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Affiches électorales à Téhéran, le 29 mai 2021 Affiches électorales à Téhéran, le 29 mai 2021  (AFP or licensors)

Une présidentielle iranienne sur fond de résignation populaire

Les Iraniens sont appelés aux urnes le 18 juin pour l’élection présidentielle. Après deux mandats du réformiste Hassan Rohani, l’heure semble à un retour des religieux conservateurs, mais la question de la légitimité du futur chef de l’État se pose dans un pays marqué par une profonde crise économique et sociale.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel - Cité du Vatican

La constitution iranienne empêche l’actuel président Hassan Rohani de briguer un troisième mandat consécutif. Élu depuis 2013, celui-ci représente le visage réformateur de la République islamique, souvent recadré par les éléments les plus conservateurs de la société, à commencer par le Guide suprême Ali Khamenei, garant de la préservation de l’esprit de la révolution islamique de 1979, qui est encore la clé de voute du système politique iranien.

Ces élections semblent marquer clairement une reprise en main des conservateurs, après les années Rohani, marquées par des révoltes sociales et démocratiques comme lors de l’hiver 2017-2018 et en novembre 2019, des mouvements sévèrement réprimés par la police.

 

Le Conseil des Gardiens de la révolution, un organe non élu mais qui supervise les élections a en effet écarté les candidats qui pouvaient faire de l’ombre aux mollahs, à commencer par l’ancien président du parlement Ari Larijani, un conservateur modéré qui faisait figure de favori.

Préserver la tutelle du religieux sur le politique

Ce dimanche 30 mai, le procureur général de Téhéran a mis en garde les sept candidats à la présidentielle de ne pas «dépasser les lignes rouges du système» lors de leurs discours de campagne. Une expression qui vise en fait à préserver le principe du «Vélayat-é faqih».

Forgé il y a plus de deux siècles et repris comme fer de lance de la révolution de l’ayatollah Khomenei, il affirme que le gouvernement n’est autre que celui de Dieu accordé par lui au prophète de l’islam et à ses imams. En d’autre termes il réaffirme la tutelle des religieux sur le politique.

Une grande lassitude des Iraniens

L’actuel favori est à présent Ibrahim Raïssi, un religieux conseiller du Guide suprême qui est également le chef de l’autorité judicaire en Iran. Une personnalité qui n’est pas inconnue puisqu’il avait affronté Hassan Rohani il y a quatre ans et avait recueilli 38 % des voix.

Mais derrière les rapports de forces politiques entre religieux conservateurs et réformistes plus modérés, partisans d’une ouverture avec l’Occident, se pose la question de la légitimité de cette élection dans un pays marqué par une profonde crise économique. Depuis trois ans en effet, le PIB s’est effondré de 5% par an, l’inflation a explosé, tout comme le chômage des jeunes. Le maintien des sanctions américaines et la pandémie de Covid-19 qui a fortement touché le pays, ont encore aggravé les conditions de vie de millions d’Iraniens.

La lassitude du peuple envers sa classe politique est forte et alors que la question de vivre dignement au quotidien est la priorité, le taux de participation pourrait être historiquement faible.

Thierry Coville chercheur à l’IRIS à Paris est spécialiste de l’Iran. Il revient sur les enjeux de ces élections entre malaise économique et sociale et luttes d’influence des ultraconservateurs.

Entretien avec Thierry Coville de l'IRIS

 

31 mai 2021, 08:58