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Dans un camp de déplacés et demandeurs d'asile géré par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, le 12 mai 2020, à Tripoli. Dans un camp de déplacés et demandeurs d'asile géré par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, le 12 mai 2020, à Tripoli.   (AFP or licensors)

Les agences onusiennes lancent un cri d’alarme face à la situation en Libye

Dans une déclaration commune datée du 13 mai dernier, les représentants de six agences des Nations unies s’inquiètent de la progression de la Covid-19 en Libye, un pays déjà miné par la guerre. Ils pointent aussi des violations du droit international et soutiennent l'appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial, lancé le 23 mars dernier.

«Le conflit et la pandémie de Covid-19 représentent une menace importante pour la vie en Libye. La santé et la sécurité de toute la population du pays sont menacées», estiment les signataires de la déclaration dès le début de leur message.

La détention arbitraire doit cesser

Ces hauts-responsables d’agences onusiennes – directeurs généraux ou exécutifs du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, de l’UNICEF, du Fonds des Nations unies pour la population, du Programme Alimentaire Mondiale, de l’Organisation Mondiale de la Santé, de l’Organisation Internationale pour les Migrations, ainsi que le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, Mark Lowcock – dressent un panorama de la situation actuelle pour le moins inquiétant, à commencer par celle des réfugiés et déplacés.

«Près de 400 000 Libyens ont été déplacés depuis le début du conflit il y a neuf ans - dont la moitié environ au cours de l'année écoulée, depuis le début de l'attaque de la capitale, Tripoli», expliquent-ils. Ils évoquent aussi les «centres de rétention», officiels ou non, dans lesquels sont placés de nombreux migrants, comme une part des «3 200 personnes ont été interceptées en mer et renvoyées en Libye». Des lieux aux conditions de vie inhumaine, qui rappellent que «la Libye n'est pas un port sûr et que les personnes sauvées en mer ne doivent pas être renvoyées en détention arbitraire», comme le soulignent les auteurs de la déclaration.

Se nourrir et se laver les mains, un défi de plus en plus prégnant

Le cas des femmes et des enfants est ensuite mis en lumière, eux qui «continuent de porter le poids du conflit armé en cours en Libye». «Au cours de l'année dernière, les Nations unies ont vérifié 113 cas de violations graves, notamment des meurtres et des mutilations d'enfants, des attaques contre des écoles et des établissements de santé», lit-on encore. Des attaques qui se poursuivent, «constituent une violation flagrante du droit humanitaire international et sont encore plus flagrantes lors de la pandémie du COVID-19». Les travailleurs humanitaires sont eux aussi visés et ont signalé «un total de 851 entraves à l'accès du personnel humanitaire et des articles humanitaires à l'intérieur et à l'extérieur de la Libye» au mois de mars 2020.

L'apparition du coronavirus en Libye représente donc «une nouvelle épreuve pour le système de santé» et la population. «Au 13 mai, on comptait 64 cas confirmés de COVID-19, dont trois décès, dans différentes régions du pays. Cela montre que la transmission se fait au niveau local/communautaire. Le risque d'une nouvelle escalade de l'épidémie est très élevé», s’inquiètent les responsables onusiens. Ceux-ci alertent par ailleurs sur les pénuries de denrées alimentaires de base, associées à une augmentation des prix. «Il est essentiel de continuer à soutenir la sécurité alimentaire à l'intérieur du pays afin que cette crise sanitaire ne s'aggrave pas en devenant une crise alimentaire», expliquent-ils, demandant ensuite «à toutes les parties au conflit de protéger les installations vitales d'approvisionnement en eau». La destruction de telles installations qui a déjà été menée «touche des milliers de femmes et d'enfants et entrave les efforts visant à mettre en œuvre des mesures de prévention de base contre les virus, comme le lavage des mains».

Ne pas fermer les yeux

Enfin, face aux «hostilités qui se poursuivent sans relâche», les agences de l’ONU redisent leur soutien à «l'appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial et à une trêve humanitaire pour sauver des vies et permettre aux autorités libyennes et à leurs partenaires de consacrer leur énergie à arrêter la propagation du COVID-19. La communauté internationale ne doit pas fermer les yeux sur le conflit en Libye et ses effets catastrophiques sur les civils, y compris les migrants et les réfugiés, dans tout le pays», estiment-ils, concluant par un appel aux dons afin de pouvoir «continuer à répondre aux besoins d'urgence».

 «Posez les armes, faites taire les canons, mettez fin aux frappes aériennes», exhortait le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres le 23 mars dernier dans son appel mondial. Le 29 mars, le Saint-Père s'associait à ce «cessez-le-feu global et immédiat aux quatre coins du monde», invitant tout le monde «à y donner suite en arrêtant toute forme d'hostilité belliqueuse, favorisant la création de couloirs humanitaires, l'ouverture à la diplomatie, l'attention à qui se trouve en situation de plus grande vulnérabilité»

15 mai 2020, 11:45