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Partage d'un repas chez Fatiha, avec les bénévoles et responsables du Rocher de Marseille. Partage d'un repas chez Fatiha, avec les bénévoles et responsables du Rocher de Marseille.  

À Marseille, en mission dans les cités pour retrouver la fraternité

Quitter un appartement parisien pour les cités des quartiers nord marseillais. Il y a 3 ans, Camille et Geoffroy sont partis avec leurs trois enfants à Campagne-Lévêque, ensemble HLM, où seul un quart de la population dispose d'un emploi. Ils achèvent leur mission ce lundi 2 août, après trois riches années de service auprès des défavorisés par l’intermédiaire du Rocher, association catholique d’éducation populaire disposant de dix antennes en France.

Delphine Allaire - Marseille, France

Une expérience de la mission dans son propre pays, motivée entre autres par une volonté «de servir la France et l’Église aux périphéries». Et comme un écho aux appels du Saint-Père, la découverte de l’amitié et de la fraternité, derrière la crise sociale et identitaire de ces cités. 

Reportage à l'antenne marseillaise de l'association Le Rocher

Une trentaine de jeunes adolescents, enfants et mères de familles sur la piste de danse improvisée. C’est par un karaoké bon enfant et entraînant qu’on célèbre la venue de l’été au Rocher, qui a entre autres dispensé, chaque semaine, soutien scolaire et cours de français durant l’année écoulée. Parmi ses habitués, Fatiha, algérienne, la trentaine, arrivée en France avec mari et bébé il y a près de deux ans. Esseulée, sans connaissance de la langue, du quartier ou des personnes, elle s’est accrochée au Rocher comme à une porte d’entrée pour s’intégrer.

L'intégration par l'hospitalité 

«Une voisine m’a parlé de cette association qui proposait des cours de français gratuits, je n’ai pas raté l’occasion. Cela m’a permis de m’améliorer, prendre confiance en moi, oser parler avec les gens», confie cette mère de famille musulmane, ravie d’etre impliquée dans une association catholique. Elle considère que connaître l’autre revient à se connaître elle-même, «en mieux». À tel point que Fatiha serait prête à prendre modèle sur le Rocher pour fonder une association similaire en Algérie. «Le Rocher m’a donné la possibilité de découvrir la vraie France, comme société, manière de s’habiller, de se nourrir», résume-t-elle admirative.  

L’intégration à la vie de la cité, un défi qui se pose en d’autres termes pour les jeunes qui ont toujours grandi à l’abri des tours ocres de ces quartiers nord. Pour ceux qui fréquentent l’association, elle est une bouée de secours scolaire, sociale et familiale. Iman, bientôt 16 ans, redouble sa seconde, et nourrit quelques ambitions professionnelles qu’il sait indissociable de sa venue au Rocher, qu’il côtoie depuis le CE1, soit presque 10 ans. «J’avais des difficultés scolaires, ils m’ont proposé de l’aide aux devoirs. Ils sont comme ma deuxième famille car ils m’ont sorti du quartier. Grâce à eux, je vais en camping, en vacances. Ils ont une réelle hospitalité», explique celui qui aspire à devenir infirmier après le lycée. «Ils m’aideront à réussir, à faire les inscriptions», assure-t-il, reconnaissant envers Camille et Geoffroy, jeune couple à la tête de l’antenne depuis trois ans.  

Sortie du Rocher au Parc national des Calanques de Marseille.
Sortie du Rocher au Parc national des Calanques de Marseille.

La rencontre fait naître une joie permanente

Valeur d’exemple, modèle inspirant, leur dévouement fait l’unanimité parmi les bénéficiaires du Rocher. Et pour cause avec leurs trois enfants, ils ont fait le choix radical de l’humanitaire en quartier populaire. Une expérience loin d’être anodine pour leur vie de foi et de famille à laquelle les enseignements du Pape François ne sont pas étrangers.

«On a quitté un appartement parisien pour vivre dans une cité des quartiers nord. Pour notre couple et notre famille, l’on constate un vrai endurcissement du noyau familial. Une expérience forte qui nous a soudé. On ressent une sorte de joie permanente, déclenchée par la rencontre et la vie aux côtés des personnes pauvres qui nous entourent», relève Camille.

Voir la somme d'individualités

Par ailleurs, trois ans d’immersion quotidienne parmi les 3 000 habitants répartis dans les 806 logements de la Cité Campagne Lévêque ne laisse pas indemne sur le regard posé sur la société, et certains débats parfois bien politisés.

«Nous sommes sortis d’une vision macro, celle de cités violentes, tristes. Le Rocher nous a complètement fait changer de regard, nous faisant passer dans une vision micro avec sa somme d’individualités. Cela ne représente plus juste un gros bazar, mais telle famille, telle personne âgée. Nous venons voir ce qu’il y a de beau en chacun, et donc cela donne la somme des beautés de chacun», fait remarquer Camille, plus que jamais lucide sur les défis de ces quartiers: isolement, méfiance, crainte de l’autre parmi les habitants. La clef, conclut-elle est pourtant bien la rencontre, en témoignent les nouvelles amitiés créés avec des personnes dont ils ne partagent a priori «ni la même culture, ni la même religion». Ne pas attendre de savoir qui est notre prochain, mais se faire prochain de l’autre, semble être la méthode adoptée.

Cours de français à l'antenne marseillaise du Rocher.
Cours de français à l'antenne marseillaise du Rocher.

 

31 juillet 2021, 12:55