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Le Pape François et le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, au Vatican, le 16 avril. 2021. Le Pape François et le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, au Vatican, le 16 avril. 2021.   (ANSA)

Le Pape a reçu le Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés

L'immigration, les guerres, la faim, la pauvreté, les pandémies sont des urgences qui, depuis des années, provoquent des déplacements de populations considérables vers les pays plus riches. Ces questions, et bien d’autres, ont été abordées lors de l'audience du Pape François avec le Haut Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, au Vatican vendredi 16 avril.

Giancarlo La Vella, Olivier Bonnel - Cité du Vatican

Jamais autant que ces dernières années, l'activité du HCR, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, agence fondée en décembre 1950, ne s'est révélée essentielle pour faire face à des urgences telles que l'immigration, l'organisation de camps pour ceux qui fuient la guerre, la faim et les persécutions de toutes sortes.

Aujourd'hui, le Haut-Commissaire de l'instance onusienne, Filippo Grandi, a été reçu en audience par le Pape François. Aux micros de Radio Vatican-Vatican News, il souligne le difficile travail de dialogue avec un monde indifférent aux demandes des plus pauvres et des plus vulnérables.

Filippo Grandi, Haut-Commissaire de l'ONU aux réfugiés

Entretien réalisé par la rédaction italienne de Radio Vatican-Vatican News.

Commissaire Grandi, l'audience avec le Pape François intervient à un moment difficile pour l'ensemble de la communauté internationale, pour des raisons bien connues, au premier rang desquelles la pandémie. Quels ont été les thèmes de votre rencontre avec le Souverain pontife?

R. - Tout d'abord, ce contexte international difficile, dans lequel les groupes les plus vulnérables, ceux dont nous avons la charge -réfugiés, personnes déplacées-, sont particulièrement exposés, notamment aux conséquences économiques de la pandémie.

Ensuite, le contexte politique, également, reste très difficile pour ces personnes, et l'accueil, qui devrait être un geste humanitaire, comme nous le rappelle précisément le Pape François, est devenu à plusieurs reprises un sujet de débat politique. Nous avons ensemble parlé de l'Amérique centrale, de l'Amérique du Sud, notamment de l'exode des Vénézuéliens, du Liban: un pays en crise profonde. Et aussi de la nécessité pour l'Europe de se doter au plus vite d'un instrument commun d'accueil, d'identification des réfugiés, d'intégration. Et je dois dire qu'il y a une totale identité de vues entre le Saint-Père et nous sur ces questions.

Qui sont les réfugiés aujourd'hui ? Quelles histoires, même dramatiques, apportent-ils avec eux?

R. - Il s'agit, selon la définition historique, de personnes fuyant la violence, la discrimination, la persécution. Et de plus en plus, comme l'a rappelé le Pape ce matin, des conflits et des guerres qui semblent se multiplier et ne jamais être résolus. Et ces exodes, ces exils, se mêlent à d'autres situations: de pauvreté, de changement climatique, de pandémies aujourd'hui. Il s'agit donc de flux de population très complexes et difficiles à gérer pour les gouvernements; mais sans une bonne gestion, non seulement ils créent des tensions avec les communautés locales, qu'il faut résoudre, mais surtout ils laissent ces personnes dans des situations "suspendues", très dures du point de vue humain et humanitaire.

Il est parfois difficile de dialoguer avec un monde qui est souvent sourd aux demandes des plus pauvres, des plus vulnérables...

R. - Un monde sourd, un monde indifférent, un monde distrait par de nombreux autres problèmes, et la pandémie est malheureusement une distraction bien réelle. Mais aussi un monde dans lequel, malheureusement, il y a ceux qui crient trop fort et utilisent la souffrance de ces personnes pour gagner des voix, remporter des élections et avoir plus de pouvoir. Et c'est ce qui est inquiétant et c'est ce que nous devons contrecarrer précisément avec le message du Pape François: le message de solidarité, d'humanité, le message de fraternité qu'il essaie constamment de diffuser dans tous les pays du monde.

Les réfugiés, des personnes qui sont certainement à la recherche d'un avenir meilleur, mais qui sont souvent contraintes de demeurer dans des conditions très difficiles. Comme sur l'île de Lesbos, où, entre autres, il y a cinq ans, le Pape François s'est rendu...

R. -  Il n'y a pas que l'île de Lesbos... Pensez à la Libye, qui est aussi un pays de transit. Pensons à la route des Balkans -nous en avons parlé avec le Pape François- qui aujourd'hui en Italie redevient une source d'arrivées et de mouvements compliqués. Ainsi, malheureusement, dans un monde où nous sommes tous devenus plus mobiles, y compris les réfugiés et les migrants, cette mobilité, qui est souvent exploitée par les criminels et les trafiquants, peut mettre les personnes en fuite dans d'autres situations dangereuses.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés est un organisme qui a été créé en 1950. Deux prix Nobel de la paix ont été décernés à cette agence des Nations unies, en 1954 et en 1981. Cela signifie-t-il que depuis plus de 70 ans, le travail de l’agence est essentiel?

R. - Et pensez que la Haute Commission a été fondée en 1950 pour durer trois ans. Et après plus de 70 ans, nous sommes toujours, malheureusement -j'insiste sur le mot "malheureusement"- nécessaires. Entre autres choses, cette année 2021 marque aussi le 70e anniversaire de la Convention sur les droits des réfugiés: un document qui, malgré son âge avancé, reste d'une grande actualité.  

16 avril 2021, 16:43