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Des employés tondant le gazon d'un stade d'entraînement à Doha, le 30 mai. Des employés tondant le gazon d'un stade d'entraînement à Doha, le 30 mai.   Les dossiers de Radio Vatican

Au Qatar, la vie cachée des travailleurs migrants

Provenant en majorité des pays de l’Est de l’Afrique ou du sous-continent indien, des dizaines de milliers de migrants qui ont, pour nombre d'entre eux œuvré sur les chantiers de la Coupe du monde, vivent dans des conditions indignes, loin des projecteurs. Le pays du Golfe a apporté des améliorations mais la route est encore longue pour améliorer la vie de ces travailleurs.

Olivier Bonnel - Cité du Vatican

Dans six mois le Qatar accueillera la Coupe du monde de football, une compétition qui n’aura cessé de susciter la controverse, même avant ses débuts, en raison des soupçons de corruption qui ont pesé sur l’attribution au pays du Golfe de cette compétition suivie par des milliards de téléspectateurs.

Mais derrière l’aspect sportif figure une autre réalité, celle des milliers de travailleurs immigrés venus sur les chantiers des stades. Provenant en majorité des pays de l’Est de l’Afrique ou du sous-continent indien, beaucoup de ces migrants ont œuvré sur les chantiers pharoniques des stades du mondial. D'autres font partie de ces professions essentielles que sont les chauffeurs ou les gardiens. Nombre de migrants vivent dans des conditions parfois extrêmement précaires, entre travail forcé, retards de paiements et logements insalubres.

Début 2021, une enquête du quotidien britannique The Guardian révélait que plus de 6500 travailleurs étrangers étaient morts au travail sur les chantiers qataris, en raison des cadences de travail, des conditions extrêmes (45 ° à l'ombre, fort taux d'humidité) et du manque d'accès aux soins et à une protection sociale. 

Pressions sur la FIFA

L’ONG Amnesty International alerte depuis plusieurs années sur les conditions indignes de vie de ces migrants, venus du Népal, du Bangladesh ou encore de Tanzanie et a relevé que, dans 70% des cas, les causes de décès n'étaient pas révélées. La pression a grandi sur les autorités qataries comme sur la Fédération Internationale de Football, organisatrice de la Coupe du monde de football. Il y a quelques semaines, Amnesty demandait à la FIFA de créer un fonds d’indemnisation pour ces travailleurs lésés ou blessés. 

La FIFA , qui a choisi le Qatar comme hôte de la compétition la plus suivie au monde a aussi ses responsabilités rappellent les ONG. «En vertu des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme qu’elle a adoptés en 2016, la FIFA a la responsabilité de fournir des réparations pour les abus qu’elle a causés ou auxquels elle a contribué, une responsabilité qu’elle n’a toujours pas assumée» soulignait ainsi en mars dernier Human Rights Watch. Si les autorités de l'émirat ont fait des progrès ces dernières années concernant le droit du travail, comme l'abolition du système de la "kafala" (système de parrainage où l'employé était à la merci de son employeur), il semble que l'on est encore loin du compte pour permettre à ces personnes de vivre dignement. 

Quentin Müller, journaliste indépendant, a enquêté sur la face sombre de cette main d'œuvre qui vit à l'écart des projecteurs. Il revient sur cette face cachée des chantiers qataris, en particulier à Asian City, zone industrielle située à une vingtaine de kilomètres de Doha, la capitale, où vivent pas moins de 800 000 migrants. 

Entretien avec Quentin Müller

 

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08 juin 2022, 15:02