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Une jeune fille albinos dans le district de Machinga, le 17 avril 2015. Une jeune fille albinos dans le district de Machinga, le 17 avril 2015.  (AFP or licensors)

Au Malawi, l’Église se mobilise pour les albinos

Au sud du pays, le diocèse de Zomba a lancé un plan de deux ans pour sensibiliser à cette maladie génétique qui toucherait jusque 10 000 personnes dans le pays. Au Malawi, la vie des personnes albinos est en danger, leurs os et peau blanche faisant encore aujourd'hui l'objet d'un trafic macabre.

Marie Duhamel - Cité du Vatican

Dans le diocèse de Zomba, au sud du Malawi, un plan d’action de deux ans a été mis en place par la Commission Justice et paix. Elle distribue, grâce à un financement de l'Union européenne, des bicyclettes à certains représentants des groupes défendant les droits communautaires dans les districts de Zomba et Machinga, afin qu’ils puissent sensibiliser sur cette maladie mais aussi se rendre plus facilement auprès des chefs locaux pour des missions de plaidoyers ou encore des personnes albinos elles-mêmes pour les soutenir et les protéger sans compromis, de manière entière et durable.

Confinement et accès aux soins


Dans ce pays d'Afrique anglophone, entre 7 000 et 10 000 personnes sont en danger de mort car atteintes d’albinisme, une maladie génétique rare et non contagieuse qui se manifeste dès la naissance et qui entraîne une absence de pigmentation des yeux, de la peau et des cheveux.

Le déficit de production de mélanine provoque une photophobie qui augmente la prévalence de cancer de la peau. À peine 2 % des personnes atteintes d’albinisme vivent au-delà de 40 ans sur le continent africain, selon des chiffres publiés par Jeune Afrique. En juin dernier, dans un rapport publié à la veille de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, Amnesty international s’inquiétait d’ailleurs de la difficulté pour les personnes albinos d’accéder aux établissements de santé pour le dépistage et le traitement des cancers de la peau en raison des mesures de confinement liées à la pandémie de Covid-19, mais aussi de recevoir des soins lorsqu’elles souffrent de troubles de la vue ou d’acheter de la crème solaire, qu’il n’est pas facile de se procurer, en particulier en zone rurale.

Enlèvements et sorcellerie

Autre problématique renforcée à cause des restrictions de déplacement mises en place. Les personnes albinos se retrouvent isolées, souvent à proximité de potentiels bourreaux.

Les enfants qui sont en général scolarisés dans des établissements spécialisés pour personnes aveugles, sont parfois enlevés ou même vendus par leurs proches. Jeunes ou adultes, les personnes albinos peuvent faire l’objet d’une véritable chasse à l’homme au Malawi, être assassinés ou mutilés, car la rumeur prête des pouvoirs surnaturels à leur peau blanche et à leurs os, l’objet d’un trafic macabre car ils apporteraient, selon des guérisseurs, bonheur et richesse. «Même après le décès, les sépultures des albinos sont profanées» écrit Amnesty international.

Des pas en avant

En 2016, un encadrement des pratiques des sorciers et guérisseurs a été décrété par les autorités après 65 attaques en un peu plus d’un an. Le Code pénal a également été modifié imposant désormais des peines plus sévères à ceux qui s’en prennent à eux. Mais selon l’Association des personnes albinos (Apam), il y aurait eu, depuis 2014, un total de 148 cas de violences dirigées contre ces personnes, dont 22 meurtres. Seuls 44 de ces cas auraient fait l’objet d’une enquête judiciaire qui, selon l'Apam, s'est conclue dans 90% des cas par un non-lieu ou un acquittement.

Un tournant aurait néanmoins été pris en 2019. Quatre personnes ont été condamnées à mort en trois mois pour le meurtre d’un albinos. Des peines commuées en détention à perpétuité.

 

30 janvier 2021, 15:14