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Un enfant malgache du village de Maropia mange un repas fourni par le programme alimentaire "Avotse", le 30 septembre 2021. (Reuters/Joel Kouam) Un enfant malgache du village de Maropia mange un repas fourni par le programme alimentaire "Avotse", le 30 septembre 2021. (Reuters/Joel Kouam) 

À Madagascar, Amnesty International alerte sur une famine climatique

Madagascar subit l’un des pires épisodes de sécheresse de son histoire. Dans son nouveau rapport publié ce 27 octobre, Amnesty International interpelle les dirigeants mondiaux sur les conséquences dramatiques du changement climatique pour les habitants de l’île. À la veille de la COP26, elle les appelle à prendre des mesures «concrètes» et «courageuses» pour lutter contre le réchauffement.

Entretien réalisé par Claire Riobé – Cité du Vatican

C’est peut-être l’une des toutes premières famines climatiques. Les habitants du sud de Madagascar sont actuellement frappés par une sécheresse inédite, qui a déjà placé plus d'un million de personnes au bord de la famine. Le pays, qui connait régulièrement des périodes de sécheresse, traverse ces jours-ci «le pire épisode de son histoire» en raison du changement climatique, indique Amnesty International dans son nouveau rapport ce 27 octobre.

Ampleur de la sécheresse

Selon le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), environ 1,14 million de Malgaches sont actuellement confrontés à un niveau élevé d’insécurité alimentaire. Près de 14 000 personnes se trouvent par ailleurs en état de «catastrophe» dans le pays, soit la phase la plus grave d’insécurité alimentaire.

Ce n’est pas un hasard si la famine de cette année est particulièrement dramatique. Madagascar, indique ainsi Amnesty International, se trouve en première ligne de la crise climatique. Le sud de l’île le a connu ces dernières années des saisons des pluies inférieures à la moyenne, qui ont conduit à une baisse importante de la production des denrées alimentaires de base, notamment de riz et de manioc. Le manque sévère d’eau a également mené à une diminution de la taille et une dégradation de l’état des troupeaux, aggravant la disparition des moyens de subsistance.

«C’est un pays particulièrement vulnérable où, notamment dans le sud, 91% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté», rappelle depuis la France Sabine Gagnier, responsable du programme de protection des populations à Amnesty International.  «C’est également un pays qui se trouve sous les tropiques, qui connaissait déjà des phénomènes de sécheresse auparavant. Mais des données scientifiques nous ont vraiment révélé que ces périodes s’intensifiaient et allaient encore s’intensifier à l’avenir», continue-t-elle.

Intensifier les initiatives de secours

L’organisation de défense des droits humains appelle ainsi la communauté internationale à intensifier les initiatives de secours à Madagascar. «La communauté internationale doit immédiatement apporter aux populations (…) touchées par la sécheresse une aide humanitaire accrue et des financements additionnels permettant de compenser les pertes et les dégâts subis», affirme Agnès Callamar, secrétaire générale d'Amnesty, dans le rapport.

Des propos qu’appuie Sabine Gagnier : «Les populations qui souffrent de cette sécheresse subissent des conséquences terribles: elles ne peuvent plus cultiver leurs terres, donc sont au bord de la famine, leurs enfants meurent ou bien ne peuvent plus aller à l’école le ventre vide… et les familles sont obligées de migrer». La porte-parole rappelle également que cette crise est avant tout celle des droits humains : «Elle affecte tous les droits (des habitants Malgaches) : droit à l’alimentation, droit à la vie et droit à l’éducation.»

Réduire les émissions de CO2

À quelques jours du début de la COP26, le rapport d’Amnesty International exhorte l’ensemble de la communauté internationale à prendre les mesures nécessaires pour affronter la crise climatique, et protéger les populations des pays fortement menacés. «Il est particulièrement injuste que le changement climatique frappe d'abord les populations des pays en voie de développement, alors qu'ils sont ceux qui ont le moins contribué à la crise climatique», souligne Amnesty.

L’organisation attend ainsi des mesures «concrètes» et «courageuses», selon Sabine Gagnier, de la part des pays riches et industrialisés. «Nous appelons très fortement les dirigeants mondiaux à prendre des mesures pour réduire les émissions de CO2 d’au moins 45% par rapport aux niveaux de 2010, d’ici à 2030». 

27 octobre 2021, 16:58