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Un sympathisant de l'ONG Memorial arrêté à Moscou, le 28 décembre. Un sympathisant de l'ONG Memorial arrêté à Moscou, le 28 décembre.   (ANSA)

La Cour suprême russe dissout l’ONG Memorial

L'association lutte contre les abus des droits de l'homme en Russie et documente les crimes de la période soviétique. Depuis plusieurs années elle était dans le collimateur du Kremlin.

C’est une décision très symbolique: la principale organisation de défense des droits humains en Russie est officiellement dissoute après le rendu de la Cour Suprême ce mardi 28 décembre. Le parquet  avait début novembre demandé la dissolution de Memorial, l’accusant d’avoir enfreint « systématiquement » les obligations de son statut d’«agent de l’étranger». Une appellation qui désigne des organisations considérées comme agissant contre les intérêts russes parce qu’elles reçoivent des fonds étrangers.

L’avocate de l’ONG a dénoncé «une décision malfaisante, injuste». Fondée à la fin de l’URSS par des dissideants parmi lesquels le Prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, Memorial avait comme travail principal de documenter les crimes de l’ère soviétique. L’organisation était devenue une référence pour dénoncer les violations des droits humains, comme lors des guerres en Tchétchénie lors des années 90 et 2000. En 2009, sa responsable en Tchétchénie, Natalia Estemirova, avait été kidnappée puis exécutée à Grozny, capitale tchétchène.

La repression judiciaire contre l'ONG ne devrait pas en rester là puisque le parquet exige aussi la dissolution de son Centre de défense des droits humains, spécialisé dans les violations commises à ses yeux par l’Etat russe contemporain. Il est accusé d’apologie «du terrorisme et de l’extrémisme». Memorial a annoncé son intention de faire appel devant la Cour européenne des droits de l'homme. 

La décision de la Cour Suprême russe a suscité de nombreuses critiques. Amnesty International a notamment dénoncé une «insulte» faite à la mémoire des victimes des camps soviétiques. L'ambassadeur américain à Moscou, John Sullivan, a dénoncé une «tentative de supprimer la liberté d'expression et d'effacer l'histoire».  Le Conseil de l'Europe, (qui regroupe 47 États dont la Russie) a pour sa part évoqué une «nouvelle dévastatrice pour la société civile, et rappelé que l'existence et le développement des organisations de la société civile sont un pilier essentiel de toute démocratie européenne». (Avec AFP) 

28 décembre 2021, 14:34