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Manifestation du TLP à Lahore le 21 avril contre l'ambassadeur de France Manifestation du TLP à Lahore le 21 avril contre l'ambassadeur de France 

Le blasphème, pomme de discorde unificatrice du Pakistan

Des manifestations d’islamistes ont dominé l’actualité la semaine dernière au Pakistan. Ils réclamaient l’expulsion de l’ambassadeur de France à cause des propos d’Emmanuel Macron en faveur de la liberté de caricaturer. La question du blasphème, récurrente dans le pays, a ainsi rattrapé le gouvernement d’Imran Khan.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

L’ambassadeur de France au Pakistan ne rentrera pas à Paris précipitamment. L’Assemblée nationale pakistanaise a décidé vendredi 23 avril de reporter sine die le débat prévu sur l’opportunité de son expulsion, en représailles aux propos du président français qui avait défendu en octobre dernier, après l’assassinat du professeur Samuel Paty, le droit de caricaturer, notamment le Prophète.

 

Depuis l’automne dernier, le TLP, parti islamiste, met la pression sur le gouvernement pakistanais sur cette question. L’exécutif, dominé par le PTI du Premier ministre Imran Khan, n’a eu de cesse de temporiser. Face à une nouvelle vague de protestations violentes dans la rue, le parti au pouvoir a décidé de placer le débat au sein du Parlement.

Un élément fédérateur

Cette question du blasphème est «extrêmement importante au Pakistan», insiste Georges Lefeuvre, chercheur associé à l’Iris. Le pays a été créé sur «la théorie des deux nations», c’est-à-dire «la nation musulmane qui se sépare de la nation hindoue», précise-t-il, évoquant la partition de l’empire britannique des Indes en 1947. Or, «l’islam a toujours eu du mal à être le ferment de la nation», le Pakistan n’étant pas homogène du point de vue de la population, divisée en deux grands groupes, l’un à l’est de l’Indus, de culture indienne, l’autre à l’ouest du fleuve, de culture davantage iranienne. Dans ce contexte, outre la question du Cachemire agitée régulièrement pour souder le peuple, la loi sur le blasphème sert de facteur d’unité.

Sur cette question, Imran Khan se trouve débordé. Cet ancien joueur de cricket, considéré comme un jet-setteur, a toujours dû donner des gages aux conservateurs pour assurer sa présence dans l’arène politique. Ne pas considérer le mécontentement provoqué par les propos du président français eut été impossible du point de vue politique.

Mais la question aujourd’hui n’est plus tant le sort de l’ambassadeur de France, estime Georges Lefeuvre. «C’est une question beaucoup plus fondamentale» qui est posée: «comment vivre la modernité et assurer le respect de la sainteté du Prophète qui ne peut pas être insultée».

Entretien avec Georges Lefeuvre, spécialiste du Pakistan
27 avril 2021, 08:45