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Atelier de couture proposé par la Fondation Atelier de couture proposé par la Fondation 

Sœur Rita et les femmes blessées de Kinshasa: un projet béni par le Pape

C’est en République démocratique du Congo que la fondation “Pape François pour l'Afrique” a été créée, d’après un projet lancé par sœur Rita Mboshu-kongo et béni par le Pape, qui parle d’une œuvre de charité qui lui est «chère». L’initiative vise à garantir l’éducation et la formation professionnelle des femmes et jeunes filles en détresse.

Salvatore Cernuzio - Cité du Vatican

À les regarder, certaines ne sont guère plus que des enfants. Onze ou douze ans, tout au plus. Beaucoup d'entre elles - deux sur six, selon les statistiques - sont déjà mères, ou du moins mariées car leur famille les a mariées tôt pour gagner un peu d'argent avec la dot. Leurs yeux ont l'air triste sous ces tresses qui maintiennent en ordre leurs cheveux, mais s'illuminent devant les nouvelles activités et les nouveaux projets qui leur sont proposés par la Fondation “Pape François pour l'Afrique”, un organisme récemment créé et béni par le Souverain Pontife, qui vise à promouvoir le magistère du Pape à travers des initiatives de solidarité et de promotion intégrale des personnes vulnérables, en particulier l'autonomisation des femmes, des enfants et des jeunes. 

Il n'y a aucune différence d'âge, d'ethnie ou de religion: tout le monde est le bienvenu à la Fondation. Des adolescentes sont assises avec des femmes plus âgées autour d'une table en plastique, dans un champ de terre battue, sous les arbres et dans les buissons, portant des vêtements colorés. Elles essaient de comprendre comment faire fonctionner une machine à coudre, découper des motifs sur du carton, ou encore lire, écrire, faire des pâtisseries, s'armer de chiffons de nettoyage et de détergents ou s'essayer aux outils de l'esthétique: vernis à ongles, lime à ongles, ciseaux. Les plus jeunes, en revanche, s'attachent à répéter une danse: coordonnées et disciplinées, elles suivent le rythme de la musique et copient les pas des autres pour les exécuter plus tard à la messe.

La religieuse qui se bat pour les femmes

Ce ne sont pas des passe-temps pour ces filles et ces jeunes femmes, mais de véritables opportunités placées sur leur chemin, elles qui risquent de mener une vie marquée par des fléaux sociaux tels que la pauvreté, l'analphabétisme et le chômage. Aux côtés de ces femmes se trouve sœur Rita Mboshu-kongo. «Une tigresse», comme l'appellent ceux qui la connaissent. Membre congolaise de la Congrégation des Religieuses Filles de Marie, titulaire d'une licence et d'un doctorat en théologie de Rome, elle enseigne aujourd'hui à l'Université Urbanienne. Elle a collaboré au mensuel Femmes, Église, Monde de L'Osservatore Romano et a édité le volume Le Pape François et le Missel romain pour les diocèses du Zaïre (librairie éditrice vaticanes), qui explique la valeur de l'inculturation de la liturgie. Sa voix a résonné à plusieurs reprises dans les médias italiens, et pas seulement, pour dénoncer l'horreur de la violence féminine dans toutes ses nuances, y compris les abus au sein de l'Église contre les femmes religieuses, en particulier les femmes africaines.

La Fondation “Pape François pour l'Afrique”

Sœur Rita a joint le geste à la parole. Comme lorsqu'elle étudiait pour obtenir son diplôme tout en travaillant comme cuisinière au prestigieux collège Capranica. Aujourd'hui, elle est en pleine action dans son Afrique natale, à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, où elle a créé une fondation portant le nom du Pape François: «Cette fondation, explique la religieuse contactée à Kinshasa par Vatican News, est destinée à aider toutes les filles et les femmes qui souffrent. Ces femmes abandonnées que le Pape François appelle les “dernières”, les “rejetées”».

Logo de la Fondation
Logo de la Fondation

Le Pape François lui-même a béni le projet: «C'est une source de grande joie pour moi. Elle m'est très chère», a-t-il écrit dans une lettre adressée aux membres de la Fondation. Pour le Pape, il s'agit d'une initiative dans la ligne de son encyclique Fratelli Tutti: «Ce n'est qu'avec un regard dont l'horizon est transformé par la charité, qui le conduit à saisir la dignité de l'autre, que les pauvres sont reconnus et appréciés dans leur immense dignité, respectés dans leur style et leur culture propres, et ainsi véritablement intégrés dans la société». (Fratelli Tutti, n. 187).

Le Souverain Pontife a encouragé «vivement» sœur Rita et ses collaborateurs «à entreprendre cette œuvre de charité et de solidarité avec les plus nécessiteux» avec l’assurance de sa prière pour que le Seigneur mette sur leur chemin «des personnes qui aident à atteindre les objectifs de la Fondation qui trouve dans notre Magistère une ligne de conduite à suivre pour vivre dans un esprit de solidarité, en harmonie avec Dieu, avec les personnes et avec le monde».

Une région dévastée par la pauvreté et l'analphabétisme

Le premier projet a été inauguré il y a trois semaines et s'adresse en particulier aux jeunes mères de la périphérie de Kinshasa, sans distinction d'ethnie ou de religion, par le biais de cours d'éducation et de formation professionnelle. La banlieue de Kinshasa n'est pas un endroit pauvre ou délabré comme dans notre imagination commune, mais une portion de terre oubliée de tous, sauf de Dieu. Il s'agit du quartier de Ngomba Kikusa, en périphérie de la capitale, dans la commune de Ngaliema. Elle compte environ 30 000 habitants, dont plus de 85 % se trouvent en dessous du seuil de pauvreté absolue: les familles vivent, ou plutôt survivent, avec moins d'un dollar par jour. Il est même difficile d'apporter de l'aide à Ngomba Kikusa, car une seule route en terre relie le district aux autres villes. Les conditions sont désastreuses, entravant même l'approvisionnement en eau et en électricité. La croissance démographique est élevée, tout comme le nombre de mères célibataires qui ne savent pas comment signer un document ou occuper un emploi.

La pauvreté paradoxale

Cette pauvreté endémique est un paradoxe, étant donné que l'image globale est celle d'un pays riche en ressources naturelles. Le Pape lui-même l'a décrit comme «l'un des poumons de l'humanité», avec l'Amazonie. Mais aujourd'hui, malgré quelques projets internationaux et des initiatives de l'Église locale, elle reste la proie des raids aveugles des grandes puissances mondiales, avec la complicité des pays voisins et de leurs propres compatriotes, laissant la population dans une situation de misère indescriptible, avec des parents incapables de garantir à leurs enfants un minimum d'éducation, de nourriture et de médicaments.

Le travail de Sœur Rita est donc une caresse sur les blessures de ces personnes. Avec ses cheveux courts, son visage toujours détendu et sa voix modulée, la religieuse fait le tour des ateliers et coordonne les différentes activités, offre des conseils, enregistre des films pour informer et sensibiliser le monde. Son objectif est de soutenir et d'accompagner les jeunes Congolais dans la durée, en favorisant leur prise de conscience et leur autonomie, y compris en leur apprenant un métier. Pour les mères célibataires, en particulier, l'objectif est d'assurer leur intégration dans la société et leur éducation grâce à des bourses d'études.

Soeur Rita avec quelques-unes des femmes accueillies par la Fondation
Soeur Rita avec quelques-unes des femmes accueillies par la Fondation

«Les filles sont heureuses de cette expérience, dit la religieuse. Les histoires qu'elles nous racontent sont difficiles mais, en même temps, merveilleuses. Elles nous disent souvent: “nous n'avons jamais vu une fondation catholique qui accueille aussi des filles d'autres religions”. Parce que nous accueillons des filles protestantes, musulmanes et d'autres religions de tout Kinshasa».

«C'est la troisième semaine que cette expérience a commencé et jusqu'à présent, c'est merveilleux, raconte la religieuse. Nous avons acheté, par exemple, des machines pour apprendre à coudre ou à confectionner des vêtements, mais nous travaillons à l'extérieur car, pour le moment, nous n'avons pas la possibilité de construire un hangar qui nous permettrait de travailler à l'intérieur, de manière adéquate. Nous avons également acheté de la farine pour aider les jeunes filles à apprendre à faire du pain ou des gâteaux. Nous veillons à ce qu'elles deviennent des femmes mûres et responsables, avant tout autonomes, afin d'éviter qu'elles n'encourent quoi que ce soit qui puisse détruire la personne et l'image de la personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu».

Leçons et conférences sous la bannière du Magistère du Pape

La formation comprend une première phase éducative, basée sur le magistère de François, et une phase plus pratique-opérationnelle, avec l'enseignement des œuvres et des principes de l'économie domestique. Le cours prévu s'intitule ”Foyer de la charité: Fraternité Laudato si’”, il durera trois mois et concernera 35 filles qui, à la fin, recevront les outils pour exercer une profession. Avant elles, quelques personnes ont été formées ces derniers jours avec quelques conférences tenues par des professeurs, des religieuses, des prêtres, sur des sujets tels que “La dignité de la femme, image de Dieu”, “la responsabilité de la femme dans le monde”, “l'importance du travail pour la femme”.

«Avant chaque session ou conférence, nous lisons un passage, une lettre ou un texte du Pape François, en particulier ceux consacrés au thème de la femme, comment elle doit vivre dans la société, sa dignité, le modèle à suivre qui est la Vierge Marie, explique Sœur Rita; de cette façon, nous essayons de favoriser la diffusion du message et du magistère du Saint-Père».

Perspectives d'avenir

Outre les femmes et les jeunes, la Fondation pense aussi aux couples et aux familles, en essayant de leur offrir une formation permanente intégrale et de les amener à prendre conscience qu'eux aussi, malgré la pauvreté de leurs moyens, ont une mission dans l'Église et dans la société.

Sœur Rita Mboshu-kongo se dit reconnaissante de l'attention qu'elle reçoit pour son projet. Et elle se tourne vers l'avenir: «Nous espérons recevoir un soutien et être en mesure de raconter d'autres histoires dès que possible. De belles histoires...».

 

23 juillet 2021, 12:11