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L'annonce de la fin de Barkhane a fait la une des journaux au Mali L'annonce de la fin de Barkhane a fait la une des journaux au Mali  (AFP or licensors)

Barkhane, victoire militaire, défaite politique

Le président français Emmanuel Macron a annoncé jeudi 10 juin la fin prochaine de l’opération Barkhane au Sahel. Cela ne signifie pas l’arrêt de la lutte contre le terrorisme et le djihadisme de la part de la France mais un redéploiement qui sera long et complexe à mettre en œuvre.

Manuella Affejee et Xavier Sartre – Cité du Vatican

L’annonce du prochain retrait des forces françaises engagées au sein de l’opération Barkhane a créé la surprise, même si le gouvernement français cherchait le moyen de désengager ses troupes d’une guerre sans fin contre le terrorisme et le djihadisme alors que les États de la région peinent à trouver des solutions politiques aux problèmes qui alimentent les groupes armés de la région du Sahel.

«Ce départ de Barkhane va prendre du temps», précise Roland Marchal, chercheur au CNRS, basé à Sciences Po Paris, et ne s’achèvera que fin 2022 début 2023. Barkhane devrait ainsi muter avec d’une part, la montée en puissance d’une force européenne, ce qui semble «irréaliste» aux yeux du chercheur du CNRS et d’autre part, la formation des armées des pays de la région.

Pourquoi cette décision ?

Le contexte dans lequel évolue l’armée française a considérablement changé en quelques semaines. «On est tombé de Charybde en Scylla» explique Roland Marchal. Il y a d’abord eu la mort brutale d’Idriss Déby au Tchad - un des piliers de l’intervention française - puis un second coup d’État au Mali, une tentative en Guinée, une situation délicate au Niger. Partout, le rôle des militaires tend à s’accroitre note le chercheur, ce qui va à l’encontre de ce que les Français avaient envisagé.

Quand Emmanuel Macron arrive au pouvoir en 2017, il sait que l’opération Barkhane est vouée à une contradiction : «vaincre toutes les batailles et perdre la guerre». De plus, la présence militaire française coûte cher, et n’est portée que par les finances françaises, rappelle Roland Marchal qui pointe un autre élément. Les gouvernements locaux, les opinions publiques et les organisations de la société civile distinguent les groupes armés et sont prêts, quand ils ne le font pas déjà, à traiter avec eux alors que le gouvernement français reste sur une ligne dure et refuse tout pourparlers.

Aucune leçon tirée

Un des problèmes de ce retrait, c’est qu’aucune leçon n’est tirée de l’intervention de ces dernières années. Barkhane est née pour éliminer les djihadistes, pas pour négocier avec eux, souligne Roland Marchal. Or, ces groupes sont issus des populations locales, avec des agendas locaux ; «ce n’est pas l’État islamique en Syrie» insiste-t-il. «L’enjeu, c’est bien sûr la reconquête du territoire mais aussi la reconstruction d’une légitimité nationale».

Entretien avec Roland Marchal, chercheur au CNRS et à Sciences Po Paris
14 juin 2021, 13:09