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Le Pape François lors de son discours à l'université pontificale de Santiago Le Pape François lors de son discours à l'université pontificale de Santiago   (AFP or licensors)

Devant le monde académique chilien, le Pape invite à proposer un nouvel humanisme

Dernier temps fort de cette journée de mercredi au Chili, le discours que le Pape a prononcé à l'université pontificale catholique à Santiago, qui célèbre ses 130 ans. L'occasion de rappeler sa vision d'une université qui éduque véritablement et qui soit le "lieu du dialogue".

Devant le recteur, le grand chancelier de l'Université , à savoir le cardinal-archevêque de Santiago Ricardo Ezzati et des dizaines de professeurs et d'étudiants, le Souverain pontife a d'abord tenu à rendre hommage à ce haut lieu de formation intellectuelle du Chili. L'université pontificale catholique a «rendu un service inestimable au pays» durant ses presque 130 années d’existence, et son histoire est étroitement liée à celle du pays. 

Pour développer sa réflexion, François a repris les mots du recteur lors de son allocution de bienvenue, évoquant notamment la relation entre la cohabitation nationale et la capacité à avancer vers la communauté ». Ainsi, le Pape est revenu sur la difficulté d'une cohabitation nationale, qui est pourtant un ciment essentiel de la vie de la nation. «Ce qui, jusqu’à hier, pouvait être un facteur d’unité et de cohésion, requiert aujourd’hui de nouvelles réponses» a t-il expliqué. Aussi, pour relever ces défis, il ne s'agit pas de freiner le développement du savoir, mais faire de l’Université un lieu privilégié « pour pratiquer la grammaire du dialogue qui forme à la rencontre ».

Cette cohabitation nationale n'est possible qu'en créant des méthodes éducatives génératrices de transformation, d’inclusion et de convivialité s souligné François, qui a donc plaidé pour «une alphabétisation globale qui sache moduler les processus de transformation en cours au sein de nos sociétés.» Concrètement, il s'agit de développer une éducation qui intègre et harmonise l’intelligence (la tête), les affections (le cœur) et l’action (les mains). 

Créer des espaces où la fragmentation ne soit pas le schéma dominant

Le Pape s'est inquiété de la fragmentation de la pensée dans nos sociétés contemporaines, c'est pourquoi a t-il dit, «il faut enseigner à penser ce qu’on sent et ce qu’on fait ; à sentir ce qu’on pense et ce qu’on fait ; à faire ce qu’on pense et ce qu’on sent.» Cette nouvelle alphabétisation impliquera davantage les étudiants dans leur propre processus de formation. 

François a une nouvelle fois utilisé la métaphore de la "société liquide", théorisée par Zygmunt Bauman où risquent de disparaître les points de repère à partir desquels les personnes peuvent se construire individuellement et socialement. Il a aussi regretté que le “virtuel” soit le nouveau point de rencontre, caractérisé par l’instabilité, puisque tout se volatilise et perd donc consistance.

C'est ce manque de consistance pourrait être l’une des raisons de la perte de conscience de l’espace public, a poursuivi le Pape, un espace qui requiert un minimum de transcendance par rapport aux intérêts privés. 

Allier rigueur scientifique et intuition populaire

L'autre grand défi de l'université est de mettre en place une formation qui permette d’avancer en communauté. François s'est ainsi réjoui des «efforts d’évangélisation et de la vitalité joyeuse de la pastorale universitaire». Mais il a plaidé pour un élargissement du concept de «communauté éducative». «Il est nécessaire que l’acquisition de connaissance sache créer une interaction entre l’école et la sagesse des peuples qui habitent cette terre bénie» a souligné le Saint-Père, rendant hommage au "flair" et à "l'intuition" des Chiliens. 

La connaissance doit toujours être au service de la vie et se confronter à elle afin de continuer à progresser a poursuivi le Saint-Père. Il en résulte que la communauté éducative ne peut pas se réduire aux écoles et aux bibliothèques, mais qu’elle doit se mesurer constamment au défi de la participation. 

Le Pape a enfin plaidé pour que la communauté éducative fasse un plus grand effort sur le plan de la qualité et de l’intégration. «Dans ce sens, nous pourrions dire que l’Université devient un laboratoire pour l’avenir du pays, puisqu’elle parvient à incorporer en son sein la vie et la marche du peuple, en surmontant toute logique antagoniste et élitiste du savoir.»

La mission des éducateurs a aujourd'hui un caractère prophétique. Le Pape les a invités à créer des processus qui éclairent la culture actuelle en proposant un humanisme nouveau. IL s'agit de rechercher des lieux accessibles de dialogue plus que de confrontation ; des lieux de rencontre plus que de division.

«Je ne doute pas que l’Esprit Saint guidera vos pas pour que cette Maison continue à porter du fruit pour le bien du peuple chilien et pour la gloire de Dieu» a conclu François très applaudi par les 1200 personnes, rassemblées dans le patio de l'université. 

18 janvier 2018, 10:45