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Commémoration des 85 ans de l'Holodomor, l'extermination par la famine du peuple ukrainien sur volonté de Joseph Staline, le 24 novembre 2018. Commémoration des 85 ans de l'Holodomor, l'extermination par la famine du peuple ukrainien sur volonté de Joseph Staline, le 24 novembre 2018.  (AFP or licensors)

Ukraine: les gréco-catholiques invités à faire mémoire de l’Holodomor

Sa Béatitude Sviatoslav Chevtchouk, chef de l'Église gréco-catholique ukrainienne, a appelé les fidèles à soutenir la construction du Mémorial de l'Holodomor à Kiev, un musée destiné à commémorer l'extermination par la famine des Ukrainiens par le régime soviétique de Staline.

«Chérissez la mémoire des victimes de l'Holodomor dans vos communautés». En marge de la présentation du rapport sur l'activité annuelle menée dans les structures éparchiques de l'Église gréco-catholique ukrainienne, Sa Béatitude Sviatoslav Chevtchouk a appelé «toutes les paroisses, les prêtres et les fidèles» de son Église à soutenir la construction du mémorial du Holodomor à Kiev par leurs dons. «Cette contribution sera un signe clair d'amour pour notre peuple et notre terre natale».

Si le Primat des gréco-catholiques d’Ukraine en appelle à chacun, il a adressé une demande particulière au clergé afin qu’il s’évertue à «préserver la mémoire de notre passé, afin que dans notre avenir les erreurs de l'humanité ne se répètent pas et que les larmes des personnes affamées, impuissantes et assoiffées ne soient pas versées».

Il les invite à faire connaître cette page du passé ukrainien et l’existence de ce Mémorial dédié aux victimes par tous les moyens «dans les églises, sur Internet, sur les réseaux sociaux et par messageries» car, «ce sera un lieu spécial de souvenir, de prière et de vérité».

Extermination par la faim des populations ukrainiennes

L’Holodomor, un terme qui signifie en ukrainien «extermination par la faim», est un évènement peu connu en Occident, mais qui demeure un immense traumatisme pour la population ukrainienne contemporaine.

Selon des estimations divergentes, on estime qu’entre 2,6 et 5 millions de personnes auraient péri entre 1932 et 1933 en raison de la famine provoquée par le régime soviétique. Certains avancent même des chiffres supérieurs, en incluant notamment les exécutions liées aux peines de morts prononcées dans le cadre du processus de «dékoulakisation», c’est-à-dire contre les propriétaires terriens, appelés les «koulaks». Cette répression massive avait été orchestrée par Staline dans le cadre d'une politique industrialiste, qui contraignait les paysans à une augmentation irréaliste des rendements, afin de financer l'importation de machines par l'exportation de céréales.

Les phénomènes de mortalité massive avaient été observés dans d’autres régions de l’URSS, mais les taux de mortalité particulièrement élevés observés en Ukraine (jusqu’à + 600% de mortalité dans les zones rurales en juin 1933 par rapport à juin 1932) apparentent selon certains historiens ce phénomène à un génocide.

Une question de mémoire politisée

À ce jour, une vingtaine de pays, parmi lesquels les États-Unis, reconnaissent officiellement la qualification de génocide pour l’Holodomor. La Russie, elle, refuse d’assimiler l’Holodomor à un génocide, mais relativise cet évènement en l'intégrant aux troubles et aux pénuries qui avaient secoué l’URSS au début des années 1930.

La construction d’un complexe en mémoire de cette page de l’histoire ukrainienne avait été lancée en 2006, une place avait été inaugurée, une statue érigée, mais les travaux ont été suspendu en 2010 après l’élection de Viktor Ianoukovytch, qui mena une politique russophile.

Cette divergence mémorielle sur la question de l’Holodomor reste une pierre d’achoppement et une blessure profonde dans la relation entre l’Ukraine et la Russie, alors que le conflit entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes continue à s’enliser depuis l’hiver 2013-2014. À son arrivée en 2014, le président Petro Porochenko, europhile, devait conduire la guerre à l’Est, mais il n’oublia pas le projet de mémorial à Kiev. En 2016, les travaux d’ailleurs reprirent. Ils progressent néanmoins très doucement, ce qui explique l’appel aux dons lancé notamment par le Primat de l’Église gréco-catholique d’Ukraine la semaine passée. Selon lui, les dons de chacun se transformeront «en grains de vérité» qui contribueront à faire sortir de l'oubli une personne spécifique qui est morte pendant le terrible génocide. La plateforme sur laquelle il est possible de faire un don s’appelle d’ailleurs ainsi, The Grain of Truth.

Le futur musée ne se contentera pas de recueillir des informations sur les victimes de l'Holodomor mais deviendra un centre de recherche, un centre de souvenir et de prière.

Les pensées du Pape François

Le 26 novembre 2017, à l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François avait exprimé un salut particulier pour les membres de la communauté ukrainienne, commémorant «la tragédie de l’Holodomor, la mort par famine provoquée par le régime stalinien, avec des millions de victimes», selon ses propres mots. Le Pape avait également fait allusion à la guerre dans l'Est du pays, offrant ses prières pour l’Ukraine: «Je prie pour l’Ukraine, pour que le pouvoir de la foi puisse contribuer à guérir les blessures du passé et à promouvoir des chemins de paix».

 

24 février 2021, 15:34