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Une église en ruine à Chardonnières, Haïti, le 18 août dernier, quatre jours après un séisme de magnitude 7,2. Une église en ruine à Chardonnières, Haïti, le 18 août dernier, quatre jours après un séisme de magnitude 7,2.   (AFP or licensors)

12 ans après le séisme, Haïti peine à panser ses blessures

Le violent séisme qui a frappé l'île d’Haïti le 12 janvier 2010 a laissé des traces difficiles à effacer, dans un contexte social et politique encore tourmenté aujourd’hui. «Mais la population est forte et pleine de bonne volonté», témoigne la présidente d’une fondation italienne œuvrant sur place.

Paola Simonetti / Adelaide Patrignani - Cité du Vatican

Le séisme du 12 janvier 2010 a marqué un tournant pour Haïti, l'un des pays les plus pauvres du monde. La secousse, d’une magnitude de 7 à 7,3, se fait sentir à 16h53 heure locale. Plus de 300 000 personnes sont tuées, des centaines de milliers d'autres sont blessés, 1,3 million d’habitants deviennent déplacés et plus de 900 000 bâtiments sont détruits. Une grande partie des 10 millions d’habitants se retrouvent privés de services et de biens essentiels: eau, électricité, installations sanitaires.

Au lendemain de la catastrophe, le Pape Benoît XVI avait lancé un appel depuis Rome, à l’issue de l’audience générale hebdomadaire. «J'invite chacun à s'unir à ma prière au Seigneur pour les victimes de cette catastrophe et pour ceux qui pleurent leur disparition, avait déclaré le Souverain pontife allemand. J'assure de ma proximité spirituelle ceux qui ont perdu leur maison, ainsi que toutes les personnes éprouvées de différentes façons par cette grave catastrophe, en implorant de Dieu le réconfort et le soulagement dans leurs souffrances». Benoît XVI avait sollicité «la générosité de chacun», assurant que l’Église catholique ne manquerait «pas d'intervenir immédiatement à travers ses institutions caritatives pour répondre aux besoins les plus immédiats de la population».

Une reconstruction compromise

Aujourd’hui, malgré les aides de la communauté internationale, les installations n’ont pas été encore totalement rétablies. L’île a connu d’autres séismes – notamment en 2014 et au mois d’août dernier, et elle est plongée dans l’instabilité politique depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, il y a six mois. Ce vide institutionnel a laissé le champ libre aux bandes armées qui sèment la terreur par des enlèvements et des fusillades, rendant ardue la poursuite de programmes de reconstruction. Deux journalistes haïtiens ont ainsi été assassinés le 6 janvier dernier par un gang en périphérie de la capitale Port-au-Prince.

Une grande partie des Haïtiens reste profondément marquée par le séisme de 2010. «Les signes du tremblement de terre qui a semblé anéantir un pays entier sont portés par les plus jeunes de la population», témoigne Mariavittoria Rava, présidente de la fondation italienne Francesca Rava, à l’œuvre dans le pays depuis des décennies. «Des enfants qui en 2010 ont perdu des membres, des bras, des jambes, et qui aujourd'hui sont des jeunes marchant avec des béquilles. Des personnes qui ont plus de mal à survivre dans un pays où tous les habitants sont déjà mis à rude épreuve. Mais les blessures apparaissent aussi au premier coup d'œil dans les rues, où les décombres et les bâtiments détruits sont encore visibles».


«L’anarchie règne»

Le scénario actuel préoccupe Mariavittoria Rava: «Depuis de nombreuses années, nous n'avons jamais rien vu de tel, explique-t-elle, non seulement à cause du dernier tremblement de terre qui a frappé l'île en août, mais surtout en termes d'instabilité politique, de chaos et de terreur dans les rues en raison de la violence endémique de groupes distribuant des armes et des balles. L'anarchie règne. Dans un contexte où la population a faim».

Mais en dépit de tant de souffrance, la résilience de cette population est bien visible: «Haïti a une population merveilleuse, composée de beaucoup de jeunes qui ont une grande envie de faire quelque chose, ajoute la présidente de la Fondation Francesca Rava. Des jeunes qui venaient de la rue, et qui de criminels potentiels sont devenus médecins, infirmiers, petits entrepreneurs fabriquant des panneaux solaires, du pain, des pâtes, ou qui cultivent des arbres fruitiers. C'est un pays qui mérite enfin la paix et l'ordre, y compris par une intervention extérieure qui puisse apporter un soutien concret».


12 janvier 2022, 12:48