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Le Pape recevant les participants de l'asemblée plénière de l'Académie pontificale des Sciences sociales Le Pape recevant les participants de l'asemblée plénière de l'Académie pontificale des Sciences sociales  (Vatican Media)

Le Pape François alerte sur une nouvelle ère de confrontation nucléaire

Devant les membres de l’Académie pontificale des Sciences sociales réunis pour leur assemblée plénière sur le thème “État, nation, État-nation”, le Pape François a plaidé pour une vraie collaboration entre États au service du bien commun de l’humanité, s’inquiétant d’une nouvelle ère de confrontation nucléaire potentiellement destructrice.

L’Église, a d’abord déclaré le Pape en s’appuyant sur la conception thomiste du peuple, a toujours prôné l’amour de la patrie; et dans le même temps, elle s’est toujours élevée contre les déviances que peuvent engendrer cet attachement, qui lorsqu’il exclut ou déteste autrui, peut se muer en «nationalisme conflictuel qui érige des murs», en racisme ou antisémitisme. François note d’ailleurs «avec préoccupation» la résurgence de «courants agressifs envers les étrangers».

L’État est au service de la personne et des groupes qui composent la nation.  Mais «trop souvent, les États sont asservis aux intérêts d’un groupe dominant» qui conduit à l’oppression des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques. A cet égard, la manière dont une nation accueille des migrants est particulièrement révélatrice de sa «vision de la dignité humaine et de son rapport à l’humanité». «Le migrant n’est pas une menace contre la culture, les traditions et les valeurs d’une nation», a martelé le Souverain Pontife qui rappelle que le migrant a aussi le devoir de s’intégrer au pays qui l’accueille. Intégrer n’est pas assimiler, fait-il observer, mais «partager le mode de vie de sa nouvelle patrie en restant soi-même comme personne», porteur de sa propre histoire. De cette manière, le migrant pourra être reconnu comme une richesse pour le peuple qui l’accueille. Quant aux autorités publiques, il leur incombe de protéger les migrants, de «réguler avec prudence les flux migratoires» et d’impliquer les populations locales au processus d’intégration.

Collaborer pour le bien commun de l'humanité

Dans un contexte de globalisation économique, culturelle et technologique, «l’État national n’est plus en mesure de pourvoir seul au bien commun de ses populations». Selon le Pape en effet, le bien commun est devenu mondial et les nations doivent s’associer pour leur propre bénéfice, sous l’égide d’une autorité capable de mettre en œuvre sa réalisation. Le Pape pense en particulier aux défis posés par la paix, le changement climatique ou les nouvelles formes d’esclavage. «Il est souhaitable que ne se perde pas en Europe la conscience des bienfaits apportés par ce chemin de rapprochement et de concorde entre les peuples entrepris après-guerre», a-t-il affirmé. En promouvant cette vision coopérative, «l’humanité éviterait le recours aux conflits armés, ainsi que le danger d’une colonisation économique et idéologique des superpuissances». A rebours d’une globalisation «sphérique, qui nivelle les différences», il faut penser une globalisation de «forme polyèdre» en «soutenant une reconnaissance mutuelle entre l’identité collective de chaque peuple et nation et la globalisation même», selon le principe de la prééminence du tout sur les parties.

Les instances multilatérales ont été créées avec l’espoir de substituer à la logique de vengeance et de domination celle du dialogue et du compromis. Il faut toutefois s’assurer que tous les États y soient bien représentés, égaux en droits et devoirs, de manière à éviter l’hégémonie de groupes d’intérêts résolus à imposer leurs idées ou vision qui ne respectent pas l’identité, les coutumes, la dignité et la sensibilité des peuples concernés.

Confrontation nucléaire

Et le Pape d’encourager les participants au colloque à persévérer dans la recherche de nouvelles formes de coopération qui puissent dépasser les divisions entre nations. «Malheureusement, aujourd’hui, a-t-il ajouté, la saison du désarmement nucléaire multilatéral apparait dépassée et ne touche plus la conscience politique des nations qui possèdent des armes atomiques. Ainsi, semble s’ouvrir une nouvelle saison de confrontation nucléaire inquiétante, car elle annule les progrès du passé récent, et multiplie le risque de guerres, notamment du fait des technologies certes très avancées mais toujours soumis aux impondérables humains et naturels. Si des armes nucléaires sont placées dans l’espace, la  «frontière technologique aura élevé et non abaissé le danger d’un holocauste nucléaire».

L’État est donc appelé à une plus grande responsabilité. Son devoir est de participer à l’édification du bien commun, tout en maintenant son indépendance et sa souveraineté et valorisant l’identité des peuples.

 

02 mai 2019, 13:07