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Le Pape François à Bari : il n’y a pas d’alternative à la paix au Moyen-Orient

Au terme d’une longue réunion à huis-clos avec les Patriarches orientaux dans la basilique Saint-Nicolas à Bari, au sud de l'Italie, le Pape François s’est exprimé devant les fidèles rassemblés sur le parvis de la basilique.

Le Pape s’est dit heureux de cette rencontre, en affirmant que face aux «logiques du monde, logiques de pouvoir et de profit, logiques hâtives et de convenances» et face à «notre péché, l’incohérence entre la foi et la vie qui obscurcit notre témoignage», «nous sentons que nous devons nous convertir encore une fois à l’Évangile, garant d’une liberté authentique, et que nous devons le faire maintenant avec urgence, dans la nuit du Moyen-Orient en agonie. Comme dans la nuit angoissante de Gethsémani, ce ne sont ni la fuite (cf. Mt 26, 56) ni l’épée (cf. Mt 26, 52) qui hâteront l’aube radieuse de Pâques, mais le don de soi, à l’imitation du Seigneur.»

François a rappelé que «la bonne nouvelle de Jésus, crucifié et ressuscité par amour, qui est venue des terres du Moyen-Orient, a conquis le cœur des hommes au cours des siècles car elle était liée, non pas aux pouvoirs du monde, mais à la force sans défense de la croix. L’Évangile nous engage à une conversion quotidienne aux plans de Dieu, à trouver en lui seul sécurité et réconfort, à l’annoncer à tous et malgré tout. La foi des personnes simples, qui est tellement enracinée au Moyen-Orient, est une source d’où nous pouvons puiser pour nous y abreuver et nous purifier, comme cela se produit quand nous revenons aux origines en allant comme pèlerins à Jérusalem, en Terre Sainte ou dans les sanctuaires d’Égypte, de Jordanie, du Liban, de Syrie, de Turquie ou en d’autres lieux sacrés de ces régions ».

Renforcer le dialogue fraternel

François a appelé à la poursuite et au renforcement du dialogue fraternel, afin «qu’au déploiement des signes de pouvoir menaçants succède le pouvoir des signes d’espérance : hommes de bonne volonté et de credo divers qui n’ont pas peur de se parler, d’accueillir les raisons des autres et de s’occuper les uns des autres. C’est seulement ainsi, en veillant à ce que personne ne manque de pain ni de travail, de dignité ni d’espérance, que les cris de guerre se transformeront en chants de paix.»

Le Pape lancé aussi un appel politique : «il faut que celui qui détient le pouvoir se mette enfin et résolument au vrai service de la paix, et non pas de ses propres intérêts. Cela suffit, les avantages de quelques-uns sur le dos d’un grand nombre ! Cela suffit, l’occupation de terres qui lacèrent les peuples ! Cela suffit, la domination des vérités de parti, sur les espérances des gens ! Cela suffit, l’utilisation du Moyen-Orient à des profits étrangers au Moyen-Orient !»

François a évoqué le fléau de la guerre, «fille du pouvoir et de la pauvreté», exprimant notamment ses pensées pour «la Syrie martyrisée». «Beaucoup de conflits ont été fomentés aussi par des formes de fondamentalisme et de fanatisme qui, revêtus de prétextes religieux, ont en réalité blasphémé le nom de Dieu, qui est paix, et ont persécuté le frère qui vit à côté depuis toujours», a déploré François, appelant aussi à lutter contre le trafic et le commerce des armes. «On ne peut pas élever la voix pour parler de paix pendant qu’en cachette se poursuivent des courses effrénées à l’armement. C’est une très grave responsabilité qui pèse sur la conscience des nations, en particulier les plus puissantes. Qu’on n’oublie pas le siècle dernier, qu’on n’oublie pas les leçons d’Hiroshima et de Nagasaki ; que les terres d’Orient où est né le Verbe de la paix, ne se transforment pas en sombres étendues de silence. Cela suffit, les oppositions obstinées ! Cela suffit, la soif de profit qui ne prend personne en compte, cherchant uniquement à accaparer les gisements de gaz et de combustible, sans égard pour la maison commune et sans scrupules sur le fait que le marché de l’énergie dicte la loi de la cohabitation entre les peuples !»

Les chrétiens sont des citoyens à part entière

François a exhorté à ce que les chrétiens soient considérés comme des citoyens avec les mêmes droits que les musulmans. «Que tous ceux qui sont présents soient défendus, et pas seulement ceux qui sont majoritaires. Que la route vers le droit à la citoyenneté commune soit largement ouverte, également au Moyen-Orient, route vers un avenir renouvelé. Les chrétiens aussi sont et doivent être des citoyens à part entière, avec des droits identiques.»

François a aussi invité à tourner «le regard vers Jérusalem, ville de tous les peuples, ville unique et sacrée pour les chrétiens, les juifs et les musulmans du monde entier, ville dont l’identité et la vocation doivent être préservées au-delà des différentes disputes et des tensions, et dont le status quo exige d’être respecté selon ce qui a été décidé par la Communauté internationale et sans cesse demandé par les communautés chrétiennes de Terre Sainte. Seule une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens, voulue fermement et favorisée par la Communauté des nations, pourra conduire à une paix stable et durable, et garantir la coexistence de deux Etats pour deux peuples.»

François a également invité à prendre particulièrement soin des enfants, dont beaucoup ont malheureusement connu la guerre et la violence comme horizon quotidien. Le Pape a appelé à prier pour «que le Moyen Orient ne soit plus un arc de guerre tendu entre les continents, mais une arche de paix accueillante pour les peuples et les croyances. Moyen-Orient bien-aimé, que se dissipent chez toi les ténèbres de la guerre, du pouvoir, de la violence, des fanatismes, des profits iniques, de l’exploitation, de la pauvreté, de l’inégalité et du manque de reconnaissance des droits. “Que la paix soit sur toi» (Ps 122, 8), en toi la justice, que la bénédiction de Dieu repose sur toi.»

Au terme de cette allocution, le Pape est parti déjeuner avec les patriarches à l’archevêché de Bari. Il doit les quitter vers 15h30 avant de repartir en hélicoptère vers le Vatican, où il sera de retour en fin d’après-midi.

07 juillet 2018, 14:02