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Depuis 100 ans, l'insuline a sauvé des millions des vies

Le monde célèbre le 11 janvier 2022 le centenaire de la première injection d’insuline. Dans une interview donnée à Radio Vatican, le docteur Jean-François Thébaut, président de la commission d’Evaluation Economique et de Santé Publique et vice-président de la Fédération Française des Diabétiques, est revenu sur ce pas d’une importance capitale dans la lutte contre le diabète, franchi il y a un siècle par des chercheurs canadiens.

Christian Kombe, SJ - Cité du Vatican

Alors que le monde entier se bat contre la Covid-19 depuis plus de deux ans, de nombreuses personnes continuent de souffrir du diabète. Cette maladie métabolique apparait lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment d’insuline (diabète insulinodépendant ou de type 1) ou lorsque l’organisme résiste ou ne parvient pas à utiliser correctement l’insuline qu’il produit (diabète non insulinodépendant ou de type 2). Selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), le diabète constitue un problème de santé publique et sa prévalence ne cesse de croitre. Le centième anniversaire de la première injection d’insuline offre ainsi l’occasion de rendre hommage à une histoire séculaire de lutte contre cette maladie chronique.

Une révolution thérapeutique importante

La découverte de l’insuline fut une révolution thérapeutique extrêmement importante, note Jean-François Thébaut: «avant cette découverte, tous les patients qui étaient atteints de diabète de type 1 décédaient. Il n’y avait pas de traitement».

L’origine pancréatique du diabète a été établie expérimentalement en 1889 par Oscar Minkowski et Joseph von Mering. Mais ce n’est que trois décennies plus tard (1921), avec les travaux des chercheurs canadiens Frederick Grant Banting, MacLeod et Charles Best, ainsi que les travaux indépendants du roumain Nicolas Paulesco, que les premiers extraits pancréatiques sont testés et que la capacité de régulation de la substance obtenue est démontrée.

L’année suivante, l’insuline est pour la première fois injectée à l’homme. «C’était précisément en janvier 1922 que le jeune Léonard Thompson a pu recevoir son injection d’insuline aux Etats-Unis. C’est un souvenir extrêmement important pour la thérapeutique humaine», souligne le Dr Thébaut.

Une maladie qui tue toujours

La découverte de l’insuline a permis de conjurer la fatalité des diabétiques de type 1. «Tous les diabétiques de type 1 – il y en a peu près 400 000 en France -, précise Jean-François Thébaut, seraient tous morts s’il n’y avait pas d’insuline». Cependant, en dépit de la découverte de l’insuline et des progrès dans la recherche contre le diabète, notamment dans le contrôle de la glycémie, il existe encore un grand écart entre les personnes qui ont besoin d’insuline et ceux qui y accèdent réellement. «On estime environ à entre 1, 5 et 1,7 millions le nombre de personnes qui décèdent directement du diabète chaque année».

Le nombre de personnes qui meurent des complications de l’hyperglycémie s’est accru ces dernières années, en particulier, dans les pays à revenu faible. Par ailleurs, si les maladies cardiovasculaires sont l’une des premières causes, sinon la première cause de mortalité dans le monde, les deux tiers de ces patients sont diabétiques, souligne le Dr Thébaut.

Iniquité dans l’accès aux soins

Le manque d’accès à l’insuline à un prix abordable est parmi les causes principales des complications et des décès dus au diabète, rappelle souvent l’OMS qui a placé l’insuline sur sa liste des médicaments essentiels depuis 1977. «Trop de personnes qui ont besoin d’insuline se heurtent à des difficultés financières au moment d’en obtenir ou doivent s’en passer et y perdre la vie», soulignait le Dr Tedros Adhanom Ghebreyus, Directeur général de l’OMS, en octobre dernier. Rappelant que Frederick Banting et John MacLeod avaient vendu leurs droits sur la découverte de l’insuline pour un dollar canadien en vue d’en faciliter l’accès, le patron de l’OMS déplorait le fait que ce geste de solidarité a été remplacé aujourd’hui par une industrie qui pèse des milliards de dollars et rend difficile l’accès à l’insuline.

Il y a donc un lien entre indice de pauvreté et difficultés d’accès aux soins aussi bien au niveau mondial qu’à l’intérieur de chaque pays. Ce facteur de déterminants sociaux est commun au diabète et à la Covid-19, souligne le Dr Thébaut. «On a des caractéristiques communes au point de vue social et socio-démographique. Ce sont des maladies qui sont aggravées chez les gens qui sont les plus précaires et les plus pauvres».

Les inégalités retardent les sorties de crise

A l’heure où le monde entier attend impatiemment la fin de la pandémie de Covid-19, l’histoire de l’insuline et de la lutte contre le diabète nous enseigne que le manque de solidarité et l’iniquité dans l’accès aux vaccins retardent l’échéance de la fin de la crise sanitaire. De nombreux pays occidentaux multiplient des doses de rappel aux groupes à faible risque de maladie grave ou de décès, tandis que la majeure partie de pays à faible revenu sont quasiment au point mort de la vaccination, déplorait le patron de l’OMS. «Si nous mettons fin à l’iniquité, nous mettons fin à la pandémie. Si nous permettons à l’iniquité de se poursuivre, nous permettons à la pandémie d’aller de l’avant», avait-il déclaré en décembre dernier.

Entretien avec Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération Française des Diabétiques
10 janvier 2022, 14:23