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Une infirmière manifeste à Caracas le 9 février 2021, une autre brandissant un dollar, soit le salaire pour deux semaines de travail Une infirmière manifeste à Caracas le 9 février 2021, une autre brandissant un dollar, soit le salaire pour deux semaines de travail  (AFP or licensors)

De l’abondance à la pénurie : la chute du Venezuela

Pénuries alimentaires, de médicaments, chômage, coupures de courant : le quotidien des Vénézuéliens est marqué depuis des années par des privations et une hyperinflation qui ruine l’économie et fait exploser la pauvreté. Le père Treccani est en mission dans le centre du Venezuela. Il témoigne de la vie difficile de ses paroissiens.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Le Venezuela manque de tout, ou presque. Pays riche il y a encore quelques décennies, doté de ressources naturelles abondantes, il souffre depuis plusieurs années d’une profonde crise économique doublée d’une crise politique. Pour l’aider dans l’urgence, l’ONU mobilise sept milliards de dollars à travers plus de deux cents projets à travers le pays. En 2020, près de cinq millions de personnes ont bénéficié de cette aide indispensable alors que la plupart d’entre eux ne survivent qu’avec que quelques dollars par mois, l’hyperinflation ayant dévasté l’économie.

C’est dans ce pays que vit depuis près de quarante ans le père Angelo Treccani, missionnaire suisse du diocèse de Lugano, dans le Tessin. Il vit dans la ville de El Socorro, dans l’État de Guárico, dans le centre du pays, loin des grandes villes. «Rien ne fonctionne plus, affirme-t-il. 80 % des familles ne mangent pas à leur faim. Quand quelqu’un est malade dans une famille, personne ne peut acheter les médicaments dont il a besoin. Moi, je suis assailli toute la journée par des gens qui veulent un médicament, qui me demandent une aide financière. La situation est vraiment indescriptible. On n’arrive pas à comprendre comment un pays en est arrivé là», s’interroge-t-il.

Un à deux dollars pour vivre chaque mois

Dans ce contexte, pas évident pour la population de trouver des moyens de subsistance : «Tout le monde cherche un peu à récupérer, à demander, à acheter quelque chose et à le revendre un peu plus cher. Qui travaille à un salaire qui n’a de salaire que le nom, d’un montant de 2-3-4 dollars par mois. Les enseignants gagnent 3-4 dollars par mois. Ici il n’y a plus d’école à aucun niveau», explique-t-il. Amer, il regrette que la solidarité s’efface devant ce qui est devenu une nécessité, profiter comme chacun peut pour survivre.

Le père Treccani aide la population dans la mesure de ses moyens. Il reçoit un peu d’aide du Tessin. Il possède également une ferme qui produit de la canne à sucre, du maïs, des bananes. Plutôt que de donner, le missionnaire suisse préfère partager ses connaissances : «On essaie d’éduquer les gens à produire des engrais, des herbicides naturels pour ne pas avoir besoin d’en acheter parce que de nombreux paysans, les plus petits, ne peuvent plus travailler parce qu’ils ne peuvent plus acheter les engrais chimiques, tout ce qui est si cher». Mais cette aide est limitée du fait que tout le monde en a besoin.

Dégradation de la situation

Les Vénézuéliens sont assez fatalistes, juge le père suisse. Mais certains ne se résignent pas et ont bien conscience que cette crise n’est pas due à Dieu mais aux hommes. Or, «le gouvernement parvient à convaincre beaucoup de monde que c’est la faute aux étrangers, aux États-Unis. Moi, raconte le père Treccani, quand je suis arrivé, personne ne mourait de faim. Il y avait de la pauvreté mais pas de misère. L’école fonctionnait assez bien, les hôpitaux avaient des médicaments, ils étaient gratuits», se souvient-il.

Entretien avec le père Treccani, missionnaire au Venezuela
29 juin 2021, 12:50