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Le frère Poquillon aux côtés d'Emmanuel Macron visitant l'église Notre-Dame de l'Heure de Mossoul. Le frère Poquillon aux côtés d'Emmanuel Macron visitant l'église Notre-Dame de l'Heure de Mossoul.  (AFP or licensors)

Frère Poquillon: «L'Irak est redevenu un sujet de la politique internationale»

Le religieux dominicain est l'un de ceux qui ont accueilli Emmanuel Macron en visite à Mossoul, dans le nord de l'Irak. Il revient sur la signification de cette visite du président français et la dynamique de reconstruction du pays après les années noires de la guerre.

Olivier Bonnel-Cité du Vatican

Après sa participation à un sommet régional à Bagdad sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme, le 28 août, Emmanuel Macron s'est rendu dans le nord du pays le lendemain, en particulier à Mossoul. Pour la deuxième journée de son voyage en Irak, le président français est venu à la rencontre des différentes communautés dans cette ville, la deuxième du pays, qui porte encore les stigmates des destructions de l’Etat islamique. Mossoul avait été la capitale de l'autoproclamé Etat Islamique.

Rappeler l'engagement de la France

Emmanuel Macron a rappelé l’engagement de la France dans la reconstruction de Mossoul, en annonçant notamment l’ouverture prochaine d’un consulat ou la contribution de Paris à la reconstruction de l’aéroport. Parmi les temps forts de son étape, son passage à l’église Notre-Dame de l’Heure, au cœur de Mossoul, une église dominicaine en pleine renaissance après avoir été fortement détruite par Daesh. Lors d'une rencontre avec les évêques de toutes les composantes chrétiennes du pays, le chef de l'État français a salué le travail des communautés chrétiennes locales au service de l'éducation, de la santé et de la culture, au service de toutes les communautés. Un moment important pour le père dominicain Olivier Poquillon, basé à Mossoul et qui suit la reconstruction de cette église: 

«Le président n'est venu seulement visiter des ruines, des sites avec de belles images, il est venu rencontrer des gens. Il a pris du temps pour rencontrer les évêques des différentes confessions chrétiennes dans notre église. Notre église a beau être détruite, elle a de nouveau un toit et a retrouvé cette fonction de lieu d'accueil et de dialogue, elle est située au carrefour de deux principaux axes de la vieille ville. Le président français est venu écouter, non pas des doléances, mais des récits de l'engagement des chrétiens dans leur pays. Il est allé aussi rencontrer des jeunes, à la sortie de la grande mosquée, des jeunes avec lesquels nous sommes en lien, des chrétiens, musulmans, yézidies, turkmènes ou kurdes qui travaillent ensemble et ont lancé des initiatives. Je pense qu'il est très important que cette visite ne se soit pas limité au seul angle diplomatique, mais qu'elle permette au représentant de la France d'aller à la rencontre de la population».

Un effort commun pour stabiliser la région

Pour le dominicain, qui supervise notamment la reconstruction de Notre-Dame de l’Heure, grâce au soutien de l'Unesco, cette visite montre que les Mossouliotes, et l'Irak plus généralement, sont désormais tournés vers l'avenir, malgré les défis encore nombreux: «L'Irak était devenu un objet de la politique internationale, elle est maintenant redevenue un sujet. Pour la première fois depuis longtemps, à l'initiative de l'Irak, essaient de s'entendre pour stabiliser la région, au bénéfice de toute la population» souligne t-il.

«La visite d'Emmanuel Macron à Mossoul, deuxième ville d'Irak, a un impact très fort, poursuit le dominicain. Venir dans une ville aussi dévastée que Mossoul, en reconnaissant les progrès qui y ont été faits depuis deux ans encourage énormément les gens à revenir, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou yézidis. Les gens ne vont pas forcément revenir de l'étranger mais ceux qui sont là peuvent inverstir et commencer à faire des plans d'avenir».

Mossoul est en effet une ville-symbole, celle où fut ouvert le premier consulat de France et où s'établie la première mission pontificale en Mésopotamie. «C'est là que fut ouverte la première école de filles dans le pays, rappelle le frère Olivier Poquillon. L'Église catholique est au service de toutes les composantes chrétiennes, et a joué un rôle-clé dans l'accès des femmes à une éducation., et l'accès de tous à une éducation de qualité. Et le soutien de la France à cette dimension, l'éducation et la santé, est très important». 

Aux yeux du frère dominicain, cette visite présidentielle à Mossoul devrait contribuer à désenclaver le Nord de l'Irak et refaire du pays un acteur régional où les très nombreux jeunes du pays (40 % de la population irakienne a moins de 14 ans) aspirent à rebâtir ensemble l'avenir de leur pays. 

Entretien avec le frère Olivier Poquillon O.P
30 août 2021, 10:34