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Image d'illustration. La presse iranienne dans un kiosque à Téhéran. Image d'illustration. La presse iranienne dans un kiosque à Téhéran.   (ANSA)

En Iran, le Khouzestan victime de la «mafia des barrages»

Dans le Khouzestan, une région du sud-ouest iranien, la colère monte tandis que les pénuries d’eau s’aggravent. Une sécheresse causée notamment par une politique de multiplication des barrages, qui puisent dans les ressources hydriques du pays.

Entretien réalisé par Marine Henriot – Cité du Vatican

Depuis mars 2021, la province du Khouzestan, qui abrite les principaux gisements de pétrole iranien, est frappée par une sécheresse à l’origine de manifestations dans plusieurs villes. Au moins trois personnes sont mortes en marge des protestations.

Cette région vers la frontière irakienne est pourtant la mieux dotée du pays en fleuves et rivières, «C’est une région verte, contrairement au reste du pays», détaille Mahnaz Shirali, sociologue et politologue. Selon la spécialiste de l’Iran, le problème vient du fait que les ressources d’eau claire ont été surexploitées par les 650 barrages hydrauliques construits ces dernières décennies, «Des barrages complètement inutiles, car dans un pays où il y a autant de soleil, quand vous construisez des barrages, l’eau s’évapore», éclaire-t-elle.

Méfiance de la population

Une erreur de politique qui dépasse l’accident, selon la population du Khouzestan, qui en vient à se demander si cette multiplication des barrages n’est pas réalisée pour les faire quitter la région. Les sols sont riches en pétrole, «les habitants se demandent si ce n’est pas fait exprés», explique Mahnaz Shirali, «pour inciter les personnes à partir et pouvoir exploiter les richesses et le pétrole».

Dans le viseur des manifestants, ceux qu’ils appellent la «mafia des barrages». Une appellation qui fait référence à l’armée révolutionnaire de la République islamique, très investie dans la politique après la guerre Iran-Irak (1980-1988), «les généraux de l’armée ont mis la main sur les ressources naturelles et ont commencé à s’enrichir», note la sociologue.

Conséquences dévastatrices sur la région

Les conséquences de ces 650 barrages hydrauliques dans une région auparavant considérée comme le grenier de l’Iran sont dramatiques pour la terre et la population. À la suite des constructions, l’eau des rivières est devenue salée, asséchant les terres cultivées et rendant la consommation impropre pour les animaux et les habitants, détruisant tout un écosystème précieux.

Entretien avec la spécialiste Mahnaz Shirali
05 août 2021, 11:10