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Une femme sur un marché alimentaire à Lagos la capitale du Nigeria, le 4 mai 2020. Une femme sur un marché alimentaire à Lagos la capitale du Nigeria, le 4 mai 2020. 

Crises sécuritaire et sanitaire plongent l’Afrique de l’Ouest dans la faim

Dans un rapport partagé jeudi 3 décembre, les experts du Réseau de Prévention des Crises alimentaires (RPCA) et du club Sahel de l’OCDE alertent : l’Afrique de l’Ouest connaît une grave crise alimentaire, plus de 17 millions de personnes ont actuellement besoin d’une aide alimentaire d’urgence.

Marine Henriot - Cité du Vatican

Alors que le monde entier est saisi par une crise sanitaire, l’Afrique de l’Ouest, plus épargnée par la Covid-19 en nombre de morts, traverse elle «la plus grave crise alimentaire de ces dernières décennies», selon le RPCA et le club du Sahel de l’OCDE. Les chiffres publiés jeudi 3 décembre sont effrayants: dans les 15 pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, 16,7 millions de personnes se trouvent en situation de crise alimentaire aiguë. Aujourd’hui, près de 2,5 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le Sahel souffrent de malnutrition aiguë. 

Une situation qui risque d’empirer si des mesures rapides ne sont pas prises, alertent les experts: d’ici six mois près de 24 millions de personnes devraient souffrir de la faim, alors que la région traversera la période de soudure de l’été 2021, lorsque le grain de la saison précédente vient à manquer et celui de la saison prochaine n’a pas encore poussé.  

Première cause : l’insécurité

La crise est protéiforme : sécuritaire, alimentaire, sanitaire, accompagnée d’une menace acridienne (invasion de criquets), chaque crise amplifiant l’autre. Dans les régions où règne l’insécurité, comme le bassin du lac Tchad, la région de Liptako-Gourma (aux confins du Mali, Burkina Faso et Niger) et le nord-ouest du Nigeria, les budgets des Etats sont sous pression: les gouvernements doivent faire un choix entre allouer les ressources étatiques à la sécurité ou au développement et à l’aide alimentaire. 

Dans ces régions, le jihadisme crée des milliers de déplacés. Ces personnes ont abandonné leur mode de vie, quelques fois leur maigre bétail ou cultures et se retrouvent ainsi sans moyens de subsistance. «Le jihadisme a créé quatre millions de déplacés et cela ne fait qu'augmenter, les zones d'attaques armées augmentent chaque jour», a indiqué à l'AFP Sy Martial Traore, responsable de la sécurité alimentaire pour le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILLS). Rien qu’au Nigeria, pourtant la première puissance économique du continent africain, plus de 9 millions de personnes ne mangent pas quotidiennement à leur faim, sur une population de 195 millions. Ils sont actuellement 2 millions dans le Burkina Faso voisin à souffrir de la faim. 

Par ailleurs, dans ces zones frappées par l’insécurité et les colonnes jihadistes, l’insécurité et le danger compliquent le travail des ONG sur place et la coordination indispensable entre tous les acteurs pour venir en aide à la population.

Les conséquences de la crise sanitaire mondiale

Crise phare de l’année 2020, la pandémie de la Covid-19 touche le continent africain d’une manière singulière. Plutôt épargnée en termes de mortalité, l’Afrique est frappée de plein fouet par les conséquences des quarantaines et des fermetures imposées dans le monde entier. Pour ces pays exportateurs de quelques matières premières et importateurs de produits transformés, les chaînes d'approvisionnement ont été bousculées. Par exemple, le riz importé d’Inde ou de Thaïlande s’est raréfié et les prix du céréale ont augmenté de plus de 30% au Nigeria. 

Jusque sur les marchés locaux, des produits viennent à manquer et des étals ont dû être fermés pour éviter les rassemblements, réduisant les moyens d’existence souterrains et de subsistance d’une partie de la population. Le couvre-feu a également eu un impact négatif sur l’économie informelle, qui emploie plus de 80% de la population en Afrique de l’Ouest. A cause de la fermeture des aéroports et des frontières, les transports intérieurs au sein de la région ont été réduits voire bloqués, rendant difficile l’acheminement de l’aide humanitaire. 

Ajouté à cela, une menace acridienne grandissante à cause du réchauffement climatique. 

Les solutions des Etats 

Sur son site internet, le RPCA met en valeur les réponses apportées par certains pays, comme un appui de 12,2 millions d’euros au Mali pour développer les filières agricoles locales. Au Burkina Faso, des «boutiques témoins» essaiment dans le pays, les personnes vulnérables peuvent s’y procurer des céréales à prix subventionnés, 6 000 francs CFA par sac de 50 kg. A terme, 150 échoppes de ce type doivent ouvrir dans le pays, vendant 10 tonnes de céréales par semaine. 

A l’occasion de la Journée mondiale pour l’alimentation le 16 octobre dernier, aux membres de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Pape François rappelait que «la faim n’est pas seulement une tragédie mais une honte».

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04 décembre 2020, 12:59