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Le Pape François échangeant avec les jeunes du diocèse de Grenoble, le 17 septembre 2018. Le Pape François échangeant avec les jeunes du diocèse de Grenoble, le 17 septembre 2018. 

Le dialogue du Pape François avec des jeunes du diocèse de Grenoble

Lundi matin, le Pape François s’est livré à un dialogue informel avec une groupe de vingtaine de jeunes venus du diocèse de Grenoble.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Venus de Grenoble avec leur évêque, Mgr Guy de Kérimel, ces jeunes ont eu le rare privilège d’un long échange avec le Pape. Ne pouvant s’exprimer longtemps en français (« Ce n’est pas facile pour moi… », a déclaré le Saint-Père dans la langue de Molière), François a répondu en italien aux jeunes qui l’interrogeaient.

Le Pape a insisté sur un mot essentiel pour transmettre le message de l’Église : la «proximité». Il faut savoir «écouter», exercer un «apostolat de l’oreille», et démontrer par la cohérence de sa vie le sens de la foi chrétienne, avant de dire quoi que ce soit. Le message chrétien ne peut se transmettre qu’en cheminant avec les autres, tout comme Jésus qui a vécu toute sa vie publique en marchant.

Humilité et pauvreté

François a mis en avant l’importance de vivre dans un esprit de pauvreté, qui est la condition sine qua non pour être un bon chrétien. Il faut se rapprocher des pauvres car ils sont «l’image du Christ», et donc il ne faut pas les surplomber mais au contraire avoir bien conscience qu’il n’est licite de regarder une personne de haut en bas «que si l’on s’incline pour la relever». Le Pape a insisté sur la compassion avec laquelle il faut aborder toutes les formes de pauvreté. «Quand je dis pauvres, je dis pauvres de tout: aussi les pauvres de santé, les malades; les pauvres d’argent, les pauvres de culture, les pauvres qui sont tombés dans les vices, dans les dépendances. Quand vos camarades sont dans la drogue, par exemple, ce sont des pauvres, des pauvres de l’Évangile», même s’ils viennent d’un milieu aisé, a expliqué François. Il faut donc toujours se rapprocher des pauvres pour les relever.

La sexualité n’est pas un tabou

Le Saint-Père a ensuite répondu aux questions de deux jeunes filles sur la sexualité, l’une se demandant si le fait d’appartenir à la première génération à oser parler ouvertement de ces questions n’explique pas les incompréhensions et le silence gêné des plus âgés. Le Pape a répondu en détails à leurs interrogations : «La sexualité, le sexe, c’est un don de Dieu. Ce n’est aucunement un tabou. C’est un don de Dieu, un don que le Seigneur nous donne. Il a deux objectifs : s’aimer et générer vie. C’est une passion, et l’amour est passionné. Le vrai amour est passionné. L’amour entre un homme et une femme, quand il est passionné, t’amène à donner la vie pour toujours, et à la donner avec le corps et l’âme», a déclaré le Pape avec force.

«Quand Dieu a créé l’homme et la femme, la Bible dit que tous les deux sont l’image et la ressemblance de Dieu. Tous les deux, pas seulement Adam ou seulement Eve, mais tous les deux ensemble, a insisté le Pape. Et Jésus va au-delà, et il dit : l’homme, et aussi la femme, laissera son père et sa mère et ils s’uniront et seront… une seule personne ?... Une seule identité ?... Une seule foi dans le mariage?... Une seule chair! Ceci est la grandeur de la sexualité. Et l’on doit parler de la sexualité comme ça. Et l’on doit vivre la sexualité comme ça, dans cette dimension de l’amour entre homme et femme pour toute la vie. Il est vrai que nos faiblesses, nos chutes spirituelles, nous amènent à utiliser la sexualité en dehors de cette route si belle de l’amour entre l’homme et la femme. Mais ce sont des chutes, comme tous les péchés. La mensonge, la colère sont des péchés capitaux, mais ce n’est pas la sexualité de l’amour : c’est la sexualité chosifiée, détachée de l’amour et utilisée pour le divertissement», a expliqué François.

Le Pape a aussi relevé le paradoxe dans le fait que la sexualité, qui constitue la plus belle dimension de la création divine, soit aussi «la plus attaquée par la mondanité, par l’esprit du mal». La pornographie par exemple est l’exemple d’une «industrie de la sexualité détachée de l’amour». «C’est une dégénération par rapport au niveau où Dieu l’a posée, et beaucoup d’argent se fait avec ce commerce. Mais la sexualité est grande : cultivez votre dimension sexuelle, votre identité sexuelle. Cultivez-la bien. Et préparez-la pour l’amour, pour l’insérer dans cet amour qui vous accompagnera toute la vie», a enfin déclaré le Pape, se disant encore ému de voir tant d’amour dans les comportements de couples mariés depuis plusieurs décennies.

L’engagement pour les autres

François a ensuite répondu à une question sur l’engagement, expliquant qu’en tant que société et en tant qu’Église, «nous ne sommes pas isolés, nous sommes un corps, et Dieu veut que nous allions de communauté en communauté, que nous prenions soin l’un de l’autre, que nous cherchions à nous aider dans le chemin.» Les chrétiens doivent donc s’engager dans la société, il faut «se salir les mains», aider les autres, quitte à parfois se tromper. «Caïn s’est lavé les mains, Pilate s’est lavé les mains, le chrétien, lui, doit se salir les mains», pour faire du bien pour les autres, en surmontant les deux tentations les plus dangereuses, qui détruisent tant de vies : l’égoïsme et la corruption.

La vie de paroisse

François ensuite été interrogé sur la vie en paroisse, expliquant que son expérience de curé en paroisse, durant six ans en Argentine, fut le travail le plus beau qu’il ait fait dans sa vie. S’il redevenait curé aujourd’hui, il ouvrirait la porte de son église pour accueillir les gens, et il irait à leur rencontre dans le quartier… François a donné l’exemple étonnant d’un prêtre travaillant pour le service diplomatique du Saint-Siège, qui avait auparavant été curé et qui connaissait alors si bien ses paroissiens qu’il connaissait même le nom de leurs chiens… Il faut marcher au rythme des autres, comme lors de ces longs et dangereux pèlerinages du Moyen-Âge durant lesquels, parait-il, jeunes et vieux accordaient leurs pas pour que personne n’aille plus vite qu’un autre. Il faut «respecter le pas de l’autre», a insisté François.

Etre chrétien dans un pays déchristianisé

Un jeune l’a aussi interrogé sur la difficulté d’être catholique dans un pays, la France, marqué par une indifférence croissante voire par une hostilité vis-à-vis du fait religieux. Le Pape a répondu avec une métaphore footballistique, en expliquant que si le fan d’un club change d’équipe en raison de ses résultats, cela prouve qu’il n’a pas un grand amour pour son équipe. «L’appartenance à l’Église, avant tout, n’est pas une appartenance à une institution, c’est une appartenance à la personne de Jésus». Ce qu’il faut donc prendre en considération, ce ne sont pas les «conséquences sociales» de notre appartenance à telle ou telle paroisse, mais le fait de suivre Jésus, et pas seulement en l’acclamant le dimanche des Rameaux, mais aussi en le suivant le Vendredi Saint... François aussi remarqué que ce ne sont pas les institutions mais les saints qui font avancer l’Église, car ils suivent Jésus. «La foi n’est pas une idée : c’est une rencontre avec Jésus», a expliqué François.

L’accompagnement des vocations

Une jeune fille a enfin interrogé le Pape sur l’accompagnement des vocations religieuses et sacerdotales. François a répondu en expliquant qu’il faut d’abord accompagner chaque jeune dans son humanité, dans sa normalité. «Tu veux être prêtre ? Tu dois être un homme vrai, qui avance. Tu veux être soeur? Tu dois être une femme mature qui avance. Ne jamais renier l’humanité», a rappelé François, en évoquant le «mal terrible» que font des religieux névrosés. Il faut ensuite grandir dans la foi et dans l’appartenance communautaire. Le prêtre sera célibataire mais il ne doit pas pour autant être un «vieux garçon», non, il doit exercer une forme de paternité, tout comme chaque religieuse doit aussi exercer une forme de maternité.

Avec humour, le Pape a rappelé que dans la vie il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs, en reprenant un chant des alpinistes : «Dans l’art de monter, le secret n’est pas dans le fait de ne pas tomber, mais dans le fait de ne pas rester par terre». François a enfin invité les jeunes à prier pour lui. «J’en ai besoin, parce que ce travail ce n’est pas facile!», a conclu le Saint-Père en français.

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18 septembre 2018, 16:37