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Le sacre d'Elizabeth II, le 2 juin 1953, à l'abbaye de Westminster,  siège de l’Église anglicane, à Londres. Le sacre d'Elizabeth II, le 2 juin 1953, à l'abbaye de Westminster, siège de l’Église anglicane, à Londres.   Les dossiers de Radio Vatican

Elizabeth II, l’éthique royale et la conscience chrétienne

La souveraine a illustré comment peut être vécue une foi chrétienne personnelle, privée, profonde, tout en servant dans un très strict rôle public international, sans jamais déroger à une certaine éthique chrétienne du devoir. Jean des Cars retrace son itinéraire spirituel public et privé.

Entretien réalisé par Delphine Allaire - Cité du Vatican 

Parangon de dévouement au devoir, et porteuse d’un témoignage inébranlable de foi en Jésus-Christ. C’est en ces termes que l’évêque de Rome a rendu hommage la semaine dernière à la dernière reine du siècle décédée jeudi 8 septembre. Elizabeth II d’Angleterre, défenseur de la foi et gouverneur suprême de l’Église anglicane, de son titre officiel…

De son premier à son dernier discours de Noël, la reine parlait ouvertement de Dieu et des enseignements du Christ. L’écrivain Jean des Cars, spécialiste de la monarchie britannique, auteur de multiples biographies d’Elizabeth II, retrace son parcours de foi intime et public.

Entretien avec l'écrivain Jean des Cars

Quelles ont été les manifestations les plus saillantes de la foi d’Elizabeth II au cours de son règne?

Elle a montré sa foi dès les préparatifs de son sacre, en choisissant l’abbaye de Westminster. Elle manifestait beaucoup de pudeur, malgré sa décision révolutionnaire de téléviser son sacre. Nous sommes en juin 1953, la télévision en est à ses balbutiements. La reine souhaite que chacun de ses sujets, des endroits les plus reculés du Commonwealth, ait l’impression d’être invité à Westminster. La diffusion a eu lieu en noir et blanc, et le moment de l’onction sacrée a été dissimulé par un dais. La reine est devenue à ce moment-là une reine de l’image. Une image sainte et sacrée. La ritualisation et codification du sacre, les gestes à faire avec l’archevêque de Canterbury, étaient très importants. Elizabeth II a répété cela des mois durant, même lors du petit-déjeuner, le prince Philip le racontait. Elle avait une grande conscience de son titre de «défenseur de la foi» anglicane, gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre. Son dernier discours de Noël en témoigne aussi. Il s’agissait de son premier discours évoquant la perte d’un être cher -son défunt époux. Elle a clairement évoqué la joie de se retrouver dans un autre monde.

 

Par ailleurs, elle a tenu de son vivant à ce que Charles et Camille se marient en la chapelle de Windsor, puisque l’Église protestante autorise les remariages des divorcés. La reine n’assistait jamais aux mariages civils, mais toujours aux religieux. En cela, pour Charles, elle a préparé l’avenir, la situation que nous vivons aujourd’hui au Royaume-Uni.

Quelles relations officielles et personnelles la reine entretenait-elle avec l’Église catholique romaine?

Elizabeth II avait reçu Jean-Paul II en 1982. Elle semble avoir été très impressionnée par son charisme, son combat, sa vie, sa victoire spirituelle et politique. En 2014, à Rome, elle a rencontré François en compagnie du prince Philip. Elle a toujours voulu entretenir les meilleures relations possibles, visitant la cathédrale Notre-Dame lors de sa venue à Paris. Nous n’étions plus à l’époque d’Henri VIII ou d’Elizabeth Ière. Elle avait une vision générale de la paix entre les peuples, elle était très ouverte, respectait les consciences. Elle avait une foi profonde très ancrée, respectait la foi des catholiques écossais. À tout point de vue, dans les problèmes familiaux ou les conflits religieux et sociaux, elle a toujours essayé de prôner l’apaisement. Il n’y avait qu’une personne qui n’avait pas compris cela: c’était, paix à son âme, Lady Diana.

Ses millions de sujets, britanniques ou du Commonwealth, percevaient-ils réellement l’identité religieuse de sa fonction royale?

Il la voyait grâce aux cérémonies à la cathédrale Saint-Paul de Londres, où ont lieu les funérailles des grands hommes politiques ou chefs militaires, comme celles de Sir Winston Churchill ou de l’amiral Nelson. Elle y accordait une grande importance. Elle s’est battue discrètement pour que plusieurs membres de sa famille n’affichent pas les scandales, entre les crises et les divorces. Elle faisait preuve d’un grand respect. Comme chef d’État, elle envoyait un message de paix -ce fut laborieux sur la question irlandaise, lui causant beaucoup de peine-. Mais la reine était quelqu’un qui ne montrait pas ce qu’elle pensait. Dans la vie spirituelle, elle veillait à ce que l’on observe des codes, des pudeurs. Elle détestait l’étalage et s’appliquait l’adage laïc aux vertus spirituelles: «Never complain, never explain». Soit: ne vous perdez pas en circonvolutions futiles et ne vous plaignez jamais.

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12 septembre 2022, 12:00