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Adolfo Peréz Esquivel Adolfo Peréz Esquivel 

Le prix Nobel Peréz Esquivel plaide pour plus de solidarité

Le prix Nobel de la paix 1980, l'Argentin Adolfo Peréz Esquivel, 88 ans, espère que la pandémie de Covid-19 tire vers la surface des fleuves souterrains de solidarité. C'est ce qu'il a confié dans un entretien accordé à l'Osservatore Romano. Confiné actuellement chez lui à Buenos Aires, il poursuit l’œuvre de sa vie : être du côté des sans-voix pour réclamer du pain, la paix et la justice.

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«Aujourd'hui aussi nous travaillons beaucoup, confie Adolfo Peréz Equivel. Nous cherchons à aider les personnes que le Pape François qualifie de “rejetés”». Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, alors que l'Amérique latine est en train d'en devenir le nouvel épicentre, le prix Nobel de la Paix suit de près le projet auquel il participe dans la province de Salta, dans le nord-ouest de l'Argentine, près de la frontière bolivienne. Dans la ville de Tartagal, il aide les communautés indigènes wichis qui ont besoin de puits pour avoir accès à de l'eau potable.

Revenant à la pandémie, il explique que «la Covid-19 s'est répandue dans tous les pays d'Amérique latine avec de graves conséquences. Les milieux sociaux les plus touchés sont ceux les plus pauvres où manque l'eau, où il y a un manque d'hygiène et de nourriture». Les mesures sanitaires prises pour contenir la contagion ont en même temps eu «de graves répercussions sur les activités commerciales, culturelles, éducatives et religieuses» et représentent «un fort conditionnement pour le développement économique et social : des millions de morts et un autre taux de chômage et de pauvreté» affirme Adolfo Peréz Esquivel. «La situation s'est aggravée à cause de la forte pression exercée sur les peuples à travers l'instrument de la dette extérieure. C'est une situation qui peut amener le monde vers une “pandémie de la faim”. Il faut donc affronter ce danger et se préparer à temps.»

Protéger la biodiversité

Autres préoccupations du prix Nobel : les prisons où la surpopulation dans de telles conditions «ne permet à personne de bien s'en sortir», affirme-t-il, et les communautés indigènes d'Amazonie qui ont lancé un appel urgent face «aux violences qu'elles subissent et à la destruction de l'environnement par les incendies de forêt et la dévastation de la faune et de la biodiversité».

Adolfo Peréz Esquivel s'est d'ailleurs fait le promoteur de l'initiative de la «Constituante pour la Terre» pour refonder le pacte social en se basant sur un nouveau constitutionnalisme mondial qui garantisse à tous le respect des droits fondamentaux comme la santé, l'éducation, la paix et la sauvegarde de l'environnement. Il y a urgence en effet à «protéger l'eau, les fleuves et les mers, les forêts, la faune et la biodiversité qui sont la grande richesse que la Terre Mère nous offre et qui aujourd'hui plus que jamais sont en danger.»

Adolfo Peréz Esquivel exhorte à «promouvoir la culture de la solidarité et de la répartition des biens avec ceux qui en ont le plus besoin», mettant en œuvre «de nouvelles politiques sociales et économiques» qui tiennent compte du fait que «le problème de son prochain est le problème de tout le monde». C'est la réponse à donner à «une société marquée par l'individualisme et par le consumérisme, des mégapoles à très forte densité de population et avec des problèmes structurels entre les plus riches et les plus pauvres».

Vertus du confinement

La réflexion du prix Nobel englobe aussi les réfugiés. «Il est nécessaire que les gouvernements et la communauté internationale adoptent des politiques pour les accueillir fraternellement et n'élèvent plus des murs qui discriminent, excluent et provoquent de la violence, de l'intolérance et de la haine,» affirme-t-il.

Quant au confinement, il invite à voir cette période comme une occasion pour «mieux disposer du temps, pour méditer, prier, réfléchir et prendre soin de sa santé physique et mentale». «Le confinement non voulu a mis un frein à l'accélération du temps et a montré le besoin de récupérer l'équilibre avec le temps naturel, de lancer un dialogue en famille, de dépasser l'individualisme et de réussir à établir de nouveaux rapports sociaux, culturels, politiques et spirituels qui aident à développer la solidarité,» estime-t-il enfin.   

28 mai 2020, 15:30