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Des membres de l'armée libanaise travaillent pour le déblaiement des ruines du port de Beyrouth, le 31 août 2020. Des membres de l'armée libanaise travaillent pour le déblaiement des ruines du port de Beyrouth, le 31 août 2020. 

Le Liban à la croisée des chemins

Alors que le président français Emmanuel Macron est arrivé hier soir au Liban pour une nouvelle visite, près d’un mois après la catastrophe du port de Beyrouth, le discours des principales figures politiques prend une nouvelle tonalité. Dimanche soir en effet, le président libanais Michel Aoun a appelé à ce que le pays du Cèdre soit un État «civil», pour en finir avec le confessionnalisme.

Olivier Bonnel et Cyprien Viet – Cité du Vatican

«Je suis convaincu que seul un Etat civil est capable de protéger le pluralisme, de le préserver en le transformant en unité réelle. Je demande que le Liban soit déclaré Etat civil.» C’est dans un discours pré-enregistré à la télévision nationale, à l'occasion du centenaire de l’État du Grand-Liban (qui fut sous mandat français jusque 1943 avant de prendre sa pleine indépendance) que Michel Aoun a fait part de ses volontés de changement.

Un débat d’interprétation juridique a émergé sur ses propos, car le terme employé en arabe a deux traductions possibles en français: «laïc » ou «civil». Un concept de laïcité sur un modèle occidental semble irréaliste pour un pays oriental structuré par les traditions religieuses qui sont au cœur de l’identité et de l’unité de la nation, et qui doivent être absolument préservées. À travers ses paroles, le président libanais en appelle clairement à la fin du confessionalisme qui répartit les postes stratégiques entre chrétiens maronites et musulmans sunnites et chiites sur un système de quotas. Établi dans une logique d’équilibre, ce système a eu aussi l’effet négatif de situer trop souvent les responsables politiques dans une logique de défense des intérêts de leur communauté ou de leur clan, et non dans une dynamique de service du Bien commun.

Pour envisager ce nouveau Liban, Michel Aoun s’est engagé « à appeler au dialogue les autorités spirituelles et les dirigeants politiques afin d'arriver à une formule acceptable par tous ». Le thème de la «neutralité libanaise» a notamment été au centre ces dernières semaines des interventions du patriarche maronite, le cardinal Bechara Rai, inquiet des risques de déstabilisation du Liban par des ingérences extérieures qui ont déjà eu des conséquences dramatiques au cours des décennies écoulées.

Les déclarations du président Aoun à Radio Vatican en 2017

Cette intervention du chef de l’État libanais semble marquer un nouvel axe politique mais il avait déjà développé cette réflexion au début de son mandat. En effet, en visite à Rome le 16 mars 2017, après avoir rencontré le Pape François, il avait abordé ce thème dans un entretien aux sections arabophone et francophone de Radio Vatican.

Outre le besoin de soutien international dont le Pays du Cèdre avait déjà besoin, Michel Aoun avait appelé au dialogue politique et il avait évoqué sa participation à un séminaire de l’université Al-Azhar au Caire contre la violence au nom de Dieu, afin de promouvoir le concept de citoyenneté. «Il faut trouver un système, une juridiction qui convienne pour l’abolition du système confessionnel au pouvoir. Ce sera dans une ambiance laïque à ce moment-là», avait déclaré le président Aoun. «Les particularismes seraient, dans cette situation, pratiqués en privé, mais pas au pouvoir. Le pouvoir doit se baser sur une législation moderne et relative aux sociétés modernes, et non pas sur une législation religieuse», insistait-il

«S’il y a un changement, ce sera d’une façon évolutive, mais en gardant toujours la stabilité du pays, avec un consensus national.» «Il y a toujours dans cette société une lutte entre les avant-gardistes et ceux qui sont très conservateurs, c’est ça le problème. Mais on doit évoluer», avait alors confié le président Aoun, en évoquant aussi ses rencontres avec Benoît XVI et François et l’importance des Papes comme «référence spirituelle» pour toute la société libanaise.

Répondre aux aspirations de la jeunesse

Lors de sa visite après l’explosion de Beyrouth, Emmanuel Macron avait pointé les « contraintes d’un système confessionnel » qui empêchait le pays de se réformer. Son retour ce soir dans le pays semble accélérer les choses.

Le Hezbollah, le très influent parti chiite s’est dit hier prêt à discuter d’un nouveau «pacte politique», à la condition que ce soit la volonté de toutes les parties libanaises. La succession du Premier ministre démissionnaire Hassan Diab est désormais connue : l’ambassadeur du Liban en Allemagne, Moustapha Adib a été nommé lundi à la tête du gouvernement. Ce sunnite de 49 ans qui détient la double nationalité libanaise et française. Directeur de cabinet du Premier ministre Najib Mikati de 2011 à 2014, il est relativement peu connu par la population mais son nom semble faire consensus parmi les principaux responsables du Pays du Cèdre, à quelques voix discordantes près.

«La jeunesse libanaise appelle au changement» a rappelé hier soir le président libanais: reste à savoir si ces nouvelles perspectives et la formation d’un nouveau gouvernement répondront aux aspirations profondes de cette jeunesse, et même au-delà, à la soif de changement d’une très grande partie de la société. 

01 septembre 2020, 14:28