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Rencontre le 2 juillet entre le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, décédé depuis, et le président Alassane Ouattara. Rencontre le 2 juillet entre le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, décédé depuis, et le président Alassane Ouattara.  (AFP or licensors)

Côte d’Ivoire : le décès du Premier ministre bouleverse la campagne présidentielle

La mort par crise cardiaque du chef du gouvernement ivoirien, qui devait mener la campagne du parti au pouvoir pour l’élection présidentielle du 31 octobre prochain, rend finalement probable une nouvelle candidature du président sortant Alassane Ouattara.

En Côte d’Ivoire, le décès le 8 juillet dernier du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, dauphin désigné du président Alassane Ouattara pour l’élection présidentielle du 31 octobre prochain, a bouleversé la donne politique.

L’hypothèse d’une candidature du président sortant, à laquelle Alassane Ouattara, 78 ans, qui avait pourtant officiellement renoncé il y a quelques semaines, est revenue au centre du jeu. Aucun autre candidat naturel ne s’impose en effet au sein de son parti, le RHDP, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix.

Ce parti revendique une filiation avec Félix Houphouët-Boigny, le premier président du pays, dont Alassane Ouattara fut le dernier chef du gouvernement, de 1990 à 1993, avant une longue période durant laquelle il fut en opposition et en exil. Malgré son âge avancé (78 ans), Alassane Ouattara demeure pour ses partisans l’incarnation d’une Côte d’Ivoire forte sur la scène régionale et internationale. Ses adversaires, au contraire, lui reprochent une dérive autoritaire et la pratique d’une «justice des vainqueurs», sous prétexte d’une réconciliation nationale qui aurait passé sous silence les exactions commises par les milices pro-Ouattara.

Le flou juridique pourrait rendre possible un 3e mandat

La Constitution de 2015 interdit théoriquement la prolongation d’une présidence au-delà de deux quinquennats, mais la valeur rétroactive ou non de cette mesure pourrait laisser une marge de manœuvre au président sortant, arrivé au pouvoir au printemps 2011, après la longue crise post-électorale qui avait suivi le scrutin de l’automne 2010.

Le politologue ivoirien Sylvain N’Guessan, directeur de l’Institut pour la Stratégie, explique que «dans la mesure où le président a été réélu en octobre 2015 et la Constitution promulguée en décembre 2015, certains estiment que les compteurs ont été remis à zéro et que le président pourrait remettre son mandat en jeu». Aucune instance électorale ne pourrait l’en empêcher.

Face à lui, le FPI, parti de l’ex-président Laurent Ggbagbo, qui vit en exil en Belgique depuis sa libération en 2019 et qui présente la candidature de Pascal Affi N’Guessan, pourrait s’allier au FDPI, qui présente une nouvelle fois la candidature de l’ex-président Henri Konan Bédié, 86 ans, qui a changé de camp après avoir soutenu Ouattara en 2010. «En cas d’alliance, ils pourraient remporter la présidentielle», estime Sylvain N’Guessan.

Un pays qui demeure clivé et divisé

Dans le contexte ivoirien actuel, une transition démocratique pacifique, à l’image de celles déjà vécues au Sénégal, au Ghana ou au Nigéria, est possible mais seulement en cas de victoire nette et incontestée de l’opposition. «Je ne pense pas que des gens soient prêts à occuper la rue pendant un long moment. Mais en cas de fraudes, des troubles pourraient éclater, comme lors des élections régionales de 2018», explique Sylvain N’Guessan. Des enquêtes ont démontré que de nombreuses armes restaient en circulation, et le risque d’affrontements violents n’est donc pas totalement exclu, même si la situation semble plus calme qu’en 2010.

Globalement, le bilan d’Alassane Ouattara est contrasté. Sa proximité avec la France est appréciée par certains, car elle a permis le retour de certains investisseurs, mais elle lui vaut aussi de fortes critiques. Sur le plan économique, de graves disparités persistent entre la métropole d’Abidjan, qui a concentré de nombreux investissements publics et privés durant la décennie écoulée, et le reste du pays, qui reste en retrait du développement.

Les clivages régionaux, qui furent l’une des raisons des graves épisodes de violences qui ont marqué l’actualité ivoirienne depuis 1999, demeurent donc un facteur potentiel de risque pour la stabilité du pays. Et comme partout dans le monde, la pandémie de coronavirus met une grande partie de la population ivoirienne en difficulté: le secteur informel concerne 30 à 40% des travailleurs, qui ne disposent donc d’aucune protection sociale pour amortir des périodes d’inactivité. La Côte d'Ivoire demeure donc un pays fragile, avec une économie et un État qui n'a pas fini de se reconstruire.

12 juillet 2020, 17:00