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Vendredi Saint : «Jésus crucifié est l’archétype des déshérités de la terre»

Le Pape a présidé la célébration de la Passion du Seigneur, qui a réuni des milliers de fidèles dans la Basilique Saint Pierre. Comme de coutume, la prédication a été assurée par le père Raniero Cantalamessa. En ce Vendredi Saint, le prédicateur de la Maison Pontificale invite à contempler le Christ comme l’icône «des déshérités de la terre».

Manuella Affejee- Cité du Vatican

Le récit de la Passion selon Saint Jean nous montre la marche glorieuse et souveraine du Christ vers sa mort; personne ne lui enlève la vie, c’est Lui qui la donne librement pour le salut du monde. Isaïe, parle quant à lui, parle du «serviteur souffrant», cet homme de douleurs méprisé, abandonné de tous, «pareil à celui devant qui on se voile la face», «compté pour rien», dans lequel nous reconnaissons le visage de Jésus crucifié. En Lui, nous voyons «l’archétype et représentant de tous les rejetés les déshérités et les ‘écartés’ de la terre», a ainsi avancé le père Cantalamessa.

«Jésus était l’un de vous !»

Toute sa vie, Jésus aura été l’un d’entre eux: dans l’étable de Bethléem, lors de sa présentation au Temple, -où Marie et Joseph offrent une paire de tourterelles ou de colombes, car trop pauvres pour offrir un agneau-, ou durant sa vie publique, Lui, le Fils de l’Homme «qui n’a pas d’endroit où reposer la tête». Et dans le prétoire, avili, molesté, tourné en dérision par les centurions romains, Jésus deviendra l’emblème des victimes innocentes de la fureur et de la cruauté des hommes, mais plus encore, le symbole d’une «humanité humiliée et offensée». Ils sont nombreux les hommes et  femmes de toutes époques et de tous lieux, «réduits à l’état d’objets, privés de dignité», qui ont pu et peuvent se reconnaitre en Lui. «On pourrait s’exclamer: ‘Misérables, rejetés, parias de la terre entière: le plus grand homme de toute l’Histoire était l’un de vous !’ Quel que soit le peuple, la race ou la religion à laquelle tu appartiens, tu as le droit de le revendiquer», a lancé le capucin.

La résurrection de Jésus renverse les rôles

Cette lecture sociale de la Passion et de la mort est nécessaire, mais elle ne saurait faire oublier son sens profondément et éminemment spirituel, qui demeure, en réalité, le plus important. La mort de Jésus «a porté l’amour de Dieu jusqu’à l’endroit le plus sombre et le plus lointain où l’humanité s’était caché dans la fuite de Dieu», c’est-à-dire la mort. Et tous, croyants ou non, peuvent accueillir ce mystère. Jésus a épousé la cause des exclus, mais si son message se résumait seulement à cela, «il n’aurait été qu’un de plus, un exemple de dignité dans le malheur et rien d’autre», a affirmé le père Cantalamessa.

L’Évangile va en effet plus loin: il proclame la résurrection du crucifié. Il nous présente un stupéfiant «renversement des rôles»: «le perdant est devenu le vainqueur, le jugé est devenu le juge, ‘la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, est devenue la pierre d'angle’»Jésus ne s’est pas contenté de redonner une dignité aux déshérités, «Il leur a donné une espérance». Pâques est donc leur fête, celle du «seul renversement totalement juste et irréversible de l’humanité».

Les croyants doivent se tenir aux côtés des faibles

Mais la Croix réserve aussi un message aux «gagnants», aux puissants et aux forts. Un message de salut qui leur rappelle que la mort est notre lot commun à tous, que tous sans exception «sont soumis à la même loi et aux mêmes limites humaines», à rebours d’une illusion de toute-puissance vouée à s’évanouir.

L’Église a reçu de Jésus la mission de se tenir aux côtés des plus faibles, d’être «la voix de ceux qui ne peuvent se faire entendre». Et le père Cantalamessa de conclure: «la deuxième tâche historique que les religions doivent assumer ensemble aujourd'hui, outre de promouvoir la paix, est de ne pas rester silencieuses devant le spectacle qui se déroule sous nos yeux à tous. Quelques privilégiés sur terre possèdent des biens qu'ils n’arriveraient pas à consommer, dussent-ils vivre des siècles, quand des foules immenses de pauvres n'ont même pas un croûton de pain ni une gorgée d’eau à donner à leurs enfants. Aucune religion ne peut rester indifférente, car le Dieu de toutes les religions n'est pas indifférent à tout cela».

Comme chaque année le Vendredi Saint, cette liturgie sans eucharistie s'est déroulée dans une atmosphère de grand recueillement, marquée notamment par un silence total durant le temps passé par le Pape allongé devant la Croix, dans un symbole d'humilité.

19 avril 2019, 18:37