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Rencontre du Pape François avec les évêques du Japon - 23 novembre 2019 Rencontre du Pape François avec les évêques du Japon - 23 novembre 2019 

Devant les évêques du Japon, le Pape demande que l’Église rejoigne «l’âme des villes»

Peu après son arrivée à l’aéroport de Tokyo, le Pape François s’est rendu à la nonciature apostolique, dans la capitale japonaise, afin de rencontrer les évêques du pays. Dans son discours, il a dépeint le visage actuel de l’Église japonaise et la mission qu’elle doit accomplir au sein d’une société parfois désorientée. Malgré leur caractère minoritaire (0,42% de la population), les catholiques nippons doivent continuer de porter un témoignage clair du message évangélique.

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

À son arrivée à la nonciature apostolique, le Saint-Père a été accueilli par un groupe de 200 fidèles et par le personnel des lieux, avant de rejoindre les évêques de la Conférence épiscopale du Japon, autrement dit les prélats à la tête des trois archidiocèses métropolitains et des treize diocèses suffragants du pays.

Une Église née du sang des martyrs

Dans son discours, le Pape a d’emblée rappelé son affection particulière pour le Pays du soleil levant: «depuis ma jeunesse j’éprouvais de la sympathie et de l’affection pour ce pays», a-t-il confié, se réjouissant de venir aujourd’hui «sur les pas de grands témoins de la foi», tels que le jésuite saint François Xavier, arrivé il y a 470 ans, ou le martyr Paul Miki et ses compagnons. Puis cet hommage du Souverain Pontife a tous les témoins de la foi du Japon, comme les «‘‘chrétiens cachés’’ de la région de Nagasaki, qui ont gardé la foi pendant des générations grâce au baptême, à la prière et à la catéchèse».

C’est une inébranlable fidélité dans les épreuves que le Pape a salué, déclarant aux évêques: «Vous êtes une Église vivante qui a survécu en prononçant le Nom du Seigneur et en contemplant comment il vous guidait au milieu de la persécution». À ses yeux, «le grain semé, le témoignage des martyrs et l’attente patiente des fruits que le Seigneur accorde en son temps ont caractérisé la façon apostolique dont vous avez su accompagner la culture japonaise».

Que signifie «protéger toute vie» ?

Par leurs «nombreuses contributions au commun», ces pasteurs de l’Église ont façonné «un visage de l’Église très apprécié», a souligné François, avant de leur indiquer pour aujourd’hui une perspective, correspondant au thème de ce voyage apostolique au Japon: «protéger toute vie».

La mission déjà menée pendant des siècles, caractérisée «par une forte volonté d’inculturation et de dialogue», est déjà une preuve du «regard contemplatif capable d’aimer la vie de tout le peuple» confié aux missionnaires. «Protéger toute vie et annoncer l’Évangile ne sont pas deux choses séparées ni opposées, a poursuivi le Pape, elles s’appellent et ont besoin l’une de l’autre». Cela implique de «déceler, avant tout, ce qui peut aujourd’hui constituer dans ce pays un frein au développement intégral des personnes confiées à la lumière de l’Évangile de Jésus».

Le rôle des chrétiens dans une société blessée

Le Saint-Père a ensuite encouragé les évêques à s’engager pour une évangélisation qui prenne la forme «d’un témoignage humble, quotidien et d’un dialogue avec d’autres traditions religieuses». Il a aussi relevé leur attention envers les travailleurs étrangers, «qui représentent plus de la moitié des catholiques au Japon, [et] servent non seulement de témoignage évangélique dans la société japonaise, mais encore attestent de l’universalité de l’Église». Les catholiques japonais, rappelons-le, sont peu nombreux dans ce pays de tradition shinto-bouddhiste: sur presque 127 millions d’habitants, ils sont 536 000, soit 0,42% de la population.

Une Église minoritaire donc, et une Église de martyrs «qui peut parler plus librement», surtout en matière de justice et de paix, comme l’a ensuite souligné le Pape. François a assuré qu’à Hiroshima et Nagasaki, qu’il visitera ce dimanche, il priera «pour les victimes du bombardement affreux de ces deux villes» et se fera l’écho des «appels prophétiques» des évêques japonais «pour le désarmement nucléaire». La souffrance des rescapé du «triple désastre» (le tsunami, le tremblement de terre et la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011) rappellent aussi le «devoir humain et chrétien d’aider ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit et d’offrir à tous le message évangélique d’espérance, de guérison et de réconciliation».

Une attention aux jeunes et aux familles

Le Souverain Pontife a ensuite donné quelques indications aux évêques pour la mission actuelle de l’Église en terre nippone. D’abord, «porter haut la voix et de défendre toute vie comme un don précieux du Seigneur». Ensuite, «garantir que la communauté catholique au Japon offre un témoignage évangélique clair dans toute la société», et ce particulièrement dans le domaine de l’éducation, où l’apostolat de l’Église est déjà «apprécié». Puis «prêter une attention spéciale» aux jeunes, «ainsi qu’à leurs besoins», en offrant à tous «les possibilités d’une vie heureuse et épanouie», notamment là où prévaut l’efficacité. Le Saint-Père n’a pas manqué d’évoquer les «fléaux» qui affectent et désorientent la société japonaise: «augmentation du nombre de suicides» en ville, «harcèlement (ijime) et diverses formes d’auto-exigence», sur fond de «solitude», de «désespoir» et d’«isolement». Les jeunes, a expliqué François, «peuvent être une source importante d’espérance pour leurs contemporains et donner un témoignage vital de charité chrétienne».

Il a enfin exhorté les pasteurs de ce petit troupeau à promouvoir une mission qui implique «les familles» et rejoigne «les personnes où qu’elles se trouvent, en correspondant à la réalité», car «le point de départ de tout apostolat naît de là où se trouvent les gens avec leurs habitudes et leurs activités». En bref, le défi est d’atteindre «l’âme des villes, des professions, des universités pour accompagner par l’Évangile de la compassion et de la miséricorde les fidèles qui nous ont été confiés».

Le Successeur de Pierre a conclu en expliquant aux prélats le but de ce voyage apostolique au Pays du soleil levant: «vous confirmer dans la foi», mais aussi «toucher et se laisser renouveler sur les traces de tant de martyrs témoins de la foi».

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23 novembre 2019, 13:16