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Soldats ukrainiens sur la ligne de front dans la région de Donetsk, le 16 février 2021. Soldats ukrainiens sur la ligne de front dans la région de Donetsk, le 16 février 2021.  (AFP or licensors)

Ukraine: le cessez-le feu fragilisé

Après plusieurs mois d’accalmie, l’Est de l’Ukraine connaît une nouvelle flambée de violences. L’armée a annoncé, ce jeudi 11 mars 2021, la mort d’un soldat ukrainien, dans le Donbass. La trêve est menacée.

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

Depuis la mi-février, 9 militaires ukrainiens ont été tués sur la ligne de front et les séparatistes ont annoncé la mort de trois combattants, vendredi dernier. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé mardi à la tenue d’un nouveau sommet du format dit «Normandie» avec la France, la Russie et l'Allemagne pour apaiser les tensions avec les séparatistes prorusses.

Le cessez-le-feu, conclu en juillet dernier, entre l’Ukraine, la Russie et les négociateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), apparaît de plus en plus fragile, relève Ioulia Shukan, maître de conférences à l'Université Paris Nanterre.

Aucune sortie de crise politique

Les affrontements ont eu lieu six ans après les accords de Minsk, signés le 12 février 2015 entre Kiev et Moscou, sous médiation de la France et de l’Allemagne, et un peu plus d’un an après le sommet du format dit «Normandie» qui s’est tenu à Paris en décembre 2019.

Depuis cette rencontre dans la capitale française, «il n’y a eu aucune avancée en terme de résolution politique des accords de paix de Minsk», observe Ioulia Shukan, alors que «la Russie attendait des changements rapides suite à l’élection de Volodymyr Zelensky, qui était perçu comme radicalement opposé à son prédécesseur Petro Porochenko et plus disposé à faire des concessions».

 

Les États-Unis, acteur important

La guerre du Donbass, initiée en 2014, se déroule loin des projecteurs médiatiques. Ce conflit larvé qui oppose des séparatistes, soutenus par la Russie, à l'armée ukrainienne a déjà fait quelque 13.000 morts. Les perspectives de paix demeurent incertaines et, faute d’évolution, «les relations entre Kiev et Moscou sont en train de se dégrader».

Suite au nouveau regain de violences, les États-Unis et plusieurs pays européens ont accusé la Russie de bloquer toute solution à cette guerre. Washington a appelé Moscou, depuis la tribune des Nations unies, à «retirer ses forces d'Ukraine, et à cesser de soutenir» les séparatistes. Impliquer les États-Unis dans les négociations, «élargir le format Normandie» à la nouvelle administration américaine est une option privilégiée par Volodymyr Zelensky et, en Ukraine, certains voient dans cet engagement américain une possibilité de sortie de crise, note Ioulia Shukan.

À la guerre s’ajoute la pandémie

La pandémie de coronavirus a renforcé la vulnérabilité des populations de cette région de l’Est de l’Ukraine menacées par les tirs mais aussi la présence de mines, souligne la chercheuse de l'Université Paris Nanterre.

En raison de la guerre, «les infrastructures sont endommagées et de nombreuses habitations n’ont accès ni à l’eau ni à l’électricité». Le chômage est endémique. «Les problèmes sociaux économiques ne cessent donc de s’accumuler».

Entretien avec Ioulia Shukan, maître de conférences à l'Université Paris Nanterre
12 mars 2021, 11:07