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Un milicien séparatiste combattant l'armée yéménite. Un milicien séparatiste combattant l'armée yéménite.  

Le rêve impossible d’une unique nation yéménite

Il y a trente ans, le 22 mai 1990, les dirigeants de la République du Yémen du Nord et du Yémen du Sud annonçaient à Sanaa, la capitale, la naissance d'un seul et unique pays dans l'euphorie générale. Un anniversaire au gout amer dans ce pays en guerre depuis 2014.

Entretien réalisé par Marie Duhamel - Cité du Vatican

L’unification du Yémen est-elle aujourd’hui une chimère ? Le pays est entrée dans sa sixième année de guerre, laissant une population exsangue.

Des milliers de civils ont été tués et blessés; plus de 3,6 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, et plus de 80 % des Yéménites dépendent désormais de l’aide humanitaire, aujourd’hui entravée par les belligérants. L’Onu parle de la pire famine causée par l’homme, avec plus de 10 millions de personnes affamées et 7 millions d’autres sous-alimentées.

L’apparition du Covid-19 fragilise un peu plus la population, alors que les combats ont gravement endommagé le système de santé.

Aujourd’hui, plusieurs factions armées s’opposent dans le pays. La capitale et de larges zones du nord du pays sont contrôlée par les rebelles chiites Houthis, soutenus par l’Iran et le Hezbollah libanais. Contrôlant la zone centrale de Marib et des provinces de l'est, les forces gouvernementales les combattent avec le soutien d’une coalition sunnite emmenée par l’Arabie saoudite depuis mars 2015, sans grand succès d’autant que le président Hadi voit désormais son autorité contestée par les séparatistes du Conseil de transition du sud qui tiennent Aden, la grande ville du sud. Autre acteur majeur, le général Tarek Saleh, neveu de l'ancien président Ali Abdallah Saleh qui contrôle le sud-ouest du pays.

La division du Yémen semble actée, mais les Nations unies espèrent toujours une réconciliation.

Le 14 mai dernier, lors de la réunion virtuelle du Conseil de sécurité consacrée à la situation dans ce pays, l’Envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen jugeait que la fin des combats étaient «à portée de main». Selon Martin Griffiths «il appartient à ceux qui disposent des armes et du pouvoir de prendre les décisions nécessaires», notant des progrès dans les négociations entre les différentes parties concernant un cessez-le-feu, «l'élément le plus important car il répond directement aux appels du peuple yéménite, qui a désespérément besoin de calme pour retourner dans sa vie».

Les Yéménites ont besoin de calme, espèrent-ils encore d’un pays unifié ? En mai 1990, lorsque les Républiques du Nord et du sud, pourtant aux idéologies très différentes, annonçaient leur unification, elles répondaient aux aspirations de tout un peuple. Franck Mermier est anthropologue, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Yémen.

Entretien avec Frank Mermier

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22 mai 2020, 12:09