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Le Pape rencontrant l'ONG Medair, le 22 septembre 2021 au terme de l'audience générale en Salle Paul-VI. Le Pape rencontrant l'ONG Medair, le 22 septembre 2021 au terme de l'audience générale en Salle Paul-VI.  (Fanny Diedrichs - ONG Medair )

L'ONG Medair a été encouragée par le Pape François

Une délégation de l'ONG suisse Medair, qui intervient dans les pays les plus en difficulté, s'est entretenue mercredi matin avec le Pape François au terme de l'audience générale.

Une délégation de l’ONG suisse Medair a pu échanger quelques mots avec le Pape François ce mercredi 22 septembre, au terme de l’audience générale en Salle Paul-VI. Le Pape a remercié cette association pour son action auprès des populations les plus vulnérables, souvent victimes de de conflits ou de catastrophes naturelles. La délégation s’est ensuite entretenue jeudi avec le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le Développement humain intégral.

Fondée par un couple protestant en 1989, cette ONG suisse s’inscrit dans le réseau international des organisations dédiées à l’aide humanitaire, avec une forte dimension œcuménique parmi les employés. En tout, l’organisation compte 1400 collaborateurs, la plupart étant catholiques ou protestants. La prière, notamment lors des réunions, fait partie du cahier des charges de l’association, mais elle agit sans prosélytisme dans des théâtres d’opération très variés, allant de l’Afghanistan (y compris sous le régime taliban, où elle agissait déjà dans les années 1990) à Madagascar, où la famine menace des milliers d’habitants au sud de l’île. Elle travaille notamment sur l’accès à l’eau et la nutrition.

Le siège de l’ONG se situe à Écublens, près de Lausanne. Elle dispose d’antennes à Zurich et Genève, ainsi qu’en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et aux États-Unis.

Lien vers le site internet de l’association Medair

La directrice France de l’ONG Medair, Annick Balocco, nous explique le sens de cette visite à Rome et l’état d’esprit de cette association.

Entretien avec Annick Balocco

Nous avons voulu lui présenter l'action de l'association Medair. Nous sommes une ONG d'urgence et de reconstruction qui intervient dans des pays en crise, touchés par des conflits ou des catastrophes naturelles.

Donc nous avons voulu lui présenter l'action de notre association et de nos équipiers sur le terrain, et lui présenter des personnes qui ont été aidées et des équipiers de Medair au travers d'un petit livre, et puis lui demander de prier pour nos équipes. Et ce qu'on a reçu de sa part, c'est de l’attention. On a été très touchés qu’il se soit arrêté. Nous avons eu un temps d'échange dans la simplicité, dans la bienveillance. Il nous a encouragés et il nous a demandé de prier pour lui aussi.

L’un des axes prioritaires de votre ONG, qui rejoint les préoccupations du Pape François, c'est le soin des périphéries, notamment des personnes qui vivent dans des villages oubliés, très loin des caméras. Est-ce que pouvez nous donner des exemples concrets de vos activités, par exemple notamment à Madagascar?

C’est vraiment dans l’ADN de Medair d’aller dans les endroits les plus difficiles d'accès, parce que c'est là que se situent souvent les besoins les plus élevés et se trouvent les personnes les plus vulnérables. Et effectivement à Madagascar dans le sud de l'île, on a un grand programme de lutte contre la malnutrition. Nous sommes engagés à Madagascar depuis de nombreuses années avec un grand programme d’accès à l’eau dans le nord-est de l’île, et puis maintenant ce programme d’accès à l’eau et de nutrition, dans le sud.

Les premières implantations, il y a une trentaine d'années, c'était en Afrique autour de l'Ouganda, du Soudan du Sud. Aujourd'hui, nous sommes engagés dans 12 pays, parmi lesquels plusieurs pays d'Afrique: le Soudan du Sud, le Soudan (notamment auprès des personnes déplacées par la crise du Tigré en Éthiopie), la Somalie, Madagascar. Nous sommes engagés aussi autour de la crise syrienne, que ce soit à l'intérieur de la Syrie, comme auprès des réfugiés syriens au Liban et en Jordanie.

Nous sommes aussi en Afghanistan, et également au Bangladesh, auprès des réfugiés Rohingyas qui ont fui la Birmanie, il y a 4 ans. On a là-bas un programme donc de lutte contre la malnutrition dans le camp de Cox’s Bazar, qui est le plus grand camp de réfugiés au monde.

Votre ONG a une inspiration chrétienne, elle a aussi une dimension œcuménique, en rassemblant des catholiques et des protestants. Comment se vit cet engagement de foi, dans votre mission de service de populations ?

C’est vrai que les valeurs chrétiennes, c’est un élément important au sein de Medair, et c’est un élément distinctif par rapport à d'autres organisations. C'est vraiment la foi qui pousse nos équipiers internationaux à partir sur le terrain pour s'engager dans ces pays mais après sur le terrain, c'est vraiment une aide humanitaire pure qui est mise en œuvre. Donc nous apportons une aide impartiale, neutre, en aidant les personnes les plus vulnérables. Nous sommes signataires du Code de la Croix-Rouge, c'est-à-dire que les personnes aidées sont sélectionnées, si on peut dire sur le niveau de vulnérabilité.

Mais ces valeurs chrétiennes, c'est quelque chose de très important au sein de l'équipe, et tout le personnel international qui part choisit Medair en souhaitant vivre ces valeurs au sein de l'équipe. Mais ensuite, sur place, on a des équipiers nationaux qui, selon la situation sur place, ne sont pas forcément chrétiens.

Comment se passe le tuilage sur les opérations d'urgence ? Est-ce que cela part du siège de l’ONG à Genève, ou est-ce que c'est sur le terrain que vous identifiez les besoins et que vous réagissez face à ces situations d'urgence ?

D’abord pour que Medair intervienne face à une situation d’urgence dans un pays, il faut qu’un appel à la solidarité internationale ait été lancé par le pays, et donc qu’il y ait une crise suffisamment forte pour cet appel à la solidarité et à d'autres organisations.

Donc dans ce cas, Medair envoit une équipe d'urgence qui est prête à partir en 24 ou 48 heures, pour aller dans un premier temps faire une mission d'évaluation et voir quels sont les besoins des populations, et quelles sont les autres organisations qui sont déjà engagées sur place. Et donc, si on décide, après cette phase d'évaluation, de poursuivre notre travail, ce sera bien sûr en coordination avec toutes les autres ONG.

Il y a des organes de coordination qui existent sur place, pour décider qui va faire quoi, sur quelles zones, sur quel domaine d'action spécifique. L’objectif, c'est que les personnes les plus vulnérables reçoivent l’aide dont elles ont besoin et que ce ne soient pas de multiples organisations qui viennent en aide aux mêmes personnes.

Mais dans l'ADN de Medair, l’aspect important c'est vraiment d’atteindre les plus vulnérables, et souvent, les plus vulnérables, ce sont des personnes qui sont difficiles d'accès. Donc là c'est vraiment ce qu'on a cœur dans nos missions, et dans la définition des programmes que l’on met en œuvre.

Vous vous êtes rendue vous-même sur le terrain à deux reprises, au Bangladesh et en RDC. Quel souvenir avez-vous de ces visites ?

Pour le Congo, cela remonte déjà à quelques années. J'ai été très touchée par des personnes qui étaient bénéficiaires de nos programmes sur le terrain. J’avais notamment visité des centres de santé. J’avais moi-même à ce moment-là des enfants en bas âge, et quand j'ai vu les conditions dans lesquelles les mamans accouchaient, cela m’avait fortement traumatisée. Et on avait un grand programme à l'époque de reconstruction de centres de santé, justement pour que les mamans puissent accoucher dans des meilleures conditions. Donc ça m'avait beaucoup touchée.

Et puis quand je suis retourné au Bangladesh juste avant le confinement donc l'année dernière, j'ai rencontré notamment les familles Rohingyas qui sont dans ce grand camp immense. Voir ces personnes qui n'ont aucune perspective de sortie de ce camp, et voir malgré tout beaucoup de gens qui était engagé avec notre association, beaucoup de jeunes volontaires qui participaient parce qu'ils voulaient contribuer au travail, ils voulaient aider les membres de leur communauté… Je pense que l'un des souvenirs les plus forts, ce sont ces échanges avec ces jeunes, de 20 ou 22 ans, qui sont extraordinaires.

23 septembre 2021, 12:21