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Des supporters du président sortant Faustin-Archange Touadéra arrivent au stade de Bangui pour un meeting électoral, le 19 décembre 2020. Des supporters du président sortant Faustin-Archange Touadéra arrivent au stade de Bangui pour un meeting électoral, le 19 décembre 2020.  (AFP or licensors)

Les évêques centrafricains appellent à la paix avant les élections

Les élections de ce dimanche 27 décembre seront une étape importante pour la consolidation d’un processus démocratique en République centrafricaine, mais la campagne électorale a aussi réveillé des fractures profondes dans la société et font craindre une recrudescence des violences.

Dans un message daté du samedi 19 décembre, les évêques centrafricains s’alarment du risque de violence qui entoure ce scrutin. Ils reprennent les mots du Pape François dans son homélie lors de la messe qu’il avait célébré à la Cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée Conception à Bangui, le 29 novembre 2015. «Déposez ces instruments de mort ; armez-vous plutôt de la justice, de l’amour et de la miséricorde, vrais gages de paix», avait lancé le Pape aux responsables politiques et aux jeunes tentés de s’engager dans des milices.

«Aujourd’hui, c’est en messagers de paix et d’espérance que nous nous adressons à vous tous, chers frères et sœurs, autorités politiques, civiles et militaires, leaders et membres de groupes armés, femmes et hommes de bonne volonté», écrivent les évêques, qui remarquent que «la situation sécuritaire se dégrade de plus en plus à l’intérieur du pays», et que certains candidats n’ont pas pu rejoindre leur circonscription.

«Le mouvement des hommes armés sur le corridor Bossembélé-Bossemptélé présente des risques d’asphyxie économique de la capitale Bangui et par conséquent de tout le pays. La présence de ces hommes et leurs attaques induisent un sentiment de grande peur au sein de la population à Bossangoa, Yaloké, Kaga-Bandoro, Bossembele, Bossemptélé, Boganagone, Mbaïki. De plus en plus de personnes affluent de l’intérieur du pays vers Bangui, désormais plongée dans la psychose d’une éventuelle attaque armée», détaillent les évêques.

Dénonciation d’un risque de coup d’État

Ils interpellent donc de façon très directe ceux qui voudront bien lire leur message : «À quoi mènent toutes ces agitations: créer des troubles dans le pays? Perturber le processus électoral en cours? Prendre le pouvoir par les armes? Verser le sang innocent du peuple centrafricain? Détruire le peu qui a été reconstruit? Chers sœurs et frères, s’agit-il déjà de la «guerre par procuration» franco-russe en Centrafrique annoncée depuis le mois d’octobre 2020 par le rapport de l’ONG américaine The Sentry, spécialisée dans les enquêtes sur les criminels de guerre et la corruption en Afrique et codirigée par l’acteur George Clooney?»

Tout en rappelant que l’Église soutient le processus démocratique, les évêques condamnent «toute alliance politico-militaire visant à déstabiliser le système démocratique, à paralyser la vie socio-politique et économique et à nuire à la paix et au bien-être du peuple centrafricain. Nous dénonçons avec véhémence toute “bataille d’infuence” visant à protéger et à accroitre “les intérêts géostratégiques et économiques” des grandes puissances au détriment du peuple centrafricain.» Ils pointent ouvertement le risque de coup d’État.

Consolider la démocratie et le développement

Les évêques lancent enfin des invitations précises à plusieurs catégories de la population.

Le Gouvernement est ainsi invité «à mettre en œuvre le Plan intégré de sécurité des élections signé le 2 octobre 2020 à Bangui en franche collaboration avec la Minusca» et «à privilégier le dialogue et le consensus national dans le strict respect de l’ordre constitutionnel». Les hommes politiques dans leur ensemble doivent veiller «à faciliter le bon déroulement du processus électoral dans l’intérêt du peuple centrafricain».

Les groupes armés doivent s’engager «à déposer les armes, à renoncer à tout acte de violence contre les populations civiles et les candidats aux élections présidentielles et législatives, et à la prise de pouvoir par la force».

Les parrains et marraines des groupes armés sont invités «à laisser respirer le peuple centrafricain. Au lieu de nous donner des instruments de mort et de nous apprendre à faire le mal, financez plutôt des écoles agricoles, techniques, vocationnelles où les jeunes se formeront pour contribuer plus humainement à la reconstruction de notre nation», supplient les évêques.

Garantir la stabilité sécuritaire

Sur le plan du droit international, les évêques appellent les garants de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en RCA (L’Union Africaine et la Communauté Économique des États d’Afrique Centrale) «à faire appliquer les régimes de sanctions prévues par les dispositions de l’article 35 dudit Accord». Pour sa part, la Minusca (la mission des Nations Unies en Centrafrique) est invitée «à mettre en application le nouveau mandat approuvé le 12 novembre 2020 par la Résolution 2552, notamment les numéros 31a qui exige la protection efficace et dynamique des civils se trouvant sur des menaces de violences et 31c qui donne mission “d’appuyer les autorités de la République Centrafricaine dans la préparation et l’organisation d’élections présidentielles, législatives et locales pacifiques en 2020 et 2021”».

Les jeunes doivent refuser de se faire «enrôler dans des groupes armés pour être des chairs à canon. Soyez plutôt des acteurs de paix et de développement», exhortent les évêques. Les femmes sont invitées «à faire entendre encore votre voix de mères dans un contexte de crise, appeler vos filles et fils à la raison. Continuez à être des éducatrices et promotrices de la non-violence dans vos différents milieux de vie.»

Enfin les communautés chrétiennes sont invitées à «veiller et prier pour la paix». «Que la Vierge Marie, Mère du Prince de la Paix, nous protège de tout mal et conduise nos pas sur le chemin de la paix», concluent les évêques de Centrafrique.

21 décembre 2020, 16:23