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Une électrice bulgare à Sofia lors du scrutin du 11 juillet dernier. Une électrice bulgare à Sofia lors du scrutin du 11 juillet dernier.  (AFP or licensors)

La Bulgarie, un pays fragilisé par les divisions de la classe politique

De nouvelles élections devront être organisées à l’automne pour tenter de définir une nouvelle majorité parlementaire, le leader du parti arrivé en tête lors des élections anticipées du 11 juillet dernier ayant renoncé à former un gouvernement.

Cyprien Viet - Cité du Vatican

La Bulgarie traverse une nouvelle crise politique. Les électeurs du pays le plus pauvre de l’Union européenne devront probablement retourner aux urnes cet automne pour la troisième fois en moins d’un an. Arrivé en tête des élections du 11 juillet dernier, le chanteur Slavi Trifonov, leader de la formation dégagiste "Un tel peuple existe" a renoncé à prendre la responsabilité d’une coalition gouvernementale.

Une absence d’alternative crédible

Alors que le parti de centre-droit de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov, au pouvoir de 2009 à 2021 (avec quelques intervalles) et le parti socialiste, pro-russe et héritier de l’ancien parti communiste, sont tous deux discrédités par des scandales de corruption, le caractère anti-institutionnel du parti de Slavi Trifonov suscite la perplexité quant à l’avenir politique de la Bulgarie.

Le leader populiste s’est mis à dos ses potentiels partenaires des autres partis de l’opposition en dénonçant leur attitude après les élections, et il appelle à un nouveau scrutin. Sans aucune expérience politique, ce personnage provocateur, humoriste, chanteur et animateur de télévision laisse planer le doute quant à sa réelle volonté de prendre d’accéder aux responsabilités. La prise en mains de son mouvement par des personnalités au profil plus lisse, dans un scénario comparable à l’effacement de l’humoriste Beppe Grillo dans l’évolution du mouvement Cinq Étoiles en Italie, est une hypothèse possible mais encore incertaine.

Un pays qui n’a pas su tirer parti de son intégration dans l’UE

L’intégration de la Bulgarie au sein de l’Union européenne, le 1er janvier 2007, est loin d’avoir porté les résultats espérés. Si la Roumanie voisine a su en tirer partie pour développer ses pôles urbains qui voient émerger une nouvelle classe moyenne, la Bulgarie demeure, elle, très en retrait, seule la capitale Sofia ayant montré quelques signaux de développement. Dans la majeure partie du pays, la corruption endémique continue à entraver la consolidation d’un réel État de droit, ce qui décourage les investisseurs et la population.

En conséquence de cette instabilité, le pays vit une fuite des cerveaux accélérée depuis son intégration dans l’Union européenne, avec un véritable effondrement démographique: si l’émigration et la faible natalité persistent, la population en 2035 pourrait passer sous le seuil des 5 millions d’habitants contre le double en 1990, à la fin du communisme.

Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans, revient sur cette nouvelle crise politique en Bulgarie et les perspectives incertaines qui se dessinent.

Entretien avec Jean-Arnault Dérens
19 août 2021, 16:11