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Des glaciers dérivent au large de la côte du Groenland, le 15 août 2019. Des glaciers dérivent au large de la côte du Groenland, le 15 août 2019.  (AFP or licensors)

Fonte des glaciers: «Il est urgent de ralentir cette tendance»

Conséquence directe du réchauffement climatique, la fonte des glaciers s’accélère depuis plusieurs décennies. Au Groenland, sous l’effet de la chaleur, une masse de glace de 113km2 vient de se détacher du plus grand glacier existant encore dans l'Arctique, le glacier 79 N. Le glaciologue Jean Jouzel alerte face à ce phénomène.

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

L'institut géologique du Danemark et du Groenland, GEUS, précise que depuis 1999, la calotte de glace du glacier 79 N a perdu 160 km2, soit une superficie presque deux fois plus importante que celle de l'île de Manhattan. Une tendance qui s’est accélérée ces deux dernières années, peut-on lire dans un communiqué. Au total, 28.000 milliards de tonnes de glace ont disparu de la surface de la Terre entre 1994 et 2017.

Cette fonte des glaces est lourde de conséquences pour les habitants et les animaux qui vivent en Arctique. Elle provoque également la montée du niveau des océans, et des inondations, dans plusieurs régions du monde, analyse Jean Jouzel, climatologue et glaciologue. Il a reçu en 2007, avec le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), le prix Nobel de la paix pour la diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme.

Entretien avec Jean Jouzel

«La masse du Groenland diminue chaque année avec pour conséquences une destruction des habitations, une modification des pratiques de pêche» mais, relève Jean Jouzel, «l’effet le plus important et le plus inquiétant est l’élévation du niveau de la mer». Le Groenland, précise t-il, contribue chaque année pour un tiers environ de l’augmentation du niveau de la mer, qui est de 3 millimètres par an.

«Si le réchauffement climatique n’était pas maitrisé, alerte l’ancien vice-président du groupe scientifique du Giec, «à l’échelle de quelques siècles, le Groenland serait condamné». La fonte complète du Groenland représenterait 7 mètres d’élévation du niveau de la mer.  Avec la fonte de cette calotte glacière, «les submersions deviendraient de plus en plus importantes et pourraient menacer, à terme, des centaines de millions d’habitants dans le monde», contraints de se déplacer. «En France, indique Jean Jouzel, un million d’habitants pourraient par exemple être chaque année victime de submersions temporaires». Certaines villes comme Tokyo, Bombay, New York ou encore Lagos sont plus fragiles que d’autres, et la construction de murs anti-submersion est envisagée.

«Les régions de l’Arctique sont également menacées en raison de l’apparition de nouvelles routes maritimes, durant certains mois de l’année, qui ouvrent la voie à de nouvelles explorations de gaz, de pétrole, de minéraux dans des régions extrêmement fragiles qu’il convient de protéger», observe le glaciologue.

Cette tendance ne peut pas être inversée mais elle peut être ralentie, souligne Jean Jouzel qui met en avant l’accord de Paris et la nécessité, pour limiter le réchauffement climatique à deux degrés, de diminuer de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

«Le monde est intoxiqué par l’utilisation des combustibles fossiles. Il faut sortir de cette civilisation liée au pétrole, au gaz et au charbon». La tâche est ardue mais il en va de l’avenir des jeunes générations, insiste l’ancien vice-président du groupe scientifique du Giec.

19 septembre 2020, 09:49