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Village de Misfat al-Abriyeen à Oman, nouvelle destination touristique Village de Misfat al-Abriyeen à Oman, nouvelle destination touristique  (AFP or licensors)

Oman, entre continuité et réformes

Voilà un peu plus d'un an disparaissait le sultan Qabous, à la tête d’Oman pendant près d’un demi-siècle. Entre continuité et réformes, le successeur qu’il s’était choisi, le sultan Haitham, doit affronter une double épreuve depuis son accession au pouvoir: la baisse des cours du baril de pétrole et la pandémie de Covid-19.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Pendant cinquante ans, le sultan Qabous a maintenu de bonnes relations avec ses voisins, aussi bien arabes qu'iraniens. Une remise en cause de cette position d'intermédiaire n'est pas à l'ordre du jour. En matière de diplomatie, le sultan Haithman a choisi de préserver cet équilibre dans une région où les blocs sunnite et chiite s'affrontent notamment au Yémen.

«Le sultanat d'Oman maintient de très bonnes relations avec l'Iran avec qui il partage le détroit d'Ormuz», explique Sebastian Castelier, journaliste, spécialiste des pays du Golfe. «Ses relations sont dictées par des intérêts politiques, géographiques et économiques», sans compter la dette qu'Oman a contractée envers l'Iran lors de la guerre du Dhofar (1964-1976) lors de laquelle Mascate a reçu l'aide de Téhéran.

Le maintien de cette ligne diplomatique favorable à de bonnes relations avec l'ensemble des voisins est actuellement «très discutée», confie le journaliste mais ne devrait guère évoluer selon lui et l'ensemble des analystes de la région.

L'économie, cœur des réformes

Si le nouveau pouvoir maintient le statu quo diplomatique, il est à l'heure des choix en matière économique. «Le sultanat d'Oman, avant la pandémie, avait déjà des difficultés économiques. Elles sont apparues avec la chute des cours du pétrole en 2014», rappelle Sebastian Castelier.

Depuis son arrivée sur le trône en janvier 2020, le sultan Haithman a «une volonté d'aller de l'avant qui n'était pas forcément le cas sous sultan Qabous. Le nouveau sultan veut mener des réformes économiques qui étaient impensables pour bon nombre d'entre elles du temps de son prédécesseur. On parle d'une réduction des dépenses publiques, d'une réorganisation des salaires et notamment de ceux des hauts-fonctionnaires et surtout d'une rationalisation de l'administration publique», décrit le journaliste.

Le transfert du contrôle des entreprises publiques au fonds souverain omanais participe de cette politique de modernisation, tout comme la baisse des subventions pour l'eau et l'électricité et la création d'un impôt sur le revenu.

Soutien de la population

Sultan Haithman bénéficie du fait d'avoir été choisi par sultan Qabous, très respecté par l'ensemble de la population. Les activistes politiques ne réclament pas tant une liberté d'expression «à l'européenne» qu'une représentation politique. Ils réclament que Majlis ach-Choura, l'assemblée créée par sultan Qabous devienne une véritable chambre parlementaire. Ils aimeraient ainsi que le sultan actuel établisse «un dialogue plus important avec la population», décrypte Sebastian Castelier.

«Le principal défi auquel fait face le sultanat d'Oman c'est celui de se réinventer», explique-t-il. Cela passe par la réforme de la dépense publique et davantage de confiance au secteur privé, ce qui a de nombreuses conséquences, comme «amener les Omanais à regarder le travail différemment, à être plus créatifs, et donc à réformer le système scolaire».

«Sultan Qabous a été le monarque qui a développé Oman grâce à la rente pétrolière, conclut Sebastian Castelier, ultan Haithman sera le monarque qui aidera Oman à mener la transition vers le futur», sans cette manne. 

Entretien avec Sebastian Castelier, journaliste spécialiste des pays du Golfe

 

09 mars 2021, 11:41