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Le 26 novembre, à  Singhu, à la frontière entre Delhi et l'Etat de l'Haryana. Le 26 novembre, à Singhu, à la frontière entre Delhi et l'Etat de l'Haryana.  (AFP or licensors)

Les lois agricoles en Inde officiellement abrogées

Après plus d'un an de manifestations, le premier ministre Narendra Modi a décidé d'abroger les lois agricoles qui libéralisaient le secteur. La colère de millions d'agriculteurs a pris une tournure politique et le retrait de ces lois répond avant tout à une logique électoraliste. Décryptage de cette décision et de la difficulté de réformer le secteur agricole, qui assure la subsistance à 70 % des Indiens.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel-Cité du Vatican

Le 19 novembre dernier, le premier ministre indien Narendra Modi a pris tout le monde par surprise, en annonçant dans un discours télévisé l’abrogation des lois agricoles. Une décision qui a provoqué le soulagement chez des centaines de milliers d’agriculteurs à travers le pays. Ces lois ont été abrogées le 29 novembre par le parlement indien. Le chef du gouvernement indien a souhaité clore un épisode de contestation violent qui s'est étendu à tout le pays. 

Adoptées sans concertation par le parlement au mois de septembre 2020, ces lois avaient provoqué dans le pays les plus importantes manifestations depuis l’indépendance du pays en 1947. Ces lois avaient été pensées pour autoriser les agriculteurs à vendre leurs productions aux acheteurs de leur choix, plutôt que de se tourner exclusivement vers les marchés contrôlés par l’Etat, les "mandis" où un prix minimal était garanti. Une libéralisation assumée par Modi mais qui a provoqué la colère de nombreux agriculteurs indiens. En effet, nombre d'entre eux sont de petits exploitants pauvres et dénonçaient une obligation de brader leurs marchandises aux grands groupes privés, afin de pouvoir les écouler.

Des élections à venir dans des Etats-clé

Bien que suspendues par la Cour suprême indienne au mois de janvier dernier, ces lois ont continué de susciter la mobilisation de nombreux paysans et dans plusieurs régions du pays, le mouvement de contestation s'est durci, prenant même une tournure politique. Début octobre dernier, une manifestation dans l'état septentrional de l'Uttar Pradesh a dégénéré en affrontements avec la police, faisant neuf morts. Des agriculteurs s’étaient rassemblés la veille pour protester dans le district de Lakhimpur Kheri, où le ministre des affaires intérieures, Ajay Mishra, et le vice-ministre de l’Etat, Keshav Prasad Maurya, étaient attendus. 

Pour le parti nationaliste hindou au pouvoir, le BJP, les élections à venir dans les Etats du Pendjab et en Uttar Pradesh, le plus peuplé du pays (220 millions d'habitants) devenaient un pari risqué. Cette abrogation répond ainsi avant tout à des raisons électoralistes dans un pays où le secteur agricole est considérable: il nourrit près de 70% des 1,3 milliards d'Indiens et près de 15 % du PIB.

Décryptages Frédéric Landy, professeur de géographie, chercheur associé à l’Institut Français de Pondichéry et au Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du Sud

Entretien avec Frédéric Landy
30 novembre 2021, 09:32