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Prise de parole du candidat présidentiel Khalifa Sall après l'annonce du Conseil constitutionnel du Sénégal le jeudi 15 février 2024. Prise de parole du candidat présidentiel Khalifa Sall après l'annonce du Conseil constitutionnel du Sénégal le jeudi 15 février 2024.  

Le président sénégalais mis en porte-à-faux par le Conseil constitutionnel

Après deux semaines de mobilisation au Sénégal contre le report annoncé de l’élection présidentielle, la plus haute juridiction du pays a invalidé ce 15 février la décision du chef d'État Macky Sall. Une victoire pour la société civile qui attend désormais la réaction du président sortant et souhaite une nouvelle date pour le scrutin.

Alexandra Sirgant – Cité du Vatican

Le Sénégal se retrouve suspendu à la nouvelle date que le président Macky Sall annoncera pour élire son successeur, après la décision historique jeudi 14 février par le Conseil constitutionnel d’annuler le report de la présidentielle. La plus haute juridiction du pays invalide ainsi l’annonce faite le 3 février dernier par le chef d’État sénégalais, au pouvoir depuis 2012. «Le conseil constitutionnel a remis en selle la démocratie sénégalaise dont beaucoup doutait ses derniers jours», se réjouit Francis Kpatindé, enseignant à Sciences Po Paris.

Un rappel à la loi qui fera date

Une victoire pour la démocratie mais aussi pour la société civile, mobilisée depuis une dizaine de jours. Ce report avait suscité la colère des nombreux Sénégalais, et déclenchée d’importantes manifestations, faisant au moins trois morts et plus de 250 arrestations. Depuis le 15 février, plus de 130 opposants ont été libérés, et environ 90 détenus devaient également l’être ce vendredi, selon les chiffres du ministère de la Justice transmis à l’AFP. «Cette décision fera date au Sénégal, et même au-delà car il y a beaucoup de pays en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale où la Cour constitutionnelle n’ose pas dire le droit», explique le chercheur.

Nouvelle date pour le scrutin présidentiel

Le président sortant Macky Sall est plus que jamais fragilisé. «Sa marge de manœuvre est aujourd’hui très étroite, il doit se plier au droit sinon cela sera une forfaiture, (…) il n’a aucun intérêt à faire trainer les choses», poursuit Francis Kpatindé. Seulement, la question du calendrier est désormais centrale. Les sages ont constaté «l'impossibilité d'organiser l'élection à la date initialement prévue» du 25 février, compte tenu du retard pris par la tentative de report, mais ils invitent «les autorités à la tenir dans les meilleurs délais».

Le temps presse, car l’organisation d’une élection au Sénégal requiert au moins deux mois, précise l’enseignant à Sciences Po, tout en rappelant qu’il revient habituellement au nouveau chef d’État de «présider la fête de l’indépendance du pays» qui se déroule le 4 avril. Une inquiétude partagée par le docteur Philippe Abraham Birane Tine, président du Conseil national du Laïcat: «le mois d’avril tombé, nous risquons d’avoir une sérieuse difficulté à gérer ce pays». Le deuxième mandat de Macky Sall devra expirer le 2 avril 2024.

La jeunesse en mal de repères

La colère grondant aujourd’hui dans le pays, bouillonne depuis le 3 mars 2021, jour de l’arrestation du principal opposant politique Ousmane Sonko qui avaient déclenché des manifestations et affrontements violents. Parmi les manifestants d’il y a trois ans et ceux d’aujourd’hui, se trouve la jeunesse sénégalaise, entre frustrations et aspirations. «Cette jeunesse est confrontée à un mal être, à un manque de repères», explique le docteur. «Elle a soif d’une prise en charge et nous devons l’écouter. Nous travaillons dans ce sens-là afin que cette jeunesse aussi trouve son compte dans le développement de notre pays».

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16 février 2024, 15:42