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Le président polonais Andrezj Duda en conférence de presse après l'accord de la coalition au pouvoir pour un report de l'élection présidentielle, le 7 mai 2020 Le président polonais Andrezj Duda en conférence de presse après l'accord de la coalition au pouvoir pour un report de l'élection présidentielle, le 7 mai 2020  (ANSA)

Pologne: le PiS mis au défi par le report de l’élection présidentielle

En Pologne, l’élection présidentielle aurait dû se tenir dimanche 10 mai. Elle a finalement été repoussée au dernier moment, car la pandémie et les tensions entre la majorité et l'opposition rendaient son organisation impossible. Un report qui pourrait être défavorable au parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS), dont est issu l’actuel président Andrezj Duda, briguant un second mandat.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Pour l’heure, c’est toujours l’incertitude et la confusion qui règnent autour de ce scrutin présidentiel controversé, qui se tiendra par correspondance. La nouvelle date du vote doit être annoncée, d'ici moins de deux semaines, par la présidente de la chambre basse du parlement polonais, la Diète. Cette date devra se situer dans les 60 jours suivant l’annonce.

Pour Georges Mink, directeur de recherche émérite au CNRS, professeur permanent au collège d’Europe, au campus de Natolin en Pologne, ce processus électoral est un «véritable imbroglio juridico-constitutionnel» que le parti conservateur au pouvoir (le PiS, Droit et Justice) a créé.

Un deuxième mandat, à tout prix ?

Face au risque élevé de contamination au Covid-19 dans les bureaux de vote, le PiS, Le PiS, mené par Jaroslaw Kaczynski, l’homme fort du pays, a voté au début de la pandémie une loi imposant l'élection par correspondance. Mais ce texte, critiqué par les constitutionnalistes et rejeté par l'opposition au Sénat, est arrivé trop tard pour permettre d'organiser le scrutin.

En même temps, le PiS a refusé un ajournement, réclamé par l'opposition. Selon la Constitution, pour ajourner la présidentielle il faudrait proclamer l'état de catastrophe naturelle. Officiellement le PiS a estimé que la situation sanitaire ne l'exigeait pas. Officieusement, il a laissé entendre que des multinationales présentes en Pologne pourraient demander d'immenses dommages et intérêts que l'État aurait du mal à payer.

Pour l'opposition et de nombreux commentateurs, il y avait une autre raison: le parti conservateur voulait assurer sans attendre la victoire du président sortant Andrzej Duda, issu de ses rangs. Celui-ci aurait pu être réélu dès le premier tour. Mais ses chances de l'emporter risquent de faiblir à terme, lorsque l'incidence économique de la pandémie se fera sentir dans les entreprises et les ménages, et que le chômage montera.

Inquiétudes sur l’État de droit

Un nouveau rebondissement est toutefois survenu le 6 mai dernier au soir, lorsque le chef du PiS et son partenaire de coalition Jaroslaw Gowin (Parti Entente), se sont finalement accordés pour un report de l’élection, auquel était favorable ce dernier.

L’organisation mouvementée de l’élection soulève en tous cas des critiques, en raison d’«éléments d’inconstitutionnalité» et de l’absence d’un débat démocratique. Selon un sondage de l’institut IBRIS, Andrezj Duda, qui le mois dernier rassemblait plus de 50% des intentions de vote, en réunit actuellement 45%. L’enquête révèle également la montée de candidat de l’opposition ou indépendants.

L’image de Jaroslaw Kaczynski, président du PiS depuis 2003, risque également de souffrir. Pour Georges Mink, le report de la présidentielle comme un échec pour ce «leader charismatique qui ne se trompait jamais, dont les stratégies étaient toujours gagnantes». Cela marque bel et bien «un début d’effritement de son charisme».  

Analyse de Georges Mink

(Avec AFP)

12 mai 2020, 09:49