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Joe Biden au cimetière militaire d'Arlington, où sont enterrés les vétérans de la guerre en Afghanistan. Joe Biden au cimetière militaire d'Arlington, où sont enterrés les vétérans de la guerre en Afghanistan.   (AFP or licensors)

Le retrait américain d'Afghanistan, une cruelle défaite stratégique

D'ici le 11 septembre, les derniers soldats américains déployés en Afghanistan seront rapatriés aux Etats-Unis. Un désengagement alors que la promesse de chasser les talibans du pays et d'instaurer la démocratie s'est avérée in échec cuisant pour les occidentaux, Washington en tête. L'analyse de Gilles Dorronsoro, spécialiste de l'Afghanistan à la Sorbonne.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel-Cité du Vatican

C’est une page qui se tourne pour l’Afghanistan : le 14 avril dernier, le président américain Joe Biden a annoncé le retrait définitif des dernières troupes américaines dans le pays d’ici la date symbolique du 11 septembre. 2 500 soldats américains sont encore déployés dans le pays. Ce retrait signe la fin de vingt années de guerre pour les Etats-Unis, la « guerre la plus longue de l’Amérique », a précisé le locataire de la Maison Blanche.

Engagés aux lendemain des attentats du 11 septembre 2001 pour chasser les talibans qui avaient accueilli Oussama Ben Laden, les Américains ont été épaulés par une coalition internationale, sous commandement de l’OTAN jusqu'à la fin de l'année 2014. Au plus fort de leur présence, dans les années 2010-2011, plus de 100 000 GI's étaient déployés sur le terrain.

Un désengagement progressif

Face à ce théatre de guerre qui est devenu un véritable bourbier pour l'armée américaine (plus de 2 000 soldats tués et des dizaines de milliers mutilés), Washington a, dès le second mandat de Barak Obama, amorcé une réduction de ses troupes sur le terrain.

Dans la foulée de Washington, les Allemands et les Britanniques ont annoncé qu’ils rapatriaient leurs troupes restantes ces prochains mois. «Nous allons avoir les moyens de voir s'il y a une résurgence, une réémergence de la menace terroriste depuis l'Afghanistan» a tenu à rassurer le Secrétaire d'Etat américain Anthony Blinken quelques jours après l'annonce de Joe Biden.

La résurgence talibane

L’Afghanistan est aujourd’hui un pays en passe d’être livré à lui-même, alors que la menace des talibans n’a jamais été aussi forte. La promesse des occidentaux de stabiliser le pays s'est soldée par un échec et malgré les négociations politiques entre leaders talibans et Américains à Doha, la violence n'a guère baissé sur le terrain.

Ce retrait américain et occidental en général est ainsi à voir comme un échec stratégique cuisant, selon Gilles Dorronsoro, spécialiste de l’Afghanistan, professeur de Sciences Politiques à l’Université Paris-1 Sorbonne. Il est l'auteur de l'ouvrage Le gouvernement transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite paru récemment aux éditions Karthala.

Entretien avec le professeur Gilles Dorronsoro

 

 

18 avril 2021, 20:48