aussi plus de confiance. Ce n'est pas une mission facile. Il est compliqué de réfléchir, de méditer, d'approfondir, de s'arrêter pour rassembler des idées et d'étudier les contextes et les précédents d'une nouvelle.»

Cette mission, note le Pape, n'est pas sans obstacles. Le bon journalisme, ajoute-t-il, peut être combiné à trois volets : «le risque, vous le savez bien, est de se laisser écraser par la nouvelle au lieu de pouvoir lui donner un sens. C'est pourquoi je vous encourage à préserver et à cultiver ce sens de la mission qui est à l'origine de votre choix. Je le fais avec trois verbes qui, selon moi, caractérisent le bon journalisme : écouter, enquêter et rapporter.»

Écouter

Il y a un verbe qui «vous concerne en tant que journalistes, mais qui nous concerne tous en tant qu'Église, à tout moment et surtout maintenant que le processus synodal a commencé». Et ce verbe, dit le Pape, c'est écouter :

«Écouter, pour un journaliste, c'est avoir la patience de rencontrer face-à-face les personnes à interroger, les protagonistes des histoires racontées, les sources d'où proviennent les informations. L'écoute va toujours de pair avec le fait de voir, d'être là: certaines nuances, sensations, descriptions complètes ne peuvent être transmises aux lecteurs, auditeurs et spectateurs que si le journaliste a écouté et vu par lui-même. Cela signifie s'échapper - et je sais combien cela est difficile dans votre travail ! - pour échapper à la tyrannie d'être toujours en ligne, sur les réseaux sociaux, sur le web. Le bon journalisme d'écoute et de vision a besoin de temps

Les outils de communication, note le Saint-Père, sont importants, mais la rencontre personnelle est irremplaçable :

«Tout ne peut pas être raconté par e-mail, par téléphone ou sur un écran. Comme je l'ai rappelé dans mon message pour la Journée de la communication de cette année, nous avons besoin de journalistes qui soient prêts à “user la semelle de leurs chaussures”, à sortir des salles de rédaction, à se promener dans les villes, à rencontrer les gens, à vérifier les situations dans lesquelles nous vivons à notre époque

Le Pape et Philip Pullela
Le Pape et Philip Pullela

Approfondir

Le second verbe, qui caractérise le métier de journaliste, est «une conséquence de l'écoute et du regard». Approfondir, nous rappelle le Pape, n'est pas un élément accessoire du journalisme :

«Chaque nouvelle, chaque fait dont nous parlons, chaque réalité que nous décrivons nécessite une étude approfondie. À une époque où des millions d'informations sont disponibles sur le web et où de nombreuses personnes s'informent et se forgent une opinion sur les médias sociaux, où malheureusement la logique de simplification et d'opposition prévaut parfois, la contribution la plus importante que peut apporter un bon journalisme est celle de l'étude approfondie

«Mais que pouvez-vous offrir de plus, demande François, à ceux qui lisent ou écoutent, par rapport à ce qu'ils trouvent déjà sur le web

«Vous pouvez offrir le contexte, les précédents, les clés d'interprétation qui permettent de situer l'événement qui s'est produit. Vous savez très bien que, même en ce qui concerne les informations sur le Saint-Siège, tout ce qui est dit n'est pas toujours “nouveau” ou “révolutionnaire”. J'ai essayé de le démontrer dans mon récent discours aux mouvements populaires, lorsque j'ai indiqué les références à la Doctrine sociale de l'Église sur lesquelles se fondaient mes appels. La Tradition et le Magistère se poursuivent et se développent en affrontant les exigences toujours nouvelles de l'époque dans laquelle nous vivons et en les éclairant avec l'Évangile

Raconter

Le troisième verbe qui caractérise le bon journalisme est raconter:

«Raconter, c'est ne pas se mettre en avant, ni même s'ériger en juge, mais c'est se laisser toucher et parfois blesser par les histoires que nous rencontrons, afin de pouvoir les raconter avec humilité à nos lecteurs. La réalité est un excellent antidote à de nombreuses “maladies”. La réalité, ce qui se passe, la vie et les témoignages des gens, voilà ce qui mérite d'être raconté

Le bon journalisme ne doit pas nous laisser indifférents :

«Nous avons aujourd'hui un grand besoin de journalistes et de communicateurs passionnés par la réalité, capables de trouver les trésors qui sont souvent cachés dans les plis de notre société et de les raconter, nous permettant ainsi d'être impressionnés, d'apprendre, d'élargir notre esprit, de saisir des aspects que nous ne connaissions pas auparavant. Je vous suis reconnaissant de votre effort pour raconter cette histoire. La diversité des approches, des styles, des points de vue liés aux différentes cultures ou appartenances religieuses est également une richesse. Je vous remercie également pour ce que vous nous dites sur ce qui ne va pas dans l'Église, pour nous aider à ne pas cacher la poussière sous le tapis, et pour la voix que vous avez donnée aux victimes d'abus

Seule la vérité nous rend libres

S'adressant à Valentina Alazraki et Philip Pullella, et aux journalistes accrédités auprès du Bureau de presse du Saint-Siège, François a souligné que le fil conducteur des journalistes est la recherche de la vérité :

«Merci, chers amis, pour cette rencontre. Merci et félicitations à nos deux “doyens”, qui deviennent aujourd'hui “Dame” et ”Chevalier” de la Grande Croix de l'Ordre de Pie IX. Merci à tous pour le travail que vous faites. Merci pour votre recherche de la vérité, car seule la vérité nous rend libres.»

Enfin, le Pape a rappelé que l'Église «n'est pas une organisation politique qui a en son sein des gens de gauche et de droite, comme cela se passe dans les Parlements». Elle n’est pas davantage «une grande entreprise multinationale dirigée par des managers qui étudient à la table comment vendre au mieux leur produit». Et «elle ne se construit pas sur la base de son propre projet, elle ne puise pas en elle la force d'aller de l'avant et elle ne vit pas de stratégies de marketing».

«Chaque fois qu'elle tombe dans cette tentation mondaine, l'Église, sans s'en rendre compte, croit avoir une lumière qui lui est propre et oublie qu'elle est le “mysterium lunae” dont parlaient les Pères des premiers siècles. L'Église, souligne-t-il, s'authentifie dans la lumière d'un autre, comme la lune. Mais lorsqu'elle oublie d'être “Mysterium Lunae”, son action «perd de sa vigueur et ne sert à rien». «L'Église, composée d'hommes et de femmes qui sont des pécheurs comme tout le monde, conclut François, est née et existe pour refléter la lumière d'un Autre, la lumière de Jésus, comme la Lune le fait avec le Soleil».

13 novembre 2021, 13:30