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Un camp de fortune de la plage de Loon, à Dunkerque, le 25 novembre 2021. (Reuters/Johanna Geron) Un camp de fortune de la plage de Loon, à Dunkerque, le 25 novembre 2021. (Reuters/Johanna Geron)  (JOH)

À Calais, «on savait que ça allait arriver»

Pour L’Auberge des migrants et Utopia56, deux associations humanitaires investies auprès des migrants à Calais, le naufrage du 24 novembre en mer Manche aurait dû être évité. Elles dénoncent une instrumentalisation politique de la crise migratoire, consistant à faire porter l’entière responsabilité de la tragédie aux «passeurs».

Claire Riobé – Cité du Vatican

Le ton est vif et douloureux. Malgré la distance, la colère de William Feuillard, bénévole et coordinateur au sein de l’association l’Auberge des Migrants, est perceptible à l’autre bout du fil. «C’est vraiment tragique qu’il faille un drame de cette ampleur pour que l’on s’intéresse à la situation sur le littoral Nord», s'agace le jeune homme, âgé de 23 ans.

Au lendemain du drame humanitaire survenu en mer de Manche le 24 novembre après-midi, et durant lequel 31 personnes exilées ont perdu la vie, les bénévoles des associations d’aide aux migrants, dans la région de Calais et des environs, semblent désemparés.

Car les défis que posent la crise migratoire actuelle sont loin d’être nouveaux, rappelle William Feuillard, sans que de réelles solutions n’aient été mises en œuvre dans la région. «Depuis 1999, plus de 330 personnes (migrantes) sont mortes sur le littoral.», indique-t-il. «Il se passe aujourd’hui une véritable crise humanitaire sur le sol français, mais face à elle, nous avons des politiciens qui ne veulent toujours pas se remettre en question.»

La colère des habitants de Calais sera également perceptible ce 25 novembre. «Ici, les habitants en ont assez que la situation ne change pas. Cela fait plus de 30 ans au’ils voient qu’aucune mesure n’est prise. Tout l’argent qui est donné dans la ville est (utilisé) pour la construction de murs, de barbelés et de barricades. Les Calaisiens (ont l’impression) d’être instrumentalisés et que la problématique de Calais n’évolue plus», raconte William, qui habite sur place.

Une tragédie «qui aurait pu être évitée »

Cela fait 13 ans que l’Auberge des migrants, association créée en 2008, apporte une aide matérielle et alimentaire d’urgence aux personnes migrantes. Les associations d’aide aux personnes migrantes, ne peuvent que constater aujourd’hui «l’inaction des politiques publiques».

Ainsi de Nicolaï Posner, coordinateur de Utopia 56, une association créée en 2015 à Calais. Lui redit sa tristesse d’être témoin d’une tragédie «dont on savait qu’elle pourrait arriver et qu’elle allait arriver». Et il avoue une «véritable colère» face aux politiques de migration qui «poussent les personnes à prendre tant de risques. Des personnes qui n’ont rien, et n’ont pour seul espoir que de se construire une vie sur le long terme», déplore-t-il.

Selon Utopia 56, l’unique solution pour mettre fin aux réseaux de passage comme aux campements de personnes exilées, serait aujourd’hui que les différents gouvernements français et anglo-saxons «mettent en place des routes de passage sures et légales» entre Calais et la Grande-Bretagne.

«C’est que nous demandons aujourd’hui, est exactement ce que nous demandons depuis toujours. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, l’instrumentalisation politique tend à faire passer toute la responsabilité du naufrage aux passeurs, alors que l’État français, tout comme l’Union Européenne et l’État anglais, a toute la responsabilité», condamne Nicolaï Posner.

«Les gens ont parcouru 5000 kilomètres pour arriver ici. Calais, c’est leur dernière étape»

Loin des regards, le travail des bénévoles à Calais et dans la région continue, heure après heure. «Il y a encore eu des tentatives de traversées cette nuit, et des personnes naufragées ce matin», relate Nicolaï Posner. «Notre travail est d’être auprès de ces personnes, avec en musique de fond ce qu’il s’est passé hier.»

Selon William Feuillard, le naufrage de l’embarcation survenu le 24 novembre ne suffira pas à dissuader d’autres personnes exilées de tenter la traversée. «C’est ça le plus dramatique. Il faut se rendre compte que les gens sont ici pour passer en Angleterre. Certaines personnes ont parcouru plus de 5000 kilomètres pour arriver ici, la distance qui sépare Calais de l’Angleterre, 30 kilomètres, est la dernière étape».

Et le coordinateur d’avertir : «Si les politiques actuels continuent leur stratégie d’harcèlement et de militarisation des frontières, ces personnes vont prendre encore plus de risques qu’avant.»

25 novembre 2021, 18:04